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Sous la coupole spleenétique du ciel (27)

15.02.12 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis, Création poétique

Sous la coupole spleenétique du ciel (27)


Rien d’immobile n’échappe aux dents affamées des âges.

La durée n’est point le sort du solide.

L’immuable n’habite pas vos murs,

mais en vous, hommes lents, hommes continuels.

Victor Segalen


Les façades nous empruntent et nous empreintent aussi. Ce sont elles qui absorbent le regard, le renvoient dans l’architecture des ondes. Nous glissons sur ce qui griffe, nous agrippons à toute surface lustrée. Nos morts nous parlent et nos vivants nous taisent.

La vieille femme se retire du jour, du soir, et de la nuit. Se retire des aubes, des crépuscules, de tout autre spectre lumineux.

Elle choisit de ne plus savoir. De connaître un peu, ce peu de poussière.

Peut-être faudrait-il re-nommer tous ces mots qui ont usure pour tous les usuriers. Chercher à désigner ce qui ne s’interpelle.

La vieille femme, couchée sur le flanc, ânonne son alphabet.

On dirait qu’une lettre manque.

Qu’un son s’évapore.

Qu’une boucle

ne se ferme :

point.


*****


Il manquait tellement d’humour, qu’il en oublia de mourir.

Il paressait encore plus vieux qu’une peau de chameau, plus ridé qu’une écorce de hêtre, plus vitreux qu’un globe de poussière. Et le cuir de ses mains était aussi rugueux, que le fantôme de Certitudes qui le hantait sans cesse.

Sa conversation provoquait l’hécatombe ; ses mots d’esprit étaient chargés de plombs ; chacun mourait d’ennui, tandis qu’il développait des thèses processionnelles.

Mais il fallait flatter l’orgueil, consentir à courber l’échine. Sans quoi. Point d’élévation.

Dans cette hiérarchie. De l’Obtuse. Discipline.

 

*****


Le chat n’est pas un chat : c’est un regard qui flambe.

Dans l’étonnement d’être vivant, n’avons-nous pas conscience de faire partie de toute forme de vie ? Ce qui nous distingue des autres natures paraît infime, au regard de la structure des cellules. Et nous portons cette même audience qu’est l’univers, dans sa complexité mouvante.

Le chat n’est pas un chat.

À l’orée de toute chose, l’ombre et la lumière suintent ; ce qui n’est pas, détermine-t-il ce qui existe…

Le chat n’est pas.

Sur le rebord de la fenêtre, il y a comme un miaulement, effacé du réel.

Le chat n’est.

Dans un bond vers

l’obscur.


Daniel Leduc


  • Vu : 2004

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