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Articles taggés avec: Anne Morin

Le garçon qui voulait dormir, Aharon Appelfeld

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 04 Mai 2011. , dans La Une Livres, Israël, Les Livres, Recensions, L'Olivier (Seuil), Roman

Le garçon qui voulait dormir, traduit de l’hébreu par V. Zenatti, Paris, 2011, 297 p., 21€. . Ecrivain(s): Aharon Appelfeld Edition: L'Olivier (Seuil)

« (…) ce pays lointain – quel est son nom déjà ? – » (p. 34), et c’est toute l’histoire des « réfugiés », ceux qui reviennent des camps, c’est aussi en grande partie, celle de la vie d’Aharon Appelfeld : revenir puiser dans son passé, pour l’écrire dans une langue qu’il doit forger, celle de sa nouvelle identité, car on a changé aussi son nom au jeune garçon. Non pas « dépouiller le vieil homme », au contraire, lui rendre, au mot près, dans cette musique nouvelle, celle dont Aharon Appelfeld dira qu’elle est celle de sa « langue maternelle adoptive ».

L’image de la mère, dont il fut orphelin très jeune se confond dans la langue qui se perd. Quand le jeune homme aura imité les chapitres de la Bible, qu’il recopie, il pourra ré-endosser tous les êtres qu’il aime. En attendant, le sommeil jette un pont entre deux états, entre deux mondes. Ce livre relate, avant tout, la réappropriation de soi, la reconstruction par la langue. Il est nécessaire au garçon de se reconnaître par les mots. A chaque instant, l’ascèse pour y parvenir : on est saisi, happé avec le jeune Aharon, par l’âpreté de la bataille qui se joue, ne pas, jamais laisser cours au désespoir.

Amour, Hanne Orstavik

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 16 Avril 2011. , dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, Pays nordiques, Les Allusifs

Amour, 2011, 134 pages, 14 € . Ecrivain(s): Hanne Orstavik Edition: Les Allusifs

 

Libéré de l’espoir… non, le petit Jon est trop jeune pour penser cela, penser que c’est cela qui s’installe dans sa tête quand il se couche, au seuil de sa porte, dans la nuit glaciale : il aura neuf ans le lendemain.

Il en a rêvé, de ce train électrique pour son anniversaire, ce train qui siffle dans son esprit et qui les emporte, Vibeke, sa mère et lui. Loin d’ici, dans cet endroit reculé de Norvège où l’on dirait que l’hiver et la nuit ne finiront jamais… Vibeke, sa mère, il ne l’appelle pas autrement, ne pense à elle que sous ce prénom. Une seule fois, vers la fin, il pensera « maman ». Ces deux-là ne se sont pas trouvés, ne se retrouvent pas. Leurs routes se croisent, à un moment, mais implacable, le destin les trace et les traque.

Le fil du récit passe de la mère au fils, enchevêtrant leur soirée d’abord légèrement, puis effroyablement. On assiste, impuissant, à l’inéluctable.

Purge, Sofi Oksanen

Ecrit par Anne Morin , le Mercredi, 13 Avril 2011. , dans Les Livres, Recensions, Roman, Pays nordiques, Stock

Purge. 2010. 21 € . Ecrivain(s): Sofi Oksanen Edition: Stock

« Purger : purifier par élimination des matières étrangères ».

Or, qu’est-ce que l’amour (pour Aliide) sinon cela, une « matière étrangère » qui l’envahit, la comble, l’obstrue.

Dans ce livre, bien sûr il est question de la malédiction d’être femme, une femme en territoire occupé, mais le cœur, le corps ne sont-ils pas aussi territoires occupés quand l’amour advient ?

Avant tout, histoire d’amour âpre, fou, rude. Aliide aime comme une bête, tombe amoureuse de Hans, et cela la conduit à la dénonciation, à faire en elle la part belle à ce qui la dévore, brutalement.

Ce n’est rien, trahir sa sœur, prendre ses biens et sa place, ce n’est rien, vendre, et ce n’est rien non plus tuer l’homme qu’elle aime si elle peut continuer à vivre avec lui, près de lui.

Car, croit-elle vraiment à cette « autre vie », à ce « nouveau départ » dans une ville qui les cachera, Hans et elle, et les engloutira dans l’oubli ? Quand elle lit le cahier secret où Hans avoue sa méfiance envers elle, Aliide hurle son amour déçu, perdu, elle le recrache comme on s’exorcise, comme si elle accouchait d’un enfant mort-né. Et dans le cagibi où elle cachait Hans jusqu’à l’improbable fuite, elle l’enterre vivant.

Les animaux de compagnie, Bragi Olafsson

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 07 Avril 2011. , dans Actes Sud

Les animaux de compagnie, mars 2011, 239 p. 20 € . Ecrivain(s): Bragi Olafsson

On ne peut que faire le rapprochement entre le caractère hétéroclite des animaux autrefois confiés à la garde d’Emil et de Havardur : un chat, une lapine, un hamster albinos et un iguane, et les personnages qui se retrouvent dans son salon, qui l’attendent en vidant les bouteilles et en fumant les cigarettes qu’il vient d’acheter dans la zone free tax de l’aéroport… Emil, qui pour ne pas affronter Havardur s’est caché sous son propre lit, dans sa propre chambre…
Peu à peu, Havardur prend possession des lieux, endossant le rôle d’Emil : il devient l’hôte inattendu de ses propres invités et personnes conviées par Emil.
Sous un lit, la perspective change les angles de vue, et l’on se demande si c’est la vision d’Emil qui pervertit l’attitude de ceux qui l’attendent, ou si l’attitude des personnes dans son living n’altère pas sa propre perception des choses.
Et puis, tout se détraque, tout échappe, tout va de travers, rien ne rend plus compte, ni raison. La vie d’Emil bascule, avec le cours des choses, cette soirée improbable remet en question ses rapports aux autres, et le cours qu’il imaginait de sa vie à venir. La soirée s’écoule : après tout, on peut se passer de lui, la vie se passe de lui. Sa vie se passe de lui.

Chair Sauvage, Yehoshua Kenaz

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 05 Mars 2011. , dans La Une Livres, Israël, Recensions, Actes Sud

Yehoshua KENAZ, Chair Sauvage, Actes Sud, 221 pages. 20€ . Ecrivain(s): Yehoshua Kenaz Edition: Actes Sud


Pour unité, l’étrange, qui fait basculer l’histoire, enracinée dans la vie tranquille des personnages. Ceux-ci vivent au kibboutz ou en ville, sont soldats ou civils, actifs ou retraités. Parfois, d’une histoire à l’autre, on les suit, ils se connaissent, se reconnaissent. Parfois, la succession vient de l’incongruité d’un détail qui échappe, ou qui achoppe.

D’une façon ou d’une autre, tout se dénoue, sans faire plus de bruit dans la vie d’autrui. Parfois, le dénouement est violent, mais l’histoire le banalise, se refermant sans créer plus de remous qu’un rond dans l’eau.