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Sous la coupole spleenétique du ciel (8)

Ecrit par Daniel Leduc 28.09.11 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique, Chroniques Ecritures Dossiers

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Sous la coupole spleenétique du ciel (8)

Les lieux qui nous ont marqués au cours de la vie, ces lieux, n’appartiennent qu’aux fantasmes de la conscience.

J’ai vécu sur des murs en terre sèche, sur des passerelles enjambant l’ivresse, sur des toits étoilés.

Les lieux de notre enfance, comment peuvent-ils s’amoindrir par la seule confrontation du présent ?

J’ai vécu dans la grandeur des couloirs, dans la profondeur des ruisseaux, dans l’immensité des chemins.

Les lieux qui nous ont vus tomber en amour, que deviennent ces lieux, après que le saut s’est converti en chute ?

Je n’ai vécu

que pour franchir.

M’affranchir est un endroit –

si retiré.


*****

« Ces certitudes distraites », disait Char, « elles sont nos fondations. »

Il est tellement vrai, que la vie devrait être, distraction ; et que lorsqu’on affirme, c’est par étourderie; par manque de profondeur ; par imprudence fautive.

Que l’on s’affirme, soi-même, certes ; mais que l’on affirme !

Il y a des bornes à ne pas franchir. Sous peine… d’être bornés ?!

Que l’épaisseur des choses est fragile ! Que la légèreté, est fiable ! Comme l’est un souffle qui résiste, une main, qui soutient.

Je suis sur l’avant-scène, le proscenium de l’aventure, le lieu de la contrainte obscure, où se délivrent nos actes.

Tout ce qui est théâtre nous transfigure, et nos figures elles-mêmes, sont de drôles de faces. Des effigies, fragiles.

Je me sers de ce qui tremble pour asseoir mes émotions.

De ce qui meurtrit, pour vaincre mes blessures.

Le reste, ô masques,

Est superflu !


*****


Le sable, par ses grains de quartz, abrase la main qui le pétrit ; et c’est ainsi que la langue, avec toutes ses aspérités, frictionne l’esprit qui la malaxe. Et les mots se confrontent, dans une secousse avec les sens, pour signifier. Que l’apparence se dégrafe, au profit de la nudité, où sont nos songes ! Que le réel s’accorde ! Enfin !

Je longe le boulevard Bourdon au milieu duquel Bouvard et Pécuchet firent connaissance. Je me parle à moi-même, dans un dialogue ironique et tranchant. Peut-être avons-nous tous du Bouvard, du Pécuchet, de cet élan grotesque à vouloir dominer la connaissance ?

Mais de quelle connaissance s’agit-il ?

De celle que l’on perd, à vouloir trop gagner ?

Au loin là-bas, ce sont des mouettes qui criaillent leurs truismes.


Daniel Leduc


  • Vu : 1911

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A propos du rédacteur

Daniel Leduc

Rédacteur

Écrivain et poète, Daniel Leduc est né à Paris en 1950.

Il a suivi des études supérieures de cinématographie et a exercé des activités de critique et de chroniqueur littéraire, artistique, musical ou cinématographique.

A son actif s'inscrivent une trentaine d’œuvres publiées dans les domaines de la poésie, de la nouvelle, de la littérature jeunesse. Parmi celles-ci on peut citer L’Homme séculaire (Prix René Lyr), La Respiration du monde, Territoire du poème, Le Livre des Tempêtes, Le Livre des Nomades, Le Livre de l’Ensoleillement, Partage de la Parole, Aux Fils du Temps (nouvelles), Pierre de Lune (jeunesse), L’Homme qui regardait la nuit (jeunesse), Le miroir de l’eau (jeunesse), La terre danse avec toi (jeunesse).

Ses textes, traduits dans une quinzaine de langues, figurent dans de nombreuses anthologies françaises ou étrangères.