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Surtensions, Olivier Norek

Ecrit par Adrien Battini 29.03.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Polars, Roman

Surtensions, Michel Lafon, 31 mars 2016, 19,95 €

Ecrivain(s): Olivier Norek

Surtensions, Olivier Norek

 

Depuis quelques années, on observe un certain renouvellement de la scène française du polar. Au-delà des succès populaires des thrillers de Michel Bussi ou de Bernard Minier, le lectorat a également été gratifié de petites perles à l’instar du diptyque mongolien de Ian Manook ou encore du premier roman d’Alexis Ragougneau, Evangile pour un gueux. C’est dans cette catégorie des découvertes réjouissantes que l’on peut ranger Olivier Norek dont le troisième roman, Surtensions, vient de paraître.

Que ce soit dans Code 93 ou Territoires, Norek avait apporté la preuve qu’il était capable de courir plusieurs lièvres à la fois en proposant des enquêtes relativement complexes tout en multipliant les sous-intrigues. Avec Surtensions, il s’aventure cette fois dans la rupture de la narration conventionnelle. En lieu et place de trame principale, l’écrivain propose un enchaînement de scènes a priori déconnectées mais qui vont in fine totalement happer nos protagonistes de la SDPJ du 93. L’image invoquée serait celle de l’engrenage puisque chaque action vient en enclencher, souvent involontairement, une autre jusqu’à son final explosif, d’autant plus infernal qu’il en devient inévitable.

L’effet d’entraînement n’en est évidemment que plus efficace, mais cela permet aussi à Norek de faire une revue d’effectif des options criminelles (braquage, séquestration, pédophilie, viol, meurtre), de revisiter avec bonheur certains codes du genre (comme la survie en milieu carcéral ou la loi des milieux mafieux) et même de brouiller les mécanismes empathiques et identificateurs que le lecteur tisse avec les personnages du roman.

Jusqu’à ce jour on savait tenir en la personne de Norek un Joseph Wambaugh à la Française. Dans la continuité des deux premiers, ce dernier opus se pare des plus beaux atours du roman de flic : un style sans fioriture qui va à l’essentiel, attaché aux détails techniques et aux spécificités de la procédure, animé par une veine réaliste pour dépeindre l’environnement social et humain, le tout piloté à grande vitesse pour maintenir le taux d’adrénaline à un niveau élevé. Comme en témoigne la première partie consacrée à la prison de Marveil absolument glaçante de brutalité, l’impression de réalisme est toujours aussi maîtrisée et immersive. Si l’on en restait là, Surtensions serait déjà un très bon roman policier. Il semblerait en outre que l’écrivain ait pris confiance dans sa plume et se laisse aller à de fructueux détours littéraires. L’image est plus sûre, la description moins mécanique et cela se ressent dans certaines scènes puissamment évocatrices à l’instar d’un rituel funèbre carcéral particulièrement touchant. C’est aussi sur le terrain des émotions que le roman atteint sa cible puisque Norek parvient sans surcharge pathologique à transmettre toute la tragédie de son dénouement, qui, au demeurant, laisse présager du meilleur pour l’avenir.

Avec son troisième roman, Olivier Norek s’impose comme un des ténors du roman policier contemporain. Pour les amateurs du réalisme sans concession, un registre dans lequel si peu d’écrivains osent ou savent s’exprimer, Surtensions est évidemment incontournable. S’il est préférable sans être indispensable de connaître les deux premiers romans de la série, les hésitants pourront toujours se rassurer face à la promesse de trois excellentes lectures.

 

Adrien Battini

 

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A propos de l'écrivain

Olivier Norek

 

Olivier Norek est lieutenant de police à la section Enquête et Recherche du SDPJ 93 depuis quatorze ans. Code 93 est son premier livre.

 

A propos du rédacteur

Adrien Battini

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Achève son doctorat en sociologie à l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence. Depuis trois ans, il est également employé à la librairie Préambule de Cassis, dont il anime site et blog littéraires. Tombé dans la marmite de la lecture depuis tout petit, il se passionne pour toutes les formes d'écritures capables de transmettre émotion et/ou réflexion, de Julien Gracq à Erving Goffman, en passant par James Ellroy ou Brian Azzarello.