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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Le chien d’Ulysse, Salim Bachi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 05 Septembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Folio (Gallimard), Maghreb, Roman

Le chien d’Ulysse, 5 septembre 2013, 304 pages, 7,20 € . Ecrivain(s): Salim Bachi Edition: Folio (Gallimard)

 

Le chien d’Ulysse, premier roman de Salim Bachi, qui avait fait d’emblée remarquer ce jeune écrivain algérien exilé en France, vient d’être réédité en collection de poche, douze ans après sa publication. C’est l’occasion de lire ou de relire ce livre magnifique, unanimement salué à l’époque par la critique et couronné par le Goncourt du premier roman. Un livre qui entamait un cycle d’écriture autour de la ville imaginaire de Cyrtha, que l’auteur poursuivit avec La Kahéna en 2003 et Les douze contes de minuit en 2006 – un recueil de nouvelles dont trois avaient servi de point de départ à l’écriture du Chien d’Ulysse.

Quittant au petit matin la promiscuité de l’appartement où il vit avec sa famille, Hocine rejoint Mourad à la gare Cyrtha où ils se donnent rendez-vous chaque matin pour prendre le train les conduisant à l’université. Les deux étudiants se rendent d’abord chez leur professeur de littérature, Ali Khan, car ce dernier doit leur présenter son ami d’enfance, le journaliste Hamid Kaïm, puis ils rencontrent un haut dignitaire de l’armée désireux de les enrôler.

Ciels de Loire, Emmanuelle Guattari

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 26 Août 2013. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Mercure de France, Roman

Ciels de Loire, 22 août 2013, 142 p., 13,80 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Guattari Edition: Mercure de France

 

Ciels de Loire se présente un peu comme le deuxième volet du travail initié par Emmanuelle Guattari dans son premier roman publié l’année dernière chez le même éditeur. L’auteure qui a grandi avec ses parents et ses frères au domaine de La Borde, en pays de Loire, dans cette célèbre clinique psychiatrique hors norme codirigée par son père – et employant de nombreux membres de sa famille maternelle – continue en effet d’y explorer sa mémoire. Mais la petite fille grandit, devient adolescente puis mère. Une nouvelle génération s’annonce qui prendra le relais de celle qui peu à peu s’est éteinte : « au suivant ! »

Ce second roman n’est pas la répétition de La petite Borde. Le mouvement s’y inverse, entraînant un « feuilletage différent des perspectives » et « quelque chose de subtilement décalé dans la vision ». Les gares ferment, les lieux changent, comme les corps, et la narratrice s’y éloigne progressivement de ce « monde fou » autour duquel tourna sa petite enfance, de ces cavalcades dans un espace hors du temps, ignorant des frontières, où tout semblait possible.

Les évaporés, Thomas B. Reverdy (2 articles)

Ecrit par Emmanuelle Caminade, Victoire NGuyen , le Vendredi, 23 Août 2013. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Livres décortiqués, Roman, Flammarion

Les évaporés, 21 août 2013, 304 pages, 19 € . Ecrivain(s): Thomas B. Reverdy Edition: Flammarion

Le dernier roman de Thomas B. Reverdy, Les évaporés, se déroule au Japon où l’auteur l’écrivit en 2012, un an après le violent séisme – suivi d’un gigantesque tsunami – qui atteignit le site de Fukushima et engendra également une catastrophe nucléaire. Son titre étrange renvoie au terme utilisé par les Japonais pour désigner ceux qui disparaissent sans laisser de traces, le plus souvent pour échapper à leurs dettes, préférant la fuite au suicide. Et ces évaporés dont le nombre s’est multiplié depuis la « décennie perdue » des années 1990, révélant la profonde crise traversée par ce pays, semblent ainsi s’ajouter aux disparus, victimes de ces cataclysmes naturels qui depuis des siècles secouent régulièrement le Japon.

On connaît la grande sensibilité de l’auteur à la disparition, à la perte et à l’absence, et son intérêt pour le difficile travail de reconstruction suivant le bouleversement d’une vie. Son précédent roman sur l’après 11 septembre lui avait permis de se détacher de la veine autobiographique pour aborder les chocs ébranlant le monde actuel et donner à sa réflexion une autre échelle, tout en lui offrant l’occasion de dresser le magnifique portrait d’une Amérique en perte de repères et de s’interroger sur le rapport du réel à la fiction au travers d’un événement dont le monde entier avait vu les images en boucle, et dont la réalité dépassait l’imagination. Et ce nouveau livre s’inscrit à bien des égards dans la droite ligne de L’Envers du monde.

A l'aide ou le rapport W, Emmanuelle Heidsieck

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 22 Août 2013. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Roman, Inculte

A l’aide ou le rapport W, éditions Inculte/Laureli, 21 août 2013, 142 pages, 14 € . Ecrivain(s): Emmanuelle Heidsieck Edition: Inculte

Journaliste spécialiste des questions sociales, Emmanuelle Heidsieck aime aussi aborder ces problèmes dans des fictions, tentant de plus d’y renouveler les formes littéraires. Son dernier livre, A l’aide ou le rapport W, est ainsi une sorte d’essai romanesque traitant de l’évolution des relations humaines se dessinant dans notre société. Un livre qui résonne comme un cri d’alerte, et s’articule étonnamment autour d’un de ces rapports type dont les citoyens ordinaires ont rarement connaissance.

Ce roman d’anticipation commence comme un mauvais rêve que le retour progressif à la réalité ne viendra pas dissiper. Il plonge en effet le lecteur dans un univers kafkaïen, et l’infime décalage de deux ans adopté par l’auteure montre bien qu’un inquiétant processus est déjà largement engagé.

Un jour d’été 2015, un paisible professeur de droit à la retraite est arrêté sans ménagement à la sortie de son domicile par deux policiers. Son crime ? Avoir aidé ses voisins de ses judicieux conseils juridiques sans leur demander de contrepartie financière : coupable d’avoir sciemment enfreint la loi interdisant aide, don ou service à titre gratuit ! Depuis l’adoption de cette loi dite ADS, ces derniers sont en effet considérés comme des actes de concurrence sauvage quasiment « terroristes » car mettant en péril l’ordre social reposant sur une économie marchande.

Tartes aux pommes et fin du monde, Guillaume Siaudeau

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 20 Août 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Alma Editeur, Roman

Tartes aux pommes et fin du monde, 14 août 2013, 144 pages, 14 € . Ecrivain(s): Guillaume Siaudeau Edition: Alma Editeur

 

Avec Tartes aux pommes et fin du monde, Guillaume Siaudeau signe un premier roman plein d’imagination, de légèreté et d’humour, et non dépourvu d’acuité ni d’épaisseur philosophique. Un roman en forme de récit autobiographique dans lequel un doux rêveur « qui aime bien les bibliothèques » retrace avec candeur son parcours menant à l’âge où il faut affronter l’humaine condition et se demander si la vie vaut la peine d’être vécue.

Guillaume Siaudeau présente ce récit globalement linéaire (même s’il intègre plusieurs flash-backs reprenant des souvenirs) de manière très aérée, une bonne quarantaine de chapitres commençant à mi-page multipliant les espaces blancs propices à la rêverie. Et, bien qu’ancrant son histoire dans la réalité, dans la banalité de ces routines et de ces événements heureux ou malheureux qui tissent le quotidien, il plonge le lecteur dans un univers onirique et poétique venant la transcender, allégeant ainsi la cruauté de l’existence. Un univers fantaisiste et loufoque qui n’est pas sans rappeler Boris Vian auquel l’auteur semble envoyer un clin d’œil avec ce bar du « Martin triste » qui « avait pour spécialité les cocktails clignotants ». Et sa séduisante héroïne ne se prénomme pas Chloé ni Alise mais tout simplement Alice : « le genre de fille qui vous accueille cheveux ouverts et dont les rétines font deux petits parterres de terreau fertile où planter vos yeux ».