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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

L'homme-joie, Christian Bobin

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 22 Janvier 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, L'Iconoclaste

L'homme-joie, octobre 2012,190 p., 17 € . Ecrivain(s): Christian Bobin Edition: L'Iconoclaste

 

Christian Bobin, écrivain chrétien vivant en marge du monde littéraire, et même un peu de notre monde moderne, ne fait pas l'unanimité chez les critiques. Certains jugent en effet son écriture mièvre et son propos d'une douceur béate et résignée, tandis que d'autres le tiennent pour un des plus grands poètes de notre temps !

Il n'est pas besoin de partager la croyance de l'auteur pour reconnaître  dans L'homme-joie, son dernier livre, la marque d'un authentique poète dont les mots touchent puissamment dans leur simplicité. Et même si certains passages peuvent prêter parfois à sourire, Christian Bobin m'est plus apparu comme un écrivain mystique que religieux, comme un poète à l'écoute du silence et à l'affût de la beauté qui «[brûle] les apparences de la vie comme celle de la mort» (p.106) et  donne «assez de feu pour traverser les étendues glacées du monde» (p.124). Son regard sur le  monde et sur les hommes (vus comme «champ de bataille» et «assassins» - dont il ne s'exclut pas) n'accorde en effet qu'une importance relative à cette réalité tristement explicable, le poète veillant à préserver, à glorifier l'amour dans une vision harmonieuse  conciliant le monde «banal» et «l'autre monde». Une approche apaisée du mystère qui n'est pas exempte de beauté.

Entretien avec Marc Biancarelli à l'occasion de la parution de "Murtoriu" en français

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 04 Décembre 2012. , dans La Une CED, Entretiens, Les Dossiers

 

 

Murtoriu, Marc Biancarelli, Actes Sud, septembre 2012, traduction du corse par Jérôme Ferrari, Marc-Olivier Ferrari et Jean-François Rosecchi 270 pages, 22 €

 

Propos recueillis par e-mail le 21 novembre 2012 par Emmanuelle Caminade

 

Emmanuelle Caminade : Qu’est-ce qui vous a amené à écrire en corse ? Et pourquoi préférez-vous ne pas traduire vous-même vos livres ?

3 balles perdues, Sylvana Perigot

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 01 Décembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman

3 balles perdues, Editions Eéolienne, Juillet 2012, 140 pages, 11 € . Ecrivain(s): Sylvana Perigot

 

Malgré un titre et une couverture de polar, il ne faut pas se fier aux apparences : 3 balles perdues n’a rien d’un roman policier, même si Sylvana Perigot, experte en suspense, aime y semer des indices et brouiller les pistes pour mener son intrigue. Car ce récit qui évoque discrètement un cadavre enfoui sous les feuilles à son début, comme pour mieux l’oublier avant qu’il ne resurgisse puissamment à la surface, s’attache moins à l’énigme d’une mort qu’à celle d’une naissance, au terme d’une étrange histoire s’élaborant dans l’esprit chamboulé du héros. Trois balles perdues qui ne visent que des reflets, des images, et posent plus largement l’énigme de la vie à travers l’éveil d’une conscience au monde. Un enfantement douloureux !

Avec ce court texte édité sur un format réduit à l’agréable présentation par Eolienne, un petit éditeur corse aussi peu connu que l’auteure qu’il publie, Sylvana Perigot signe un premier roman d’une très grande originalité. 3 balles perdues est en effet un livre poético-philosophique profond et grave, mais aussi plein d’imagination, de fraîcheur et d’humour, un livre remarquablement construit et d’une très belle écriture.

Sur "Balco Atlantico" de Jérôme Ferrari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 06 Octobre 2012. , dans La Une CED, Etudes, Les Dossiers

Balco Atlantico, Actes Sud, février 2008, 192 p.18,30 €

Alors que le dernier livre de Jérôme Ferrari, Le Sermon sur la chute de Rome – dont l’action principale se situe dans un bar corse – semble rencontrer un grand succès populaire, il semble opportun de reparler de Balco Atlantico, ce roman antérieur qui se déroulait dans le même lieu et dont l’auteur a gardé quelques personnages. Et ceci d’autant plus que ce livre magnifique n’avait étonnamment reçu aucun écho critique dans la presse nationale à sa sortie en 2008 !

La beauté de la langue, pourtant, frappe dès les premières lignes et il existait bien déjà un style singulier d’une grande fluidité se jouant de la longueur des phrases grâce à une ponctuation totalement maîtrisée, sachant glisser d’un temps à l’autre, d’un lieu ou d’un personnage à l’autre, de manière subtile. Une écriture qui donne à voir et à ressentir, à saisir par le cœur, illustrant la puissance métaphorique de la littérature pour approcher la vérité de l’humain. Et à cela s’ajoute le regard respectueux et empathique porté par l’auteur sur tous ses personnages et la force de son humour qui rend leurs destins d’autant plus poignants.

Le livre s’ouvre sur une scène émouvante qui se déroule en Corse dans un bar. Marie-Angèle Susini, la propriétaire de ce lieu fréquenté par tous les protagonistes de l’histoire, vient d’arracher sa fille Virginie au cadavre sanglant de son amour de jeunesse, Stéphane Campana, nationaliste abattu en plein jour sur la place du village.

Comprendre Sade, Marie-Paule Farina

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 27 Septembre 2012. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Essais

Comprendre SADE, Marie-Paule Farina, Yves Rouvière, Collection Essai Graphique, Max Milo éditions, mai 2012, 126 p. , 9,90 € . Ecrivain(s): Marie-Paule Farina

 

Coup de cœur pour ce court et dense essai sur Sade de Marie-Paule Farina paru en mai 2012 aux éditions Max Milo ! De Sade me restait une vague impression sulfureuse, et de fort mauvais goût, résultant d’une lecture – très jeune – d’un de ses livres. Une lecture aveugle et conforme au cliché figé dans la langue française même dont le terme sadique propulse cet auteur « au hit-parade du mal ». C’est dire si ce petit ouvrage m’était destiné !

Marie-Paule Farina, avec beaucoup d’intelligence, de culture et d’humour essaie de comprendre « comment Justine, Juliette, Léonore, Eugénie et tant d’autres, ont pu naître de l’imagination d’un homme qui, entre 27 et 74 ans, n’aura passé que dix ans à l’air libre et aura été condamné deux fois à avoir la tête tranchée alors qu’il n’y avait aucun cadavre dans le placard, seulement une immense œuvre littéraire, et une immense mystification ».

Dans un style concis et incisif, caustique et imagé, plein d’allant, intégrant de multiples citations sans jamais alourdir son propos, elle met habilement en relation la biographie de l’auteur depuis son plus jeune âge, le contexte littéraire et social, et l’évolution politique d’une époque tumultueuse.