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Surface de réparation, Olivier El Khoury

Ecrit par Emmanuelle Caminade 29.08.17 dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Roman

Surface de réparation, éditions Noir sur Blanc, août 2017, 160 pages, 14 €

Ecrivain(s): Olivier El Khoury

Surface de réparation, Olivier El Khoury

 

Quatre-vingt-un premiers romans annoncés pour cette rentrée littéraire (un record !), dont beaucoup sans doute passeront à la trappe sans même être lus. Tel n’est pas le cas de Surface de réparation d’Olivier El Khoury qui fait déjà partie des dix titres sélectionnés pour le prix Stanislas.

Comme l’indique son titre désignant cette zone sensible face aux buts où toute faute est sanctionnée par un pénalty, le football y tient une place centrale. Le foot, l’alcool et le sexe. Et l’épigraphe provocatrice donne avec humour le ton du livre, reprenant les propos mémorables tenus en 2016 par Michel Preud’homme, l’entraîneur du Club de Bruges (une des quatre grandes équipes belges), nous faisant entrer d’emblée dans la folie ordinaire des supporters :

« Je vous encule !

Je vous encule, tous !

Je vous encule, bande de merdes ! »

Confidences à la première personne d’un « looser » que ne renierait pas Bukowski, ce court roman raconte en dix-sept anecdotes le difficile apprentissage de la vie d’un héros combinant malchance et maladresse et échouant pitoyablement dans toutes ses entreprises :

« Je finissais toujours par perdre l’équilibre ».

Un antihéros ayant hérité dès la naissance du fardeau de la folie de son père, supporter passionné de ce Club de Bruges arborant fièrement les couleurs bleu et noir, fardeau dont il sera dur de se débarrasser :

« Je suis né sans encombre, sans résistance. Dans un flegme insolent qui me collerait à la peau et me sauverait de l’emprise de ma destinée pathétique. Je n’avais pas conscience de la vie qui m’attendait ni de la crispation de mon père lorsqu’il m’a pris dans ses bras et que mon corps chaud l’a apaisé le temps d’un moment de pure félicité. Pour autant, je sentais déjà le fardeau bleu et noir qui m’accablait. J’étais mené au score et j’avais toute une vie pour renverser la vapeur ».

Olivier El Khoury décrit le milieu du foot avec un humour décapant non dénué pour autant d’humanité. En butte aux moqueries de ses amis et, en cette période d’attentats, sujet de méfiance et de suspicion du fait de son teint basané, son héros, pourtant issu d’un milieu privilégié et éduqué, trouve ainsi paradoxalement une vraie amitié parmi ses frustes compagnons dont il partage volontiers les beuveries.

Et ce héros semble autant assoiffé de littérature, d’écriture, que de sexe, l’auteur dressant un saisissant parallèle entre les deux. Précocement excité par ces mots interdits cherchés dans le dictionnaire qui l’initièrent à la poésie, il échoue en effet à raconter des histoires et semble saisi d’une angoisse vertigineuse devant son « incomplétude intellectuelle » qui n’a d’égale que son « impossibilité de la toute-puissance sexuelle » :

« Tous ces livres que je ne lirai jamais ! Tous ces culs que je ne baiserai jamais ! »

Il manque néanmoins à Surface de Réparation de la profondeur et de l’authenticité. On ressent moins en effet dans le sujet choisi l’impérieuse nécessité d’un premier roman qu’un prétexte à performance.

Olivier El Khoury se livre sans conteste à un brillant exercice de style. Il réussit remarquablement à relier ses nombreuses histoires au foot et manie la langue avec une grande maîtrise, imposant à son texte un rythme alerte qui le mène à son terme sans faiblir. Son langage oral et volontiers argotique côtoyant un vocabulaire et des expressions plus recherchées produit un effet de contraste intéressant. Mais son parti-pris de vulgarité induit à la longue une grande lassitude, d’autant plus que la majeure partie de ses anecdotes tournent de manière obsessionnelle autour du sexe et de l’alcool. Et le rythme-même, quelle que soit son efficacité, finit par renforcer cette impression de monotonie car l’auteur n’y ménage d’autres ruptures que les changements de chapitres.

Mis à part son magistral chapitre fondateur, Renverser la vapeur, ce livre s’oublie ainsi très vite mais il révèle un auteur à suivre qui, une fois débarrassé de son côté provocateur et n’ayant plus à démontrer ses qualités stylistiques, aura peut-être des choses à dire.

 

Emmanuelle Caminade

 


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A propos de l'écrivain

Olivier El Khoury

 

Originaire de Namur en Belgique, Olivier El Khoury a fait des études de communication. Il est diplômé, depuis juin 2017, du Master de création littéraire de l’Université du Havre.

 

A propos du rédacteur

Emmanuelle Caminade

 

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Rédactrice

Genres : ROMANS – Essais – Poésie

Maisons d'édition : ACTES SUD, GALLIMARD, INCULTE, VERDIER, ZOE, RIVAGES, MERCURE, QUIDAM ...

Domaine de prédilection : Littérature de LANGUE FRANCAISE (Française ou étrangère, notamment en provenance du MAGHREB...)

 

Emmanuelle Caminade est née en 1950, elle vit dans le sud de la Drôme, dans le canton de Grignan.

Elle a fait des études de droit  à Paris mais n'est entrée dans la vie active que tardivement en passant un modeste concours de l'éducation nationale. A la retraite depuis 2006, elle a commencé à écrire, en tant qu'abonnée, dans plusieurs  éditions participatives de Mediapart avant de créer son propre blog littéraire, L'or des livres, en septembre 2008.