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Putain de pupitres !, Park Bum-shin

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Samedi, 29 Mars 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Asie, Roman

Putain de pupitres !, Decrescenzo Editeurs, janvier 2014, traduit du coréen par Ko Kwang-dan et Eric Bidet, 240 p. 21 € . Ecrivain(s): Park Bum-shin

Putain de pupitres ! est le premier ouvrage traduit en français de Park Bum-shin, un auteur coréen très populaire dans son pays, et il est réjouissant de pouvoir ainsi accéder à ce merveilleux roman d’une grande qualité littéraire et d’une portée universelle.

Le titre évoque ces pupitres où on inculque aux « élèves modèles » une certaine lecture du monde mais aussi le bureau de l’écrivain qui cherche, lui, à écrire ce monde en entremêlant imagination et réalité. Mais ce n’est pas sur les bancs de l’école ou du lycée, ni même de l’université que se comprend l’essentiel du monde : « comprendre la vie et la mort, cela suffit pour recevoir les signes universels dans la sombre cellule de la conscience de soi ». Cette compréhension intuitive, émotionnelle, dont s’éloigne l’homme mûr encombré de sa logique, résulte surtout de l’« étincelle », de la combinaison d’images dont certaines gisent dans notre inconscient. Une compréhension que Park Bum-shin nous fait brillamment entrevoir par son écriture car, dans ce roman tout en échos et résonances qui souvent nous renvoie à ces images que font naître les voix des grands écrivains, il juxtapose ou enchaîne une multitude de courts tableaux dans un va-et-vient de flashes ou un déroulement de films, faisant miroiter une magnifique langue métaphorique, une langue concrète n’excluant pas une saine crudité, qui recourt à toute une palette symbolique.

Ame qui vive, Véronique Bizot

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 05 Mars 2014. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Roman

Ame qui vive, février 2014, 110 pages, 14,80 € . Ecrivain(s): Véronique Bizot Edition: Actes Sud

 

Après Mon couronnement, récompensé notamment par le Grand Prix SGDL, et Un avenir, lauréat du prix du style, Véronique Bizot qui s’était auparavant fait remarquer comme nouvelliste publie Ame qui vive, un troisième et toujours aussi court roman s’inscrivant dans le parfait sillage des deux précédents.

Chacun de ces romans, à l’instar des nouvelles d’un recueil, illustre en effet une même thématique en nous faisant pénétrer dans le même univers étrange, embrassant, survolant plutôt la tragi-comédie humaine : l’absurdité d’un monde hanté par la disparition des êtres, toujours inattendue et brutale – qu’elle soit imprévisible ou dans le cours des choses –, et la solitude foncière des hommes. Et l’auteure y fait évoluer des personnages falots et timorés qui semblent toujours en marge de ce monde que paradoxalement ils n’osent ni investir ni quitter, s’accrochant à des idées fixes ou aux infimes détails du quotidien pour tenter d’échapper à l’absurde de leur condition.

Nos Anges, Jean-Baptiste Predali

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 13 Février 2014. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Roman

Nos Anges, février 2014, 180 p. 19 € . Ecrivain(s): Jean-Baptiste Predali Edition: Actes Sud

 

 

Nos anges vient achever un cycle de trois romans qui se déroulent tous à Borgu-Serenu, ville fictive vouée à la Vierge ressemblant fort à Ajaccio, dans lesquels Jean-Baptiste Predali, écrivain d’origine insulaire exerçant le métier de journaliste, semble chercher la vérité de la Corse en grattant, comme sur un palimpseste, les signes d’un présent marqué par le mouvement nationaliste et ses dérives pour retrouver les couches transparaissant en filigrane. Il s’interroge ainsi sur un peuple de paysans à l’origine, son peuple, dont l’histoire semble enfermée dans une sorte de dialectique d’asservissement et de rébellion, d’élévation, d’ascension, et de chute ou de disgrâce. Un peuple avide de caution divine et de rédemption que ses anges déchus ont conduit à la damnation.

L’envers des autres, Kaouther Adimi

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Vendredi, 07 Février 2014. , dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Critiques, Maghreb, Roman

L’envers des autres, 110 pages, 13,80 € . Ecrivain(s): Kaouther Adimi Edition: Actes Sud

 

Premier roman de Kaouther Adimi, jeune auteure algérienne déjà remarquée pour ses nouvelles, L’envers des autres – publié l’année précédente en Algérie sous le titre Des ballerines de papicha – a reçu le prix littéraire de la vocation en 2011.

A travers le portrait d’une famille résidant dans la promiscuité d’un même appartement dans un quartier populaire d’Alger, ce court mais complexe roman se déroulant en un temps très resserré donne un aperçu saisissant des rapports entre les générations, les individus et les sexes dans cette capitale reflétant l’Algérie. Des individus enfermés dans un pays sans perspectives, écartelés entre tradition et modernité, contrôlés, étouffés sous le poids des convenances, poussés à l’hypocrisie et même à la schizophrénie.

Grâce à une habile structure narrative polyphonique, neuf personnages qui se réfugient dans le mensonge et les rêves, la drogue ou l’alcool, s’adonnent à une sincère introspection, livrant de manière très touchante leur « vraie voix », celle occupée à « hurler dans le silence ». D’une écriture vive et légère, ironique et même caustique, à la fois percutante et suggestive, une écriture poétique surtout qui parfois prend de l’ampleur et laisse place au mystère, Kaouther Adimi rend ainsi compte avec beaucoup de sensibilité et de finesse du mal-être algérien.

Mon Prochain, Gaëlle Obiégly

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 22 Janvier 2014. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Verticales, Biographie, Récits, Roman

Mon Prochain, septembre 2013, 185 pages, 16,90 € . Ecrivain(s): Gaelle Obiégly Edition: Verticales

 

Difficile de résumer Mon Prochain qui n’est pas plus un récit autobiographique, ni même à proprement parler un journal intime, qu’un roman, même si la narratrice, « écrivaine » se dédoublant parfois avec « [son] amie Gaëlle », semble l’alter ego de l’auteure.

Gaëlle Obiégly, s’affranchissant des genres littéraires comme de la chronologie, a construit en effet un étrange texte éclaté procédant par associations, ricochant d’un fragment à l’autre, dans lequel elle entremêle de multiples petites expériences prétextes à des ébauches de fictions possibles dont une seule, l’histoire de pinceloup, sera vraiment développée sur plusieurs chapitres mais de manière aléatoire et désordonnée. Des expériences faisant aussi surgir des souvenirs et naître des réflexions.

Gaëlle Obiégly explore notre monde au travers des perceptions de sa narratrice qui l’observe sans a priori, avec l’attention ingénue d’un enfant et une totale disponibilité. Elle se laisse ainsi dériver, s’abandonnant à ses sensations, à l’écoute de ce que lui dictent les choses, et des idées qui se forment sur son chemin. Une errance qui, au gré de son imagination, la conduit de Paris à Los Angeles, à Dublin ou en Turquie, et la fait divaguer dans l’espace mais aussi dans le temps.