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Sur l’écriture, Charles Bukowski

Ecrit par Chloë Fage 17.10.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, USA, Essais, Au Diable Vauvert

Sur l’écriture, septembre 2017, trad. anglais (USA) Romain Monnery, 338 pages, 20 €

Ecrivain(s): Charles Bukowski Edition: Au Diable Vauvert

Sur l’écriture, Charles Bukowski

 

Sur les différents ouvrages écrits par le graveleux Bukowski, du criard Journal d’un vieux dégueulasse à la prose bouleversante de L’amour est un chien de l’enfer, l’acte d’écriture n’est jamais mis en scène. Au cœur de ces récits urbains tout droit sortis des tripes et du foie cirrhosé de l’auteur, la question du processus d’écriture et du statut d’écrivain semble toujours mal à propos.

Et pourtant, l’ouvrage Sur l’écriture publié aux éditions Au Diable Vauvert réussit à concentrer toute la pensée et les réflexions de Bukowski sur son statut d’écrivain et surtout sur sa nécessité d’écrire, lui qui possédait un « ruban de machine à écrire (…) emmêlé avec [son] cordon ombilical ». Une anthologie de lettres envoyées par l’auteur américain aux divers éditeurs, directeurs de revues, écrivains, qui lui permettent de dézinguer Burroughs, Ginsberg et Miller, de même que toute injonction littéraire : « Il n’y a aucune excuse pour une création mutilée par les directives de l’académisme qui dit : la forme, la forme, la forme !! Autant foutre les mots en cage ! Autorisons-nous l’espace et l’erreur, l’hystérie et la peine ».

Bukowski étant également maître dans l’art de la digression, ponctue ses réflexions de diverses anecdotes toujours aussi acerbes, grotesques mais surtout ordinaires. Un quotidien qui surgit sans cesse au fil de ses souvenirs bouillonnants, à l’image d’une discussion avec Whit Burnett clôturée par un constat amer sur l’Amérique d’après-guerre où « tout est en plastique, les radis ne paraissent plus aussi âpres, les chiens doivent être tenus en laisse ». Les lettres se succèdent ainsi, dans une forme d’horizontalité chère à l’obsessionnel Bukowski, qui n’a eu de cesse d’aller de sa piaule au bar, du bar à sa piaule, de sa piaule aux maisons d’édition et ainsi de suite. Une ritournelle ponctuée par des moments de chutes, que l’auteur accueille avec un humour glacial qui rassure, à l’image d’une lettre envoyée à Paloma Picasso qui n’a pas retenu ses poèmes pour son magazine littéraire : « Renvoyez ceux que vous pouvez pas utiliser, ou la totale, les refus sont les bagages de l’âme. Mon âme est une mule maintenant ».

À travers ces textes inédits, c’est le Bukowski bienveillant envers « tous ceux qui ne comptent pas » qui réapparaît sous nos yeux. Le soulard de génie, touché par la grâce du mot qui ne vient pas nous tirer vers les sommets mais qui nous incite plutôt à faire avec ce qu’on a, humblement. Et pour cela, on lui paierait bien un dernier verre à ce cher Buk…

 

Chloë Fage

 


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A propos de l'écrivain

Charles Bukowski

 

Charles Bukowski est l’un des poètes les plus célèbres d’Amérique et le plus influent. Né en 1920 à Andernach, en Allemagne d’un père soldat américain et d’une mère allemande, arrivé aux États-Unis à l’âge de deux ans, il a été élevé à Los Angeles, ville dans laquelle il a vécu pendant plus de 50 ans. Auteur reconnu d’une œuvre multiple devenue une référence mondiale, il est mort à San Pedro, en Californie, le 9 mars 1994 à l’âge de 73 ans, peu de temps après avoir achevé son dernier roman, Pulp.

 

A propos du rédacteur

Chloë Fage

 

Chloë Fage, Journaliste culturelle pour le magazine Les Inrockuptibles. Domaines de prédilection : littérature française, sud-américaine, Asie du sud-est et Moyen Orient.