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Articles taggés avec: Arnaud Le Vac

Route de nuit, Christophe Bregaint

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Lundi, 08 Février 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Route de nuit, La Dragonne, octobre 2015, 77 pages, 13,50 € . Ecrivain(s): Christophe Bregaint

 

« Invitation à regarder le lointain/ Depuis le point de vue du temps »

Route de nuit de Christophe Bregaint est une exploration du langage en plein cœur du poème. Une aspiration à vivre le poème face au ressassement incessant de l’actualité et à l’abandon du langage aux paroles vides. Le poème pour Christophe Bregaint est en attente d’une ouverture sur le monde : « Je prendrai/ La route/ Sous la voute de la nuit/ Pour surprendre l’aube// A des kilomètres de là// Peut-être/ Que l’asphalte aura fait éclore// Les roses de mars ». Une ouverture sur le monde et son histoire : « Au premier pas/ On a un peu peur/ De ce désir fou/ De cette force rebelle/ Qui nous pousse// A nous tenir debout sur le kilomètre zéro// Des prémices de la vie/ Alors la marche commence ». Et c’est une marche qui se veut avant tout une « Invitation à regarder le lointain/ Depuis le point de vue du temps ». Comme le dit Christophe Bregaint : « Avec l’ombre/ Dans nos veines ». Le temps est un ami : « A chaque pas/ Eclot une nuit/ Se flétrit un jour/ Rien à concevoir d’autre ». Le temps est aussi un ennemi : « Il n’est plus de piste balisée/ Sur le méridien du Diable ».

O saisons ô, Yann Miralles

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Jeudi, 04 Février 2016. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

O saisons ô, L’Atelier du Grand Tétras, 111 pages, 2014, 16 € . Ecrivain(s): Yann Miralles

 

http://www.latelierdugrandtetras.fr/parutions.php?livre=154

 

« je suis sur le bord calme du monde. je vis. je vois le temps, l’écoulement de l’eau. j’envoie des flèches de mots. à toi ».

O saisons ô de Yann Miralles est à la fois une fuite et un envol au cœur du poème. Du poème toujours à faire, à dire. Du poème au cœur de l’été dans « la profusion du réel ». Du poème lyrique dans le rythme de la prosodie qui ne cesse plus de se dire. Dans « le dénuement le plus total » et « le parfait présent de l’été ». Semblable au Concert champêtre du plus grand peintre italien : Titien. Yann Miralles est de ceux pour qui la rhétorique profonde existe : « l’amour est un poème sans doute : un langage/ comme un sentier tout tracé/ puis soudain : un chemin de traverse// c’est violence et tendresse/ des mots qui s’unissent/ & des corps ». Ce que Yann Miralles suggère, dans O saisons ô par un « oui » pour « l’immobilité continuée/ de la vie ».

A propos de "Langage, histoire une même théorie", Henri Meschonnic

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Samedi, 10 Octobre 2015. , dans La Une CED, Les Dossiers, Etudes

 

Langage, histoire une même théorie

 

« La question du sens et de l’histoire sont inextricablement liées ».

 

La poétique pour l’historicité, et pour le politique, et pour le langage, et pour l’éthique, et pour aujourd’hui, composé sur près de trente ans par son auteur, Henri Meschonnic, et préfacé par Gérard Dessons, a été publié en 2012 aux éditions Verdier, sous le titre Langage, histoire une même théorie. L’ouvrage, véritable ensemble de l’activité théorique de Meschonnic, demeure par sa radicalité de pensée (semblable en cela à Etre et temps et à l’Etre et le néant), un livre majeur de la pensée du XXe siècle, appelé à devenir aujourd’hui un classique de la pensée du XXIe siècle.

Les Clameurs de la Ronde, Arthur Yasmine

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Lundi, 14 Septembre 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie

Les Clameurs de la Ronde, Carnet d/art éditions, mai 2015, 88 pages, 9 € http://www.carnetdart.fr . Ecrivain(s): Arthur Yasmine

 

« Se battre dans la ronde. Chercher à l’aimer pleinement. Nier tout dans le fracas des comètes. Dire oui par l’ouverture du ciel. Faire jaillir la parole comme un poignard. La faire briller comme un talisman. La mettre à l’épreuve de l’existence. Ecrire à nouveau. Vivre encore. – Etre poète. – Pour tout ça ».

Voici un livre, qui si on lisait vraiment, n’aurait pas fini de faire parler de lui. Arthur Yasmine ne mâche pas ses mots : son humour et son sérieux contenu au service d’une culture étendue ne cessent de surprendre le lecteur. On rit beaucoup à lire Arthur Yasmine. Et c’est d’autant plus sérieux qu’il pose tout de suite les questions qui fâchent : « Ces derniers temps, on parle de crise, de disparition, de mort de la poésie. Comment en est-on arrivé là ? Une mauvaise maladie tourmente les professionnels de la Culture, les professeurs indignés, les étudiants névrosés, les intellectuels ratés, les artistes, les rebelles, les académiciens… Tout le monde s’éponge dans un coin… On écrit des livres entiers pour s’indigner de son désintérêt… On s’épanche à grands coups d’arguments pédagogiques pour la sauver… Mais on n’a jamais écrit que des pages molles pour la défendre… On n’a jamais écrit de pages aussi mièvres, aussi misérablement inoffensives… Cette pauvre poésie s’éteint dans des théories stériles et des éloges impuissants… A trop vouloir regarder au miroir occidental, on en a fait de la réflexion intellectuelle et du mirage intime… On s’est si bien détaché de son action qu’on ne sait plus rien en faire de déterminant pour autrui et pour le monde… »

Confiteor, Pascal Boulanger

Ecrit par Arnaud Le Vac , le Vendredi, 27 Mars 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais

Confiteor, Librairie Ed. Tituli, mars 2015, 148 pages, 16 € . Ecrivain(s): Pascal Boulanger

 

« La poésie est une manière de dire et une manière d’être ».

Confiteor de Pascal Boulanger joue et déjoue d’avance tout aveu et toute reconnaissance à la poésie et à la vie de l’auteur. Cet essai, le plus important du poète, est une mise en abîme de l’écriture. Carnet plutôt que journal, ces fragments semblent s’organiser comme les Fusées et Mon coeur mis à nu de Baudelaire. Ce qui se noue dans cette histoire et se dénoue dans cette traversée de l’écriture engage la pensée du poète. Une pensée qui de Tacite (Flammarion, 2001) à Au commencement des douleurs (Corlevour, 2013) marque de son sceau l’une des œuvres poétiques les plus singulières de notre temps. Une œuvre imperméable au nihilisme et qui sait dans son questionnement incessant de la poésie faire face au ressentiment qui déferle de toute part. Il faut souligner l’écoute remarquable de Pascal Boulanger lorsqu’il écrit par exemple dans Tacite : « L’aménagement de la terreur : / dorénavant le mur est dans toutes les têtes » ; ou encore dans Au commencement des douleurs : « Le temps humain n’avait plus cours. Nous n’étions plus que de simples maillions dans la chaîne alimentaire des machines, leur cheptel ». Et de rappeler ici, d’un livre à l’autre, son attention redoublée à se tenir toujours au plus près de l’histoire.