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L’objectif, ce silence sonore

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 19 Août 2014. , dans La Une CED, Ecriture, Création poétique

 

 

 

 

 

Il s’est tout permis

Symptômes d’orages

Mais on le trompe et c’en est fait

Chasser les oiseaux migrateurs

Qu’est-ce qu’il peut objecter ?

Arrière-pensée superflue

L’agilité de matelots

Aicha au bois dormant

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Samedi, 10 Mai 2014. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Quand j’étais élève au lycée, j’étais follement amoureuse de Hocine. Nous nous aimions l’un l’autre d’un amour platonique, transcendental. Et quand j’étais en terminale, notre amour était à son apogée. Tous mes collègues, garçons et filles, avaient peur de l’examen décisif du bac, hormis ceux et celles qui, comme moi, baignaient dans l’amour. Ce dernier ne laissait aucun sentiment perturbateur s’insinuer dans ma vie.

Je réussis facilement l’examen du bac et j’étais quelques mois après à la faculté des sciences humaines à Oran où j’étais orientée. Hocine, mon amoureux, était là aussi : il eut son bac la même année que moi, mais il choisit de suivre des études en médecine. Nous nous rencontrions presque tous les jours. Les weekends étaient aussi merveilleux que les autres jours : nous nous promenions dans la ville, et surtout au bord de la mer. Tout comme au lycée, j’étais une étudiante brillante ; conscients de ma gentillesse et de mon charisme, mes enseignants m’encourageaient davantage, me prêtant même leurs livres.

La folie raisonnable d’un écrivain

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Jeudi, 19 Décembre 2013. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Depuis plusieurs mois je n’ai rien écrit. Je ne faisais que lire les mots des autres. J’avoue que ce n’est pas facile d’écrire. Alors cher lecteur tais-toi et arrête de dire n’importe quoi sur mes écrits ; d’ailleurs tu réfléchis pendant une heure pour écrire un S.M.S à ta copine. Ta gueule !

Je n’ai rien écrit depuis longtemps, certes, mais je tissais dans ma tête, qui se querelle sans cesse avec mon corps, une nouvelle fiction ; j’y pensais et j’y pense en marchant, en mangeant, dans les cafés…et même dans les toilettes.  Les toilettes sont un bon espace d’inspiration ; je m’y oublie parfois en faisant mes besoins et cela me donne l’envie d’y installer mon bureau et un petit arbre. Je délire ? Non. L’essence de l’écriture c’est la folie raisonnable.

Je suis dans ma chambre de travail qui constitue mon isoloir, voire mon îlot. Sur le bureau : des crayons, du papier blanc (cela me rappelle les femmes blanches pour qui j’ai un grand faible), un café noir, et des chaussettes puantes que j’ai jetées hier. Hum, j’adore ma chambre en désordre ! Au dessus, accroché au mur, un portrait de Mohammed Dib. Je lui fais un clin d’œil.  En entrant, j’ai accroché un écriteau sur la porte : silence l’écrivain délire.

Achille à la plage

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Mardi, 12 Novembre 2013. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

Le jeune homme Mourad habitait dans un beau village au nord de l’Algérie ; donnant sur la Méditerranée qui était autrefois un carrefour de cultures, adossé aux montagnes, ce village était réputé par la beauté de sa plage. Pendant l’été – saison propice pour les vacances – on y venait des différentes régions de l’Algérie.

Habitant au sud du village, Mourad devait prendre le bus pour gagner la plage. Une fois arrivé face à la mer, il se promenait sans répit sur le rivage au sable doux pour trouver une amoureuse. Chercher l’amour à la plage, voilà le désir ardent qui l’incitait à y aller très souvent. Il renonça cependant d’y aller à cause de l’événement humiliant qui lui était arrivé un certain vendredi.

Par nature, Mourad avait une grande taille, les épaules hautes et la poitrine dure. Par nature. Brun, il était surnommé Achille par les gens qui le connaissaient bien. Ce sobriquet avait une histoire. Féru de films de guerre, il avait suivi l’an passé une adaptation cinématographique de l’Iliade et l’Odyssée d’Homère et, sans avoir bien compris les événements, était profondément fasciné par le personnage Achille, héros de la guerre de Troie. À force d’en parler à ses amis, ceux-ci avaient fini par le surnommer Achille. Fier de sa taille, il se prenait pour un preux chevalier, un héros invulnérable. Contrairement aux gens qui n’aimaient guère les surnoms, lui, il préférait le surnom Achille à son prénom Mourad. Cela le flattait. Dilatait davantage son orgueil.

Mes femmes, Abbes Bahous

Ecrit par Tawfiq Belfadel , le Lundi, 02 Septembre 2013. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Maghreb, Roman

Mes femmes, TheBookEdition, Lille, 2012, v. papier, 163 pages, 8,79 € . Ecrivain(s): Abbes Bahous

Mes femmes est un roman qui peint les relations hommes-femmes à travers plusieurs thèmes comme l’amitié, l’amour, le mariage, et la condition féminine. Il montre notamment comment peut-on avoir peur du mariage.

Comprenant trois chapitres – Une femme de caractère, Mes femmes, Le choix de Mourad –, le roman Mes femmes est une version rapportée, fidèle malgré les nuances, de l’histoire de Yasmina et Mourad. Ces derniers se sont connus grâce à internet dans les années 2000. « C’est extraordinaire et horrifiant à la fois. Notre vie, nos rencontres, notre destin… Tout cela ne tient qu’à un fil ! » (p.4). Avec le temps, ils s’habituent l’un à l’autre et se trouvent liés par une forte amitié, transformée ensuite en un amour qui se dit et se ressent.

Depuis une vingtaine d’années, Mourad vit seul dans un appartement à Oran. Yasmina y vient de temps en temps pour le voir, mais surtout pour apaiser son âme endolorie en se confessant : lors de chaque rendez-vous elle extirpe un pan de sa vie. Agée d’une trentaine d’années, c’est une femme franche et audacieuse, « jolie, posée, calme et quasi olympienne » (p.30). Elle a été maltraitée par sa famille puis par son mari avec qui elle fermait les yeux sur beaucoup de choses, avalant même sa fierté jusqu’au jour où le divorce s’est imposé. « J’ai divorcé mentalement depuis longtemps, bien avant la séparation, des années auparavant » (p.57).