Identification

Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Le Balcon, Cécile Delîle

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 03 Novembre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Le Balcon, éd. du Petit pavé, octobre 2015, 210 pages, 20 € . Ecrivain(s): Cécile Delîle

 

 

C’est une belle histoire d’amour et de peinture, d’amour de la peinture, que nous conte Cécile Delîle, retraçant dans ce troisième roman les six années d’intimité et de complicité intellectuelle et artistique qui unirent Edouard Manet et Berthe Morisot. Six années au cours desquelles, du Balcon de leur rencontre (1868/1869) à Berthe Morisot à l’éventail (1874) marquant leur séparation tant amoureuse que picturale, Manet peignit pas moins de douze toiles représentant Berthe, son modèle préféré : en pied ou en buste, assis ou couché, de face, de profil ou de trois-quarts… Des années capitales dans la maturation d’une artiste hors normes à laquelle contribuèrent, outre Manet, sa sœur Edma qui abandonna la peinture pour le mariage mais resta son plus fidèle soutien et tous ses amis peintres qui l’encouragèrent, sans oublier son futur mari Eugène, le frère aîné de Manet, amoureux de sa peinture comme de l’artiste.

Le tort du soldat, Erri de Luca

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 26 Octobre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), Italie, Roman

Le tort du soldat, novembre 2015, trad. de l’italien par Danièle Valin, 96 pages, 5,80 € . Ecrivain(s): Erri de Luca Edition: Folio (Gallimard)

 

Le tort du soldat est un court texte où s’imbriquent plusieurs histoires dont les éléments et les personnages s’opposent ou se font écho dans un jeu de contrastes et de décalages, de parallèles ou de variantes. Erri de Luca y interroge la nature humaine au travers de l’histoire de la shoah, tout en donnant à lire un monde où la nature s’ouvre sur le divin. Démultipliant les perspectives, il entremêle habilement les fils du réel – tant autobiographique qu’historique – et ceux de la fiction, tricotant un maillage souple et aéré qui laisse le lecteur se glisser entre les lignes.

L’argument de départ est simple. Un écrivain italien part dans les Dolomites pour s’adonner à sa passion de l’escalade, emportant avec lui les photocopies du manuscrit en yiddish dont il doit assurer la traduction. Il entre un soir dans une auberge pour y prendre une bière et se mettre au travail. A la table voisine, une femme l’observe et lui sourit en silence avant d’être rejointe par un vieil homme visiblement inquiet avec lequel elle s’entretient en allemand. Le couple finit par quitter l’auberge de manière précipitée, s’engouffrant dans une voiture blanche. Regagnant son hôtel, l’écrivain aperçoit au fond du ravin la carcasse blanche d’une voiture accidentée…

La toile souveraine, Pour un Saint-Exupéry, François-Xavier Renucci

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 16 Septembre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman

La toile souveraine, Pour un Saint-Exupéry, Albiana, août 2015, 216 pages, 19 € . Ecrivain(s): François-Xavier Renucci

 

C’est l’histoire d’un Corse amoureux de sa maîtresse et de la chair des mots, d’un fou de littérature amoureux de son île mais pas pour autant aveugle… L’histoire d’une passion qui comporte sa face solaire et sa face d’ombre, celle d’une chute et d’un sauvetage.

Benjamin, qui semble mener une double vie, retrouve chaque soir en secret son amante dans une chambre d’hôtel aux volets clos. Pour des nuits d’amour où, entre gestes et silences – cette « communication non verbale des amants » –, il l’entretient avec enthousiasme et sensualité du Cantique des cantiques, summum de la littérature érotique. Il lui lit aussi les lettres de Jacques, un ami d’enfance responsable de la faillite d’une expérience antérieure commune de libraire, qui vient tout juste de sortir de l’hôpital psychiatrique. Obsédé par l’énigme littéraire que constitue l’attribution à Saint-Exupéry d’une Ode à la Corse de bien médiocre facture ne pouvant relever que de l’imposture, cet alter-ego et double néfaste va inéluctablement s’abîmer dans la désillusion, la solitude et le délire tout comme cet écrivain obsédé par le langage s’était mystérieusement « abîmé en mer ». Mais cette fois Benjamin le bien nommé ne se laissera pas entraîner : il apprendra à gérer sa propre course à l’abîme en trouvant un baume apaisant dans la vie…

Djibouti, Pierre Deram

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 31 Août 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, La rentrée littéraire, Critiques, Roman, Buchet-Chastel

Djibouti, août 2015, 120 pages, 11 € . Ecrivain(s): Pierre Deram Edition: Buchet-Chastel

Dès son titre Djibouti réveille tout un imaginaire collectif au parfum fabuleux et sulfureux d’exotisme et d’aventure, renvoyant le lecteur aux nombreux écrivains et poètes qui célébrèrent ce petit pays « coincé entre un désert immense et un océan rouge » à l’entrée de la Corne d’Afrique. Un territoire mythique aux paysages contrastés semblant émerger du chaos primitif, qui fut le premier et le dernier fleuron de l’Empire colonial français. Mais Pierre Deram resserre son angle d’approche tout en l’élargissant à l’échelle de l’univers.

D’emblée il se focalise sur la ville-même de Djibouti, ville métaphorique perdue dans une vaste étendue silencieuse de blancheur pétrifiée, de sel, de gravats et de poussière, dans un « immense tas sans cohérence » d’une violente nudité : dans un « océan de néant ». Une ville desséchée, écrasée de soleil, piégée dans le « premier cercle d’une spirale de mort », et dont les fantômes s’animent dans une nuit grouillant d’« agitation secrète », « pleine de couleurs grandioses et de torrents de rêves ». Et il braque son projecteur sur la ville nocturne et militaire où « l’ivrognerie et la tension sexuelle sont partout palpables », sur un monde de soldats « damnés, ignobles jusqu’au bout des ongles » et sur les femmes et les filles qu’ils entraînent dans leur naufrage, sans oublier le chien domestique Snoopy (clin d’œil au chien de Charlie Brown qui dans la BD Peanuts se rêve légionnaire).

Ma dernière création est un piège à taupes : Kalachnikov, sa vie, son œuvre, Oliver Rohe

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Lundi, 24 Août 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Babel (Actes Sud), Récits

Ma dernière création est un piège à taupes : Kalachnikov, sa vie, son œuvre, août 2015, 96 pages, 6,70 € . Ecrivain(s): Olivier Rohe Edition: Babel (Actes Sud)

 

Ma dernière création est un piège à taupes : Kalachnikov, sa vie, son œuvre est un court et dense récit balayant quasiment un siècle d’histoire mondiale à compter de la naissance de l’Union soviétique. Un récit abordé sous l’angle original de la célèbre Kalachnikov, fusil d’assaut ayant pris le nom de son inventeur, le fils d’une famille de koulaks déportée en Sibérie, qui découvrit sur le front Est le « calibre révolutionnaire » utilisé par l’infanterie de la Wehrmacht et le perfectionna en 1947.

Oliver Rohe alterne habilement le récit de la vie de Mikhaïl Kalachnikov et l’histoire de son invention, de son perfectionnement incessant et de sa diffusion. Deux récits entremêlant l’individuel et le collectif, eux-mêmes ponctués d’informations de notre époque, d’images marquantes de reportages télévisés ou de vidéos d’amateurs, que l’auteur se contente de transcrire. L’écriture, simple, prend parfois dans le premier récit le ton faussement naïf du conte pour enfants et, du contraste entre la puissance infernale de cette arme et l’apparente bonhomie de son créateur, comme du paradoxe de cet AK-47 dévoyé se retournant contre le pays qui l’a « mythifié », surgit une profonde dérision de l’absurde.