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Articles taggés avec: Caminade Emmanuelle

Eloge du vertige, Marc Favero

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mardi, 13 Septembre 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Eloge du vertige, éd. Colonna, avril 2016, 500 pages, 21 € . Ecrivain(s): Marc Favero

 

Juriste expert du droit bancaire, Marc Favero est aussi un grand lecteur d’écrits de philosophes en tout genre, cherchant « systématiquement à comprendre, à analyser le raisonnement » et ayant « besoin de trouver des réponses ». Et c’est justement parce qu’il n’en trouvait pas qu’il décida d’écrire son propre ouvrage de philosophie.

Eloge du vertige se présente comme un catalogue d’interrogations portant sur les concepts philosophiques « d’existence, de divinité, d’esprit, de liberté, de morale, d’origine, de gouvernements ». L’auteur ayant dégagé des questions fondamentales se posant de manière duale, des sortes de « briques binaires » qui, plus ou moins consciemment, forment le socle de notre vision du monde et conditionnent nos convictions dans de nombreux domaines, tente pour chacune d’elles de démontrer l’une et l’autre de leurs réponses possibles. Sous-titré Jeu des sept questions, cet essai qui évoque ainsi malicieusement les sept piliers bibliques de la sagesse tout en adressant un clin d’œil à Aristote, n’a rien pour autant de véritablement récréatif, s’affirmant plutôt comme un exercice pour dérouiller l’esprit nous offrant l’occasion de sortir de notre paresse intellectuelle.

Anguille sous roche, Ali Zamir

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Jeudi, 08 Septembre 2016. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Roman, Le Tripode

Anguille sous roche, septembre 2016, 320 pages, 19 € . Ecrivain(s): Ali Zamir Edition: Le Tripode

Dans l’océan indien déchaîné, Anguille, 17 ans, sœur jumelle de Crotale et fille de Connaît-tout, pêcheur comorien pseudo moraliste et philosophe réduisant l’existence à des formules creuses, est en train de se noyer. « Fourgonnant le passé » dans le laps de temps qu’il lui reste, elle entreprend de « [se]déboutonner jusqu’au vertige du sommeil éternel », de raconter les secrets de sa vie anguillaire née de la mer et retournant à la mer, ces secrets habituellement cachés sous le silence et l’obscurité de la roche. Une histoire d’amour déçu, d’amour trompé se répétant à l’infini, illustration de la voracité des hommes qui, dominés par leur esprit ou leur corps, oublient qu’entre « tête et cul » se trouve un cœur.

Il s’agit de se faire entendre, de crier sa liberté et sa singularité, de montrer qu’elle a existé, qu’elle « a choisi [sa]vie et [ses] actes », qu’elle a été l’actrice de sa propre tragédie sur cette « scène obscure du monde », plutôt que de quitter cette dernière avec amertume « comme une abrutie qui a mal joué [son] rôle ». Car dans ce monde qui n’a pas de fin, « les acteurs doivent obligatoirement déserter en se faufilant dans les coulisses » et autant le faire « avec un goût de sucré dans la gorge ». C’est dire l’importance pour elle de capter l’attention de son auditoire et de la garder tout au long de son récit. L’urgence aussi de l’entreprise si elle veut la mener à terme avant de « tomber dans [son] dernier sommeil ».

Sombre aux abords, Julien d’Abrigeon

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 31 Août 2016. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Roman, Quidam Editeur

Sombre aux abords, Julien d’Abrigeon, Quidam éditeur, septembre 2016, 144 pages, 15 € . Ecrivain(s): Julien d’Abrigeon Edition: Quidam Editeur

 

Sombre aux abords est un roman sombre et étoilé aux multiples résonances cinématographiques et photographiques, musicales ou littéraires… transcendées par une langue poétique dynamique que Julien d’Abrigeon, adepte de la poésie-action pratiquant une poésie très sonore et visuelle, s’emploie à travailler pour notre plus grand plaisir. C’est un roman nourri de « citations et d’allusions » dont l’auteur (qui consacra un mémoire universitaire à Jean-Luc Godard, ce cinéaste-écrivain virtuose du découpage/collage) ne se cache pas, semblant conscient que toute création, toute écriture s’amorce et s’enflamme aux étincelles d’autres œuvres, et jouant sur les ajouts comme sur les détournements et les silences pour « embrayer vers de nouveaux sens ». Et peu importe que le lecteur ne saisisse pas forcément toutes ces références car il restera toujours suffisamment d’échos plus ou moins diffus pour façonner, même inconsciemment, sa lecture.

Une structure solide directement empruntée aux cinq pistes que comportent les deux faces de l’album rock Darkness on the edge of the town – et en reprenant  avec une certaine liberté les titres et les canevas – équilibre cet ouvrage fragmenté en dix chants se voulant d’abord un hommage à l’œuvre de Bruce Springsteen.

Petit pays, Gaël Faye

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 24 Août 2016. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Roman, Grasset

Petit pays, août 2016, 220 pages, 18 € . Ecrivain(s): Gaël Faye Edition: Grasset

Ce « petit pays » c’est le Burundi, petit état niché au cœur de l’Afrique des grands lacs, au sud de son voisin le Rwanda – dont le nom nous est plus connu depuis l’horrible génocide de 1994 – et à l’est de l’ex-Zaïre devenu RDC, sur l’autre rive du lac Tanganyika. Et pour Gaël Faye, Franco-Rwandais y ayant grandi avant de devoir s’exiler en France à l’âge de treize ans en raison de ce conflit ethnique sans fin opposant là encore Tutsis et Hutus, c’est d’abord le pays de son enfance ; celui du bonheur. D’un bonheur simple peu à peu rattrapé par la dure réalité d’une guerre civile, de ce bonheur qu’auraient tant voulu conserver aussi tous ces réfugiés et ces migrants fuyant l’enfer. C’est un pays enfoui qu’il habite viscéralement, qui fait partie de son identité, un monde disparu dont les medias n’ont jamais pu rendre compte et qui ne peut resurgir que par l’écriture, car seule la poésie peut approcher la vérité du monde :

« L’opinion française pensera qu’ils ont fui l’enfer pour trouver l’Eldorado. Foutaises ! On ne dira rien du pays en eux. La poésie n’est pas de l’information. Pourtant, c’est la seule chose qu’un être humain retiendra de son passage sur terre. Je détourne le regard de ces images, elles disent le réel, pas la vérité. Ces enfants l’écriront peut-être un jour », commente ainsi son héros narrateur face à « une chaîne d’info en continu » diffusant « des images d’êtres humains fuyant la guerre », accostant sur le sol européen dans leurs embarcations de fortune.

Légende, Sylvain Prudhomme

Ecrit par Emmanuelle Caminade , le Mercredi, 17 Août 2016. , dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Roman, Gallimard

Légende, août 2016, 304 pages, 20 € . Ecrivain(s): Sylvain Prudhomme Edition: Gallimard

 

Il y a toujours chez Sylvain Prudhomme une soif de dire le monde en racontant tout simplement, lui qui aime les gens, la vie des hommes dans le temps qui passe, leurs bonheurs et leurs malheurs, leurs peurs, leurs doutes et leurs espoirs. Et on le sent touché par tous ces destins singuliers et ces chemins qui se croisent, par le miracle de la vie, de ses multiples « ramifications » au cœur de cette « coulée implacable » nous acheminant tous vers la mort. Aussi peut-on l’imaginer « heureux et écrasé par la masse des récits à écrire, des histoires à raconter », comme l’est Matt, l’un des héros de Légende confronté à « l’idée du nombre infini des films possibles ».

Et cette nouvelle histoire entremêlant encore notre temps et une époque révolue, où l’auteur tente de mieux saisir, de mieux comprendre ce passé pour éclairer notre présent et notre propre vie, s’enracine toujours fortement dans un territoire que ses belles descriptions ont le don d’incarner. Après la terre qui fut celle de son grand-père jusqu’à l’indépendance algérienne, visitée dans Là, avait dit Bahi – roman déjà couronné par le prix Louis-Guilloux –, et cette Afrique où il passa son enfance et son adolescence, évoquée dans Les Grands qui rencontra à juste titre un important succès –, l’auteur explore à nouveau des lieux avec lesquels il peut établir une certaine proximité.