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Sous la coupole spleenétique du ciel (7)

Ecrit par Daniel Leduc 22.09.11 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique

Sous la coupole spleenétique du ciel (7)

Tâche de te tenir fidèle au fond de toi, la trahison est une poudre aux yeux, hallucinés ; elle éblouit jusqu’à la sombre évanescence du moi.

C’est ainsi qu’il faut prendre la route, que les virages se négocient, que les ornières s’évitent.

Avec un pas, souple et ferme, ample et mesuré, la distance qui sépare, devient la distance qui relie. Et l’on avance vers ce qui chemine, et l’on marche vers ce qui marche. Et la nature, propre à chaque élancement, fait enfin corps avec la chair – enveloppant les pensées dans un sursaut suprême… mais qu’est donc ce que tu nommes ʺnatureʺ ?

Il y a des termes que ne peuvent atteindre nuls éclaircissements, comme il y a des ombres à laisser pénétrer nos clartés, il y a des mots qui s’échappent du langage…

Et toujours, ne rien dire, sur ce qui fuit – en soi.


*****

Dès potron-minet il promenait son chien au bout d’une corde incertaine.

L’aurore, c’était le lieu des pensées presbytes, celles qui forcent le réel pour y voir quelque chose. Et cette chose quelconque s’enroulait sur ses os, comme les caresses d’une mère, comme les vagues du liquide amniotique, lorsque tangue la mer. Il était un galet qui roule, dans les infimes lueurs.

C’était un jeune vieillard, comme il y en a tant d’autres. De ces ancêtres, jamais dégagés de la gangue de l’enfance. Qui pense, comme on joue à sauter par-dessus les rigoles. Et qui s’ennuie, dès que la vie se pénalise. Qui s’ennuie, de grandir.

Son chien le promenait, au bord du crépuscule. Au bout d’une vie qui s’accorde en silence. Le promenait là-bas. Plus loin. Ici-même.

Dans l’épaisseur de la brume. Qui geint.

Le sortait de sa membrane. De sa gaine. De sa niche.

Entre chien, et loup.

Le gambadait.

Plus loin.


*****


Dans l’épaisseur du tableau je percevais la métamorphose des rythmes, le palimpseste des couleurs. C’était comme si j’étais la main qui avait manié le pinceau. Et pourtant j’étais aveugle, sourd à la beauté du monde.

Mais dans l’être, il y a de profondes équations qui se forment au toucher de l’énigme. Des vibrations occultes.

Et la femme, dont la parole retraçait le tableau, je la serrais contre mes jours, contre ma joue vibrante. Elle me disait le tracé des contours, la nuit par laquelle jaillissent nos clartés.

La peinture, quant à elle, s’approchait de mon front. Et plus je reculais, plus j’éprouvais sa flamme.

Jusqu’à pénétrer au cœur de la toile. Par le biais / de cette / anamorphose.


Daniel Leduc


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A propos du rédacteur

Daniel Leduc

Rédacteur

Écrivain et poète, Daniel Leduc est né à Paris en 1950.

Il a suivi des études supérieures de cinématographie et a exercé des activités de critique et de chroniqueur littéraire, artistique, musical ou cinématographique.

A son actif s'inscrivent une trentaine d’œuvres publiées dans les domaines de la poésie, de la nouvelle, de la littérature jeunesse. Parmi celles-ci on peut citer L’Homme séculaire (Prix René Lyr), La Respiration du monde, Territoire du poème, Le Livre des Tempêtes, Le Livre des Nomades, Le Livre de l’Ensoleillement, Partage de la Parole, Aux Fils du Temps (nouvelles), Pierre de Lune (jeunesse), L’Homme qui regardait la nuit (jeunesse), Le miroir de l’eau (jeunesse), La terre danse avec toi (jeunesse).

Ses textes, traduits dans une quinzaine de langues, figurent dans de nombreuses anthologies françaises ou étrangères.