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Sens interdits, collectif Ipagination

Ecrit par Patryck Froissart 17.09.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Nouvelles, Ipagination

Sens interdits, novembre 2012, 120 pages, édition brochée 12,66 €, édition numérique 7,49 €

Edition: Ipagination

Sens interdits, collectif Ipagination

 

Dix auteurs pour dix nouvelles, et autant de variations sur un même thème : le recueil qu’offre cette jeune et dynamique maison d’édition sous le label Ipagination constitue un éventail remarquable de créativité narrative à partir des multiples éléments que peut contenir le vaste champ sémantique du mot « sens ».

Proposer à des nouvellistes de concourir sur tous les sens du terme relevait, d’entrée de jeu, de la malice littéraire.

Les dix textes de ce recueil, sélectionnés par un comité de lecture au sens critique reconnu, réuni pour la circonstance par Ipagination Editions-Nouvelles, constituent un bouquet littéraire qui part dans tous les sens sans être pour autant un pot-pourri assemblé en dépit du bon sens. Au contraire, le sens de chaque pièce s’ajoutant à celui de toutes les autres, il se dégage de l’ensemble un sens global évident : le mot « sens », comme de multiples lexèmes, contient en son cœur sémantique une infinité de sens possibles.

Quand Samia, adolescente tunisienne, enfreint les règles familiales pour aller furtivement le soir rejoindre à la fois son amoureux et les manifestants du printemps arabe, elle est consciente du fait qu’elle s’engage dans un sens interdit.

Quand l’amateur de vins rares abandonne tout sens commun pour s’approprier le cru rarissime dont la dégustation lui fera perdre successivement l’usage de chacun de ses cinq sens, il sait sa conduite insane, il se complaît à aller toujours plus loin dans le non-sens.

Quand un des narrateurs, tout en tissant la trame d’une tendre et dramatique histoire d’amour, jongle avec les allitérations, joue sur les doubles sens, ou saute allégrement du sens propre au sens figuré, le lecteur savoure, dans le sens littéral du verbe, chacune de ses amusantes trouvailles.

Quand un autre raconte, de sa naissance à sa mort, sa vie étrangement dépourvue de tout sens affectif, on se demande, jusqu’à la chute finale, de quelle mystérieuse essence est sa nature.

Quand un nouvel Adam, astronaute ayant pour mandat de donner naissance à une nouvelle humanité sur une très lointaine planète, se désintègre volontairement les tympans avant d’exécuter sa mission, le lecteur doit attendre la dernière phrase du récit pour que s’éclaire de façon sidérante, a posteriori, le sens de cette mutilation.

Quand Amédée, exégète érudit, découvre dans les rayons de la bibliothèque canoniale un codex contenant une révélation historique qui remet en question un passage sensible du dogme sacré, il ignore que ses recherches le mèneront dans une voie à sens unique et sans retour.

Quand Carole, jeune femme sensuelle qui multiplie les échanges virtuels érotiques sur la toile, accepte de rencontrer physiquement un homme mûr et de se donner à lui, incognito, dans une venelle occulte, ténébreuse et déserte, elle ignore le sens terrible que prendra à jamais, pour elle et pour lui, cet acte qui se révèle insensé.

Quand Eric revient, après une longue absence, en son village natal à l’occasion du décès de sa grand-mère, et qu’il est dans l’obligation de faire l’inventaire des papiers de famille dans la maison de ses origines, il est loin de s’attendre à exhumer un secret qui sera lourd de sens pour lui-même et pour celui qu’il croyait jusque-là être son frère cadet.

Quand le personnage nommé simplement « elle » engage inconsidérément sa voiture dans un étroit chemin forestier qu’elle pense être un raccourci, et que s’y dilue peu à peu son sens de l’orientation, elle ne se doute pas que son errance la conduira dans un monde où tout a un autre sens.

Quand le pauvre matelot, Lambert, gravit, marche après marche, le chemin de croix qui doit le mener jusqu’à l’appartement d’Hélène, à mesure que le cheminement du marin devient extravagant (au sens primitif), le lecteur se demande quel est le sens que va prendre la suite des événements.

En vérité, avec un ouvrage de cette nature, l’association des termes « lire » et « plaisir » garde tout son sens !

 

Patryck Froissart

 

Autres recueils collectifs publiés chez Ipagination : La dernière vague (mars 2012) ; Fantômes(novembre 2012).

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A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Patryck Froissart, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis proviseur, et de diriger divers établissements à La Réunion et à Maurice. Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Recherches Poétiques de Valenciennes, il a collaboré à plusieurs revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix. Il est membre de la SGDL, de la SPAF, de la SAPF.

Il a publié : en 2011 La Mise à Nu, un roman (Mon Petit Editeur); en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ipagination Editions), Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Editions iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Editions iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF; en février 2018, La More dans l'âme, un roman (Ipagination Editions); en mars 2018, Frères sans le savoir, Bracia bez wiedzy, Brothers without knowing it, un récit trilingue (Editions CIPP); en avril 2019, Sans interdit (Ipagination Editions), recueil de poésie finaliste du Grand Prix de Poésie Max-Firmin Leclerc.