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Seuil

Les Éditions du Seuil sont une maison d'édition française créée en 1935.

Maison très respectée dans le milieu de l'édition, entretient de bons rapports avec ses auteurs. Elle a notamment publié les œuvres de Jacques LacanRoland BarthesPhilippe Sollers (première période) ou plus tard Edgar MorinMaurice Genevoix ou Pierre Bourdieu.

Coupes sombres, Giulio Minghini

, le Mardi, 31 Juillet 2012. , dans Seuil, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Coupes sombres, Seuil, Cadre rouge, 03/05/2012, 80 p. 13 € . Ecrivain(s): Giulio Minghini Edition: Seuil

« Comme le magicien sort la carte attendue de la manche d’un spectateur incrédule, Stanislaw se saisit du pistolet et en finit avec le monde ! »

En une seule phrase, le décor de ce tout petit roman est installé. Et de décor il en est question, puisque l’histoire alterne entre le théâtre et la réalité, ou le contraire, mais peu importe.

62 pages de pur plaisir, d’amour des mots, de la langue française et de sensibilité. Quel amour du verbe, quelle justesse dans l’emploi des termes et descriptions. Ce livre est plus que bien écrit, et quand on sait que le français n’est pas la langue maternelle de l’auteur, le respect n’en est que plus grand.

Certes, certains (ceux pour qui le nombre de signes est plus important que la qualité du texte) trouveront ce livre quelque peu inabouti et trop court. Ce qui à mon sens est une erreur. Ce roman est rapide, direct, mais pas court.

Simplement il est écrit sans futilités, artifices ou longueurs inutiles.

Mais surtout ces quelques pages sont ponctuées de phrases magnifiques telles : « … Après l’orgasme, la lumière revient d’un coup, immanquablement la tension dramatique retombe, personne n’y croit plus… »

La maternité, Mathieu Simonet

, le Jeudi, 07 Juin 2012. , dans Seuil, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Récits

La Maternité, 3 mai 2012, 204 pages, 17 € . Ecrivain(s): Mathieu Simonet Edition: Seuil

 

La mère de l’auteur est en fin de vie. Atteinte d’un cancer du sein puis des os, elle refuse certains traitements et s’entête dans son addiction au tabac et à l’alcool. L’auteur l’accompagne comme il le peut vers la mort.

« On prend un café près de la gare de Clamart, à trois cents mètres de chez maman. Elle dort sans doute. C’est le milieu de l’après-midi. J’hésite à aller la voir. Je me dis que la mort, ça doit ressembler à ça : être tout près de quelqu’un et ne pas pouvoir le voir » (page 66).

Par cercles concentriques, par petites touches, Mathieu Simonet dresse un état des lieux non pas de la mort mais de ses effets sur nos vies. Il mêle ses réflexions personnelles, les propos de « professionnels de la mort » (médecins, responsables de chambre mortuaire, prêtre, bénévoles en soins palliatifs mais aussi psychologues, aides-soignants) qu’il est allé recueillir, les témoignages d’artistes et les contributions de ses deux parents, séparés de longue date, à qui il fait faire des jeux d’écriture, et produit finalement, à partir d’un matériau familial et personnel, un « objet littéraire » inclassable, tentative de combler le « vide qui ne se remplit jamais » que laissent ceux qui partent.

Tom Gates, c'est moi !, Liz Pichon

Ecrit par Cathy Garcia , le Lundi, 28 Mai 2012. , dans Seuil, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Jeunesse

Tom Gates, c’est moi ! 2012, trad. anglais par Natalie Zimmermann, mise en page par Anne-Cécile Ferron, 257 p. 11 € . Ecrivain(s): Liz Pichon Edition: Seuil

 

Entre BD et journal intime, ce « roman animé » a reçu le très mérité Roald Dahl Funny Prize 2011 du meilleur roman humoristique pour la jeunesse.

Tom Gates, doit avoir 11 ou 12 ans et comme tout enfant sensé de son âge, il n’aime pas trop l’école mais il adore les gaufrettes au caramel, lire des bandes-dessinées, faire enrager sa sœur Délia, gribouiller dans ses cahiers et surtout il a des projets : monter un groupe de pop-rock comme les Rodéo 3, son groupe préféré, avec son copain et complice Derek. Le groupe s’appellera Les Clebszombies. Ça en jette, non ? Tom Gates a toujours de bonnes et moins bonnes, voire très, très moins bonnes excuses, pour ne pas faire ses devoirs, mais il tient un journal farci de dessins très, voire très, très réussis, dans lequel il raconte sa vie fort mouvementée. Faut dire qu’il a de la matière, entre des parents sympas mais qui mettent la honte, comme tous les parents, surtout papa qui porte des fringues plus ridicules les unes que les autres et une sœur adolescente qui lui voue une haine passionnée qu’il lui rend bien, « ça m’a fait tellement plaisir que Délia se fasse gronder et priver de sorties que j’en ai oublié mon mal au bras. En fait, ça a sûrement été le MEILLEUR MOMENT de toutes mes vacances ».

Le Condottiere, Georges Perec

Ecrit par Martine L. Petauton , le Dimanche, 01 Avril 2012. , dans Seuil, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman

Le Condottiere, Georges Perec, roman posthume (1960), Seuil (La librairie du XXIème siècle), Mars 2012, 202 p. 17 € . Ecrivain(s): Georges Perec Edition: Seuil

Une histoire simple que ce vieux Perec, jeune et fougueux comme la grande littérature.

Un Gaspard, particulièrement doué, vit comme un Janus : une face claire, officielle où il restaure les tableaux d’un grand musée ; la face à l’ombre, lucrative, aventureuse, d’un faussaire de haut vol. « Cent vingt, cent trente faux… oui, ça m’a toujours amusé… ». Arrive le moment où échouer sur un tableau ; ce « Condottiere d’Antonello de Messine » du Quattrocento, le conduit au meurtre – bien sanglant – du commanditaire, afin d’en finir avec cette part insupportable de lui-même : « Madera… il était vivant. Il allait être mort. J’étais mort, j’allais être vivant ».

On a beaucoup écrit sur ce roman qui passionne ; pensez ! Un Perec, sorti d’une vieille malle ! Refusé par le gratin de l’édition de l’époque (1960) « quant au Condottiere, merde pour celui qui le lira ! » s’énerva le grand Georges, au seuil de son immense talent.

Mais, c’est une sacrée chance que ce livre ne nous arrive que maintenant ; il va avec cette librairie du XXIème siècle, où, finement, l’a classé Le Seuil. C’est un livre qui ne peut que nous plaire : à la fois, sobre et dense, mélangeant genres et sonorités ; il est, au bout, à l’image de sa couverture : visage formidablement présent du chef de guerre, sur ce fond noir-abîme d’une modernité sans pareille.

L'enfant, le renne et le loup, Sabine du Faÿ et Nicolas Duffaut

Ecrit par Laetitia Steinbach , le Mardi, 20 Décembre 2011. , dans Seuil, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Jeunesse, Seuil Jeunesse

L’enfant, le renne et le loup ; Seuil jeunesse ; 32 p. 13.50€ . Ecrivain(s): Sabine du Faÿ, Nicolas Duffaut Edition: Seuil Jeunesse

Clair de Lune, un petit garçon Tsaatane, vit dans son tipi au nord de la Mongolie, entouré de son père, de sa mère enceinte et de leur troupeau de rennes. Un jour, comme le veut la tradition de ce peuple, Clair de Lune est suffisamment grand pour élire un jeune compagnon au sein de la harde. Un faon blanc s’approche, ils se frottent le nez, ils se choisissent. Ce sera sa monture, son ami, son auxiliaire, au cœur de ce récit initiatique.

Une nuit, un loup s’approche. Le père «se lève d’un bond, enfile son lourd manteau de fourrure,  prend son fusil et sort dans la nuit noire. » Pour ne plus rentrer.

Petit chaperon rouge au milieu des bois de la taïga et du blizzard acéré du nord, Clair de Lune et son renne partent à la recherche du père. Si l’écriture de Sabine du Faÿ reste dans une veine très sobre et se cantonne à la réécriture plutôt classique du motif de l’enfant qui par ses qualités morales sauve un membre un membre adulte de la communauté, on appréciera les illustrations de Nicolas Duffaut. Ses acryliques rendent admirablement la démesure et l’hostilité glacée de ces paysages quasi sibériens. D’immenses conifères gris ployant sous le vent et la neige, le ciel uniformément vide et blanc, et, petite silhouette fragile juchée sur son renne, Clair de Lune qui s’avance bravement en quête de son père.