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Articles taggés avec: Ak Afferez

Americanah, Chimamanda Ngozi Adichie

Ecrit par AK Afferez , le Lundi, 23 Février 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Afrique, Roman, Gallimard

Americanah, janvier 2015, traduction de l'anglais Anne Damour, 523 pages, 24,50 € . Ecrivain(s): Chimamanda Ngozi Adichie Edition: Gallimard

 

Americanah, c’est, au fond, une histoire d’amour, de celles qui, dans ces temps modernes, ne vont pas de soi, font mille et un détours, deux vies enchevêtrées et sinueuses plutôt qu’une ligne droite. Mais c’est aussi un de ces livres qui, dès la première lecture, vous font percevoir que vous êtes en présence d’un chef d’œuvre, qui deviendra un classique qui fusionne virtuosité littéraire et critique sociale.

Americanah suit l’histoire de deux jeunes Nigérians, Ifemelu et Obinze, qui se rencontrent au lycée et tombent amoureux. Au fil d’années mouvementées sur le plan politique (on ne peut échapper au poids de la dictature au Nigéria, ni aux répercussions du 11 septembre), ils vont tenter de se frayer chacun leur chemin – Ifemelu va rejoindre sa tante dans le Nord-Est des États-Unis pour y continuer ses études, et Obinze, qui se verra refuser un visa pour l’Amérique, connaîtra la dure réalité d’être un sans-papiers en Angleterre. Leurs vies vont progressivement s’éloigner, jusqu’à ce que le silence radio remplace la passion des premiers temps. Ifemelu devient une bloggeuse renommée, publiant sur Raceteenth ses observations sur les questions raciales et ethniques aux États-Unis du point de vue d’une Africaine noire ; Obinze rentre au Nigéria où la chance et la fortune lui sourient. Et puis Ifemelu décide de rentrer au Nigéria…

Les traducteurs dans l’histoire, codirigé par Jean Delisle et Judith Woodsworth

Ecrit par AK Afferez , le Vendredi, 06 Février 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Hermann

Les traducteurs dans l’histoire, traduction coordonnée par Benoit Léger, novembre 2014, 377 pages, 29 € . Ecrivain(s): Jean Delisle et Judith Woodsworth Edition: Hermann

 

 

Lorsqu’on lit de la littérature étrangère, on ne prête souvent pas beaucoup d’attention à qui a pu traduire le récit qu’on a sous les yeux. Le traducteur ou la traductrice (ou le collectif de traducteurs) : figures plutôt fantomatiques, effacées. Il faut faire valoir un contact en apparence immédiat entre le lecteur et l’auteur de la version originelle. On pense rarement à trianguler cette relation pour y insérer le traducteur ; on pense rarement au traducteur en tant qu’auteur. Des exceptions existent, bien entendu : Nerval, Baudelaire, Mallarmé (pour n’en citer que quelques uns), dont les activités de traduction sont souvent mentionnées lorsqu’on nous les présente au collège ou au lycée. Mais cette activité de traduction n’est jamais analysée comme une caractéristique déterminante du parcours de ces auteurs. Ils sont poètes, écrivains avant tout – le rôle de traducteur passe en second plan.

Marguerite Yourcenar et le souci de soi, Anne-Yvonne Julien

Ecrit par AK Afferez , le Mardi, 27 Janvier 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Essais, Hermann

Marguerite Yourcenar et le souci de soi, octobre 2014, 367 pages, 25 € . Ecrivain(s): Anne-Yvonne Julien Edition: Hermann

 

 

Marguerite Yourcenar occupe une place à part, insulaire, dans les lettres françaises et francophones : longtemps cantonnée au domaine des néoclassiques et considérée comme « trop savante » pour faire réellement partie de la modernité littéraire, son œuvre est à présent redécouverte dans toute sa diversité et sa complexité. Yourcenar s’est toujours placée au carrefour de courants de pensée, de genres littéraires et de tonalités stylistiques. Véritable citoyenne du monde, sa connaissance fine et nuancée de multiples philosophies, religions et mythologies du monde entier, a nourri une œuvre polymorphe, qui prend autant la forme de brefs récits et d’essais que de poèmes et de chroniques familiales, et qui n’hésite pas à se saisir de toutes les potentialités poétiques qu’offre le langage – du style le plus épuré à celui le plus baroque.

La confession de la lionne, Mia Couto

Ecrit par AK Afferez , le Jeudi, 22 Janvier 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Afrique, Roman, Métailié

La confession de la lionne, janvier 2015, traduit du portugais par Elisabeth Monteiro Rodrigues, 234 pages, 18 € . Ecrivain(s): Mia Couto Edition: Métailié

 

« La chasse est une sorcellerie », affirme Arcanjo Baleiro, le chasseur chargé de mettre fin au problème des lions mangeurs d’hommes dans le village de Kulumani. Mais que traque-t-il au final ? Un corps délirant de violence ou un esprit tourmenté ? Des bêtes ou des humains ?

Une précision, déjà : on dit que les lions sont « mangeurs d’hommes ». C’est inexact. Leurs victimes sont des femmes. Silência, la sœur aînée de Mariamar, est la dernière en date au début du livre. Mariamar, enfant de l’eau, de la mer, jeune femme apparemment stérile, qui sait lire et écrire, qui ressent à fleur de peau les moindres remous spirituels du village, fait peur et fascine. Animée par le refus de rester prisonnière de sa condition de femme, elle nous livre sa « version », qu’elle écrit dans un journal évoqué à la toute fin, journal qui sera l’unique objet qu’elle emporte loin du village, lorsqu’elle perd la parole et part avec Arcanjo.

L’Isle lettrée, Mark Dunn

Ecrit par AK Afferez , le Mercredi, 14 Janvier 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, USA

L’Isle lettrée, Elya Editions, mai 2013, traduit de l'américain par Marie-Claude Plourde, 221 pages, 20€ . Ecrivain(s): Mark Dunn

 

Traduire une œuvre littéraire n’est jamais chose aisée. Alors comment pensez-vous traduire un roman oulipien basé sur un lipogramme qui progressivement réduit le nombre de lettres pouvant être utilisées ? C’est le défi qu’a relevé Marie-Claire Plourde en traduisant Ella Minnow Pea de Mark Dunn.

Au départ, Ella Minnow Pea est un roman épistolaire doublé d’une satire politique sur la liberté d’expression et d’un tour de force linguistique. La protagoniste éponyme est une jeune fille vivant sur l’île fictive de Nollop, au large des côtes de la Caroline du Sud. L’île est nommée d’après Nevin Nollop, lettré et auteur du fameux pangramme anglais « The quick brown fox jumps over the lazy dog » (pour rappel, un pangramme est une phrase oulipienne, la plus courte possible, qui contient toutes les lettres de l’alphabet). Cette phrase lui vaut une adulation éternelle auprès des habitants qui l’ont inscrite au fronton d’une statue érigée en l’honneur de Nollop. Lorsque certaines lettres, mal fixées, commencent à tomber, le Haut Conseil qui dirige l’île y voit un message d’outre-tombe de Nollop et décide de les bannir de toute communication, orale ou écrite, sous peine de lourdes sanctions (réprimande publique, flagellation ou pilori, exil forcé).