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Sous la coupole spleenétique du ciel (6)

13.09.11 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique, Chroniques Ecritures Dossiers

Sous la coupole spleenétique du ciel (6)


Aux portes il n’osait pas frapper, de peur qu’on lui ouvre.

Il ne sortait que les jours de fermeture, lorsque les rideaux des magasins étaient baissés.

Si le hasard lui faisait rencontrer quelqu’un d’ouvert, alors il fuyait, tête basse.

Il se calfeutrait sous les jupons de la solitude, la seule à ne pas juger, pensait-il.

Mais le guettait l’impitoyable témoin de son être : ce miroir, qui l’attendait au détour d’un tournant.


*****

« Lorsqu’il n’y aura plus de saisons, il ne restera plus de légendes à tisser », nous dit le conteur, sous son frêne.

« Plus de pluie, toujours de la pluie ; plus de vent, toujours du vent ; plus d’éclairs, toujours des éclairs. Et la canicule dans le gel, les glaçons dans la touffeur. »

« Il n’y a plus de saisons, déjà, dans les saisons, ou alors, tout se bouscule en moi. Je voudrais dire quelque chose de pluvieux, et c’est un rayon de lumière qui perce entre mes mots. »

Lorsqu’il n’y aura plus de conteurs, le temps sûrement, ne sera plus.


*****


À partir de quel espace est-on étranger ? À partir de l’horizon ? A partir de la frontière ? De la langue ? Du langage ? De la culture ?

Oui peut-être est-on étranger, à partir du moment où l’on perçoit ʺl’autreʺ…  comme étranger.

Le miroir est dans le reflet du miroir.

La pluie se serre contre la peau.

La nudité se dénoue dans l’eau.

Il est possible de nager dans l’impossible.

Et je retiens mon souffle, afin qu’il y ait apnée – dans cette excroissance du réel

qu’est le verbe.


Daniel Leduc


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