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Articles taggés avec: Ak Afferez

Nous sommes tous des féministes, Chimamanda Ngozi Adichie

Ecrit par AK Afferez , le Mercredi, 29 Avril 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Folio (Gallimard), USA, Essais

Nous sommes tous des féministes, février 2015, trad. Sylvie Schneiter et Mona de Pracontal, 87 pages, 2 € . Ecrivain(s): Chimamanda Ngozi Adichie Edition: Folio (Gallimard)

Affirmer être féministe en compagnie de non-féministes ou même de gens qui n’ont guère réfléchi à la question conduit bien souvent à l’une des situations suivantes : on vous dira que oui, il reste peut-être des résidus sexistes dans la société mais il y a d’autres combats bien plus importants ; ou bien on vous affirmera que de nos jours le sexisme n’existe plus, et que d’ailleurs ce sont même les hommes qui sont le plus opprimés ; ou alors on tentera carrément de vous prouver que les féministes sont des harpies sans humour cherchant à prendre le contrôle de la société en réduisant les hommes en esclavage.

Ceux que cet état des choses peut lasser trouveront ici leur bonheur : Chimamanda Ngozi Adichie nous prouve bien, dans ce petit livre aussi enjoué et drôle qu’engagé et déterminé, que le féminisme est tout sauf has been (surtout que Beyoncé elle-même a repris dans ses chansons des extraits de cet essai).

Le texte est la version modifiée d’une intervention qu’avait réalisée Adichie pour la série de conférences TEDxEuston. À travers diverses histoires glanées de son enfance, elle explique comment elle est arrivée à se définir comme féministe, et pas n’importe quelle féministe d’ailleurs : « une Féministe Africaine Heureuse qui ne déteste pas les hommes, qui aime mettre du brillant à lèvres et des talons hauts pour son plaisir, non pour séduire les hommes ».

Le Castor, Mohammed Hasan Alwan

Ecrit par AK Afferez , le Lundi, 20 Avril 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Pays arabes, Roman, Seuil

Le Castor, janvier 2015, trad. de l'arabe Stéphanie Dujols, 367 pages, 22 € . Ecrivain(s): Mohammed Hasan Alwan Edition: Seuil

 

Mohammed Hasan Alwan fait partie de cette nouvelle vague de jeunes écrivains en langue arabe dont les livres, traduits peu à peu, font découvrir des cultures, des sociétés et des histoires jusque-là largement méconnues du public occidental (la traduction de Stéphanie Dujols dépeint d’ailleurs très bien la vie et la culture saoudiennes, sans jamais effacer les spécificités culturelles, ni les rendre « exotiques »), et, par-dessus tout, montrent à quel point certains thèmes transcendent toutes les frontières.

Prenez ainsi les dynamiques familiales : que ce soit ici ou ailleurs, les rancœurs et les mesquineries restent les mêmes. La famille est particulièrement compliquée pour Ghâleb, le protagoniste et cadet d’un premier mariage malheureux, quadragénaire saoudien avec une âme de déraciné. Ses parents se sont tous deux remariés, mais l’arrivée de demi-frères et sœurs complique bien les relations. Pour se sortir de cet enchevêtrement affectif, une seule solution : partir, et partir loin, car la proximité ne fait qu’entretenir la myopie, émousser les ambitions. Ghâleb choisit l’Amérique, la côte Ouest, l’Oregon, Portland, ville où il s’est déjà rendu pour étudier à une époque qui lui semble à présent à des années-lumière. Portland fait très bien l’affaire car elle a ainsi un léger aspect familier, tout en offrant un terrain entièrement neuf pour, peut-être, se régénérer, ou, tout du moins, chercher une nouvelle direction.

Un Nageur dans la ville, Joaquín Pérez Azaústre

Ecrit par AK Afferez , le Vendredi, 27 Mars 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Espagne, Roman, Seuil

Un Nageur dans la ville, janvier 2015, trad. de l'espagnol Delphine Valentin, 203 pages, 18,50€ . Ecrivain(s): Joaquín Pérez Azaústre Edition: Seuil

 

Il paraît que c’est la fin du monde. Aucun fracas cependant. La terre n’est pas mise à feu et à sang. L’apocalypse se fait discrète. Il se trouve juste que les gens disparaissent, et la vie continue son cours.

Jonás, le protagoniste, est photographe, et va tous les jours nager en compagnie de son meilleur ami Sergio dans une piscine au nord d’une ville espagnole, anonyme mais assez grande pour qu’elle ait des quartiers bien définis entre lesquels on circule en métro. Jonás est aux prises d’une rupture douloureuse, qui le laisse tétanisé, et de la prise de conscience qu’il a peut-être perdu la vision esthétique qu’il pensait avoir, que le photographe artiste a laissé la place au photographe de presse. Les nuits d’insomnie, les moments d’amnésie et de migraines, les séances à la piscine et les repas avec Sergio ou Leopoldo rythment son existence. Et tout autour de lui, il commence à entendre parler de gens qui disparaissent. Son père d’abord, qui affirme que sa mère a disparu depuis deux mois. Un de ses collègues, qui reste injoignable.

Confidences Passagères, Toufik Abou-Haydar

Ecrit par AK Afferez , le Mardi, 17 Mars 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits

Confidences Passagères, éd. Max Milo, février 2015, 192 pages, 16 € . Ecrivain(s): Toufik Abou-Haydar

 

Confidences Passagères nous offre à contempler une tranche d’humanité, où tout le monde au final, de vedettes pimbêches à la vieille dame auvergnate qui n’a jamais quitté sa région, se retrouve à pied égal, qu’il soit bourgeois ou prostituée, touriste ou people. En se positionnant comme la voix centrale du récit, le narrateur redonne au conducteur de taxi une position privilégiée : le conducteur, dissimulé derrière le repose-tête du siège avant, est souvent considéré par le passager presque comme partie intégrante de son taxi (d’ailleurs, le terme taxi est lui-même déjà mi-machine, mi-homme – on dit aussi bien j’ai pris un taxi que j’ai demandé au taxi de me conduire…).

Pourtant, comme le montre bien l’auteur, ce métier lui procure un avantage particulier, celui de pouvoir ainsi collectionner les histoires, rencontrer une variété de gens qui sont plus parfois personnages que personnes. Abou-Haydar en particulier, féru de littérature, lecteur assidu et attentif de Molière et Baudelaire lorsqu’il n’est pas au volant, intuitionne que tout est déjà histoire en devenir, sait capturer le potentiel narratif que ses clients lui offrent. Nul doute que son passé professionnel, dans le monde de la presse et de la photographie, aide également à amplifier cette particularité chez lui, cette capacité à tirer de chaque client une anecdote, et de cette anecdote un sens plus profond.

Henri Meschonnic, théoricien de la traduction, Marcella Leopizzi, Céleste Boccuzzi

Ecrit par AK Afferez , le Samedi, 07 Mars 2015. , dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Poésie, Essais, Hermann

Henri Meschonnic, théoricien de la traduction, octobre 2014, 304 pages, 35 € . Ecrivain(s): Marcella Leopizzi, Céleste Boccuzzi Edition: Hermann

De ce recueil d’essais consacré à Meschonnic ressortent les multiples facettes de ce monstre sacré des lettres françaises : traducteur bien évidemment, essayiste caustique envers ses contemporains, théoricien érudit, poète. Loin des controverses et polémiques qui ont bien pu caractériser une partie de sa carrière, ce recueil cherche avant tout à souligner la contribution monumentale et désormais incontournable qu’il a pu apporter au domaine de la traduction.

On remarquera tout de même que l’ensemble des essais converge sur un seul et même ensemble de principes (de préceptes ?) : il faut, dans la lignée des travaux de Meschonnic, repenser le langage, et donc la poésie, en profondeur ; si l’on s’occupe de théoriser le langage, il ne faut pas séparer la théorisation qu’on en fait de la pratique qu’on mène, que ce soit à l’oral ou à l’écrit ; traduire n’est pas tant affaire de rester fidèle au texte (notion déjà hautement suspecte) que restitution d’une singularité langagière. Ces trois principes clefs étant repris dans tous les essais, on a au fil des pages des impressions de déjà-vu (ou déjà-lu) qui fait perdre de vue à certains moments ce que chaque essai apporte de spécifique à la conversation sur l’héritage de Meschonnic, et qui empêche parfois toute lecture critique de l’œuvre et des théories de Meschonnic.