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Suites à Miami (6)

17.11.11 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique

Suites à Miami (6)

88. A Miami, j'ai rencontré des comtes et des marquis. Ils portent beau la belle époque, le beau parlé, le blazer et le ressentiment.


89.    A Miami, les tenues blanches des white party ont le goût cartonné de la naphtaline et le froissement léger des dessous de cartes. S'y reprendre à deux fois pour comprendre que, même dans la nuit noire, le dress-code est le cache-misère de ceux ou celles qui n'inventent plus rien.


90.    A l'évidence, ils ont bâti des arpents de pierre et d'obsession, d'espace et de désespoir, de résolutions droites et d'obliques perversions. Ils sont entrés dans leurs rêves, construit des murs, des voûtes, élevé des escaliers tournants, des verrières et des souffles de vide. A Miami, me voilà sur leur vide, échevelé de vertiges et de spasmes, dérivant malgré moi dans leur domaine clos de toute part de vent et de lumière, ceux des jours finissants. Ils ont atteint la fin du monde. Quelle apparence donnerait un tel artéfact d'entrelacs évidés qui ne résonnent plus que par les ombres qu'ils projettent ?

 

91.    A Miami, le vent souffle dans les palmes échevelées des rêves disparus.

92.    A Miami, les pommes sont vertes et les p(l)ages blanches.


93. Dans les bas-fonds élevés de Washington Avenue, les espérances cassent au bar d'un vin médiocre. Ils et elles persistent à finir la nuit, à trouver le creux - forcément léger - d'une nuit qui serait le commencement d'un autre départ. Mais les départs sont comme la nuit, impénétrables si le voyage a été trop attendu. Les vrais voyages sont toujours incertains.


94.    A Miami, dans les rues désertes de Winwood, la poussière tressaute par instant sous un vent tiède. Les murs peints débordent leurs limites et renvoient des stries stressées ou des volutes pourpres vers un ciel mat. Les grilles des portes des galeries sont les judas obstrués du silence des artistes. Ils sont bien silencieux ! Ils sont bien seuls ! Leurs rendez-vous sont codifiés : une fois par mois dans la foule azurée qui se déverse sur eux avec à peine un regard qui les rassurerait et qui se perd à chercher un verre de vin blanc. Maudits artistes !


95.    A Miami, l'âge d'or est en devanture des bars cubains et, au premier étage des condos désertés, des filles glissent superbement sur du marbre noir, nues en trompe-l'œil, demi-teintes des regards inassouvis, travestis du désespoir, en filigrane les rêves s'effilent le long des cortèges de voitures noires aux feux brûlants qui les précèdent, tout est pli, ressac et détour, même en ligne droite, d'un carrefour à l'autre.


96.    A Miami, les lendemains ne sont jamais sûrs.


97. A Miami, les femmes ont pris de l'avance sur les hommes. Elles ont toujours une paire de ciseaux dans leur sac.


98. A Miami Beach, les hommes sont à bras le corps dans leurs visions et leurs pupilles éclatées par les flashs luminescents les rivent à terre, décrochés du présent, saccagés par un DJ besogneux, inertes et béats, instantanément kodak, bras raides et la tête haute, un verre vide à la main.


99. A celle qui prendra le pas sur l'autre. A ma table d'aquarelles, je sais qu'elles savent que je les observe. Elles sont d'une prudente inadvertance et rien ne trahira - si ce n'est un léger regard sur les lèvres de l'autre - cette attirance dont elles ne savent rien encore. Ou bien est-ce un jeu, des préludes nécessaires - quelques atermoiements ludiques - à ce qui vient. Elles sont sans vanité et j'agite mes pinceaux dans l'eau si claire de leur désir.


100. A Miami, tout respire le plein et le vide.


101. A Miami, les nuages noirs sont en coin des buildings, attablés au ciel en instance d’effondrement. Ils s’amassent, se ramassent, gagnent du terrain et défont les rêves d’horizon. Ils ont plié le jour à leur convenance et s’effondreront.


102. A Miami, la qualité des rêves est inversement proportionnelle à la richesse sonnante et trébuchante.


103. A Miami, j'ai retrouvé des amis. Ils étaient au Café Roma. Ils m'ont embrassé comme on le fait au retour d'un long voyage. Nous avons bu un cappuccino saupoudré de cannelle.

 

104. A Miami, les secrets ne sont pas sûrs. Ils dorment sous des mains tremblantes.


105. Are you OK ? Ja ! Are you sure ? Yes !!


106. A Miami, ils/elles fuient les sentiments comme ils/elles fuient le soleil. En prenant un bain dans une piscine bleue. Le principal est d'être bien en vue, au bord de la piscine.


107. A Naples (Floride), le paysage est bien rangé.


108. A Miami, on joue les grandes dames, sur hauts talons aiguilles, au risque de trébucher. Les grandes dames ou les petites vertus. On finit par trébucher, à bon escient, au bord des pool party.


Jean-François Chénin


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