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Les Folles Histoires du Chat Crotté (2) - L’Hôpital, par Ahlem B.

Ecrit par Ahlem B. , le Lundi, 15 Février 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Épisode 2

Je me balade sur l’avenue, claudiquant et sifflotant, tout guilleret de profiter de cette journée ensoleillée : par moments je taquine des fourmis ou des scarabées, par d’autres je bondis sur des papillons. C’est là qu’un engin éventré passe en trombe, et il se rue sur les voitures et il survole les piétons et il défonce les panneaux !

Un bus. Dans son envol, le monstre laisse derrière lui une traînée noire, raffinée d’essences et de benzine, qui forme aussitôt un nuage épais et menaçant. La nébuleuse se répand dans l’air, fonce droit sur nous et maintenant, c’est la panique : les voitures, vite ! se hâtent de remonter les vitres, les passants, vite ! se pressent sous leur manteau, les bêtes, vite ! filent dans leur trou. Longtemps après, enfin, le nuage finit par se dissiper, laissant place à un spectacle de désolation : mortes mes fourmis, décimés mes papillons, crevés mes scarabées ! Les malheureux gisent sur le sol, inertes ; seuls quelques-uns, plus résistants, continuent de se tordre et se tortiller en crachant leurs poumons. J’ai même pitié de ce scarabée à l’agonie qui tressaute pour se remettre sur ses pattes, alors moi j’ai voulu l’aider à se retourner, mais je dois t’avouer un truc dégueulasse : sans le vouloir, parce que trop grand ou trop fort, moi, je l’ai écrabouillé.

Les Folles Histoires du Chat Crotté (1) La Partie de Dames, par Ahlem B.

Ecrit par Ahlem B. , le Mardi, 09 Février 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

 

Épisode 1

J’ouvre un œil, puis un second, encore somnolant. J’adore dormir. D’ailleurs, je fais ça la moitié du temps. L’autre moitié, je la passe à flâner dans les rues ou à guetter mes repas.

Je suis un chat. Chez nous, on dit qu’il faut crever le chat avant qu’il ne franchisse la porte de ta maison, et même si j’aime pas beaucoup cette expression, je préfère te prévenir dès maintenant, j’ai sale caractère.

Je n’ai rien d’un charmant chaton élevé dans la chaleur d’un foyer bien nourri. Même, je ressemble plus à un rat qu’à un chat. Mais te moque pas. Essaie de grandir toi, dans une poubelle.

Je suis né avec une patte courte, alors je marche en claudiquant, et à cause de ta foutue pollution, je suis asthmatique. Je suis aussi épileptique. L’épilepsie en revanche, c’est pas toi. Ça, c’est parce qu’avant ma naissance, ma mère vivait dans une pharmacie et je la soupçonne de s’être envoyé des trucs dingues.

Les Folles Histoires de Ahlem B. - Nos Anciens Poilus

Ecrit par Ahlem B. , le Mercredi, 27 Janvier 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Je prends un petit-déjeuner gai et copieux dans un café de ma ville : c’est une terrasse couverte d’une bâche jaunâtre qui se jette sur une avenue où l’on peut ouvertement observer les passants reluquer, les passantes s’outrager, les voitures se cogner, les conducteurs se vilipender. Je me sens ici à Casa et j’apprécie ce moment autour de msemen, de 7ercha, de thé et de jus d’orange.

Bref, à côté de moi s’installe une tablée de 4 gars, tous très vieux, sourds, myopes et boiteux. Ils s’accommodent à grand-bruit de canes qui claquent, de chaises qui grincent et d’os qui craquent. Sans blague.

Au bout de quelques minutes de silence essoufflé, enfin, ils parlent.

– Ah les amis, que c’est bon de vous voir ! Quoi, combien ? 20 ans ? 20 ans, qu’on n’a pas été tous réunis !

– 20 ans ? non non, 30 ans au moins. Tu perds la mémoire, l’ami !

– Mais non, c’est toi qui perds la boule !

Les Folles Histoires de Ahlem B. - Le Ballet Pantomime

Ecrit par Ahlem B. , le Jeudi, 07 Janvier 2016. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

« Que diable allais-je faire dans cette galère ? »*

Je ne sais pas bien comment j’ai atterri ici, et pendant que je me pose la question, moi, j’ai la tête fourrée dans les bras d’une lointaine cousine que je connais pas et qui se croit obligée de m’étouffer entre ses seins pour bien montrer qu’elle est ravie d’accueillir la fille de la fille de l’oncle de son grand-père chez elle. Ou un truc comme ça. Sans blague !

Bref. La femme, la cinquantaine entamée mais l’air beaucoup plus, m’installe avec cérémonie dans son petit salon marocain.

Elle s’assoit quelques minutes avec moi, me demandant si ça va, oui merci, et elle, ça va ? oui merci, et son mari, ça va ? oui merci ; elle cite ainsi un à un tous les membres de la famille proche et lointaine pendant que j’opine des oui merci.

Je réponds mécaniquement à ses politesses et j’observe cette femme qui laisse au premier regard une impression étrange. Elle porte une robe de chambre enfilée de travers, usée, couverte de peluches et des tâches jaunissantes par endroits ; sous le vêtement long aux manches légèrement bouffantes, une superposition de sérouals amples en coton s’échouent inégalement sur des pantoufles en fourrure ornées d’une fleur au milieu.En dépit de son accoutrement, on devine une beauté ruinée par le temps, une richesse ancienne minée par l’économie !

Les Folles Histoires de Ahlem B. (6) Les Mèches Rebelles

Ecrit par Ahlem B. , le Jeudi, 08 Octobre 2015. , dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture

 

Un tas de cousines et de tantes squattent ma chambre, s’habillent et se déshabillent, se saupoudrent et se peinturlurent pour l’occasion. L’Occasion c’est une invitation au baptême d’une lointaine cousine d’un lointain cousin que j’ai jamais vu.

Bref, une tante s’approche et louche sur ma chevelure, le regard appuyé, la grimace désapprobatrice. Elle a mes bouclettes en horreur comme si elles menaçaient de ruiner la promesse de mon bel avenir de jeune fille. « Une jeune fille, tu comprends, bientôt une jeune femme, ça va chez un coiffeur pour avoir les cheveux lisses et tout et tout. Surtout pour les occasions ». Merde. Encore ce foutu tout et tout qui me fiche le cafard. Et moi j’ai pas envie de réécouter cette litanie de la jeune fille en devenir, alors j’accepte d’être entraînée chez le coiffeur au bout de la rue.

Elle glousse avant de me lancer un : Tu t’y habitueras, va !

L’habitude. C’est terrible. Terrible.