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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Nos Anges, Jean-Baptiste Predali

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 13 Février 2014. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman

Nos Anges, février 2014, 180 p. 19 € . Ecrivain(s): Jean-Baptiste Predali Edition: Actes Sud

 

 

Nos anges vient achever un cycle de trois romans qui se déroulent tous à Borgu-Serenu, ville fictive vouée à la Vierge ressemblant fort à Ajaccio, dans lesquels Jean-Baptiste Predali, écrivain d’origine insulaire exerçant le métier de journaliste, semble chercher la vérité de la Corse en grattant, comme sur un palimpseste, les signes d’un présent marqué par le mouvement nationaliste et ses dérives pour retrouver les couches transparaissant en filigrane. Il s’interroge ainsi sur un peuple de paysans à l’origine, son peuple, dont l’histoire semble enfermée dans une sorte de dialectique d’asservissement et de rébellion, d’élévation, d’ascension, et de chute ou de disgrâce. Un peuple avide de caution divine et de rédemption que ses anges déchus ont conduit à la damnation.

L’envers des autres, Kaouther Adimi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 07 Février 2014. , dans Actes Sud, La Une Livres, Critiques, Les Livres, Maghreb, Roman

L’envers des autres, 110 pages, 13,80 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Actes Sud

 

Premier roman de Kaouther Adimi, jeune auteure algérienne déjà remarquée pour ses nouvelles, L’envers des autres – publié l’année précédente en Algérie sous le titre Des ballerines de papicha – a reçu le prix littéraire de la vocation en 2011.

A travers le portrait d’une famille résidant dans la promiscuité d’un même appartement dans un quartier populaire d’Alger, ce court mais complexe roman se déroulant en un temps très resserré donne un aperçu saisissant des rapports entre les générations, les individus et les sexes dans cette capitale reflétant l’Algérie. Des individus enfermés dans un pays sans perspectives, écartelés entre tradition et modernité, contrôlés, étouffés sous le poids des convenances, poussés à l’hypocrisie et même à la schizophrénie.

Grâce à une habile structure narrative polyphonique, neuf personnages qui se réfugient dans le mensonge et les rêves, la drogue ou l’alcool, s’adonnent à une sincère introspection, livrant de manière très touchante leur « vraie voix », celle occupée à « hurler dans le silence ». D’une écriture vive et légère, ironique et même caustique, à la fois percutante et suggestive, une écriture poétique surtout qui parfois prend de l’ampleur et laisse place au mystère, Kaouther Adimi rend ainsi compte avec beaucoup de sensibilité et de finesse du mal-être algérien.

Mon Prochain, Gaëlle Obiégly

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 22 Janvier 2014. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Verticales, Biographie, Récits, Roman

Mon Prochain, septembre 2013, 185 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Gaelle Obiégly Edition: Verticales

 

Difficile de résumer Mon Prochain qui n’est pas plus un récit autobiographique, ni même à proprement parler un journal intime, qu’un roman, même si la narratrice, « écrivaine » se dédoublant parfois avec « [son] amie Gaëlle », semble l’alter ego de l’auteure.

Gaëlle Obiégly, s’affranchissant des genres littéraires comme de la chronologie, a construit en effet un étrange texte éclaté procédant par associations, ricochant d’un fragment à l’autre, dans lequel elle entremêle de multiples petites expériences prétextes à des ébauches de fictions possibles dont une seule, l’histoire de pinceloup, sera vraiment développée sur plusieurs chapitres mais de manière aléatoire et désordonnée. Des expériences faisant aussi surgir des souvenirs et naître des réflexions.

Gaëlle Obiégly explore notre monde au travers des perceptions de sa narratrice qui l’observe sans a priori, avec l’attention ingénue d’un enfant et une totale disponibilité. Elle se laisse ainsi dériver, s’abandonnant à ses sensations, à l’écoute de ce que lui dictent les choses, et des idées qui se forment sur son chemin. Une errance qui, au gré de son imagination, la conduit de Paris à Los Angeles, à Dublin ou en Turquie, et la fait divaguer dans l’espace mais aussi dans le temps.

Les Algériennes du château d’Amboise, Amel Chaouati

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 15 Janvier 2014. , dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Histoire, Maghreb

Les Algériennes du château d’Amboise, Editions La Cheminante, novembre 2013, 214 pages, 22 € . Ecrivain(s): Amel Chaouati

 

Si Abd el-Kader ben Mahiédine, penseur soufi et valeureux guerrier s’étant illustré par sa résistance au colonisateur, est étrangement devenu une figure mythique de part et d’autre de la Méditerranée, l’épisode de son emprisonnement en France dans des conditions très difficiles reste méconnu dans notre pays tandis qu’il est quasiment ignoré en Algérie.

En décembre 1847, après quinze années de combats acharnés contre l’armée française, le chef de guerre avait en effet accepté de se rendre à la seule condition de pouvoir s’exiler en Palestine ou en Egypte avec les siens – une suite comportant, entre famille, domestiques et esclaves, « quatre-vingt-dix-sept personnes dont vingt et une femmes, quinze enfants et de nombreux nourrissons ». Mais après une traversée très éprouvante pour ces semi-nomades, ce n’est pas en Orient qu’ils débarquent mais en France où ils seront enfermés sous bonne garde durant près de cinq ans – trois mois à Toulon, sept mois à Pau, puis quatre ans au château d’Amboise –, jusqu’à ce que le prince président Louis Napoléon Bonaparte annonce leur libération en octobre 1852. L’émir et ce qui reste de sa suite pourront alors s’exiler en Turquie le mois suivant avant de se rendre plus tard à Damas.

Le canard sauvage, Henrik Ibsen

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 09 Janvier 2014. , dans La Une Livres, Actes Sud/Papiers, Critiques, Les Livres, Pays nordiques, Théâtre

Le canard sauvage (Vildanden, 1884), traduit du norvégien par Eloi Recoing, Actes Sud–Papiers, 1er janvier 2014, 130 pages, 19 € . Ecrivain(s): Henrik Ibsen Edition: Actes Sud/Papiers

 

 

Le canard sauvage d’Henrik Ibsen, programmé du 10 janvier au 15 février 2014 au Théâtre national de la Colline dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig, s’appuie sur une nouvelle traduction d’Eloi Recoing disponible chez Actes Sud-Papiers. C’est l’occasion de redécouvrir cette pièce magistrale du dramaturge norvégien qui semble s’inscrire dans la lignée de Brandt – auquel répond l’intransigeance dogmatique de son héros – et de Peer Gynt, que rappelle le basculement constant vers l’imaginaire de ses quatre derniers actes. C’est une pièce ironique et désabusée dont la noirceur implacable et la complexité semblent le reflet des contradictions et de l’évolution de l’auteur, de ses rêves et de ses désillusions.