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Le cor, par Bruno de la Fortelle

Ecrit par Bruno de La Fortelle , le Mardi, 13 Décembre 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Le cor de Soumati était fée : il hâtait l’aurore. Chaque fois qu’il en sonnait dans la nuit, l’aube approchait, d’un temps impossible à dire. Il ne devait pas en sonner plus de trois fois dans la même nuit : s’il le faisait un jour, les conséquences en seraient terribles. L’instrument n’avait cette vertu que sous les lèvres de Soumati ; pour tout autre, il n’était qu’un cor au son plus plein que les autres.

Lorsqu’à la mort de son père le génie qui protège la famille royale de Tirazin lui avait donné ce cor, Soumati avait été déçu : à quoi bon hâter l’aurore quand le danger est mortel ? S’il n’avait pas respecté la coutume, il aurait répondu au génie que l’on meurt aussi bien de jour que de nuit. Il avait néanmoins pendu le cor à sa ceinture, et le portait chaque jour, car le don du génie était l’insigne des princes de Tirazin.

Une fois, il s’en était servi : c’était une nuit qu’il avait passée à pleurer sur la tristesse de son épouse Omaloa, pour laquelle il était transporté d’amour depuis des lunes, sans qu’elle lui ait jamais manifesté autre chose qu’une courtoisie soumise. Au moment de s’enfoncer dans des heures d’une peine qui semblait le dépasser, il avait sonné du cor ; et comme un prodige, toute la ville avait vu l’aube arriver, et s’était trouvée reposée, quoique la nuit se fût interrompue à la deuxième heure.

L’étoile du matin, par Bruno de la Fortelle

Ecrit par Bruno de La Fortelle , le Lundi, 21 Novembre 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

 

Berwal, roi de Beremcanan, n’avait jamais perdu un combat, ni dans les joutes saisonnières des six royaumes, ni dans les guerres contre ses voisins ou les nomades d’Almir. Sous son règne, Beremcanan était devenu le plus puissant des six états du Ponant, et même une coalition des cinq autres avait échoué à le vaincre, avant d’éclater durablement, après la défaite. Talcanan, sa capitale, dans la Montagne d’Or, était devenue une ville radieuse. Les coupoles de marbre blanc et les neiges éternelles se miraient dans ses bassins ; la sculpture y avait atteint une perfection inconnue jusque-là, et les jardins publics laissaient croire que la douceur éternelle était de ce monde. La ville occupait un plateau, au flanc du mont Palorin, que l’on voyait au loin, par beau temps, des confins de la plaine de l’Est, aux limites de Beremcanan.