Identification

Rohmer en poèmes (16) Ma nuit chez Maud

Ecrit par Matthieu Gosztola 22.06.15 dans La Une CED, Ecriture, Création poétique, Côté écrans

Rohmer en poèmes (16)  Ma nuit chez Maud

 

 

 

 

 

Le Flore

Les Deux Magots

Le Flore

Surtout

De longues heures au Flore

Des thés

Des petits gâteaux

Toutes sortes de thés

Tout commence là

Tout a débuté à cet endroit

A ces endroits

Pour Rohmer

Il a observé, observe

Les gestes

Des gens

De certaines personnes

Pénétrées d’un certain

Charme

Qu’elles renvoient ensuite

Mais jamais loin d’elles

Qu’elles renvoient

Et qui revient

Aussitôt vers elles

Qui retourne en elles

Qui fait

Autour d’elles

Comme un halo

Oui, elles

Surtout

Mais ils parfois

Aussi

Certaines personnes

Mais il n’en oublie pas

De regarder les autres

Leurs attitudes

De longues heures

Il se laisse pénétrer

Par le naturel

Des personnes

Attablées

Et conversant

Il a compris

Pendant ces longues observations

Où son regard est lui

Que le charme

A trait à ce qu’on

Ne saurait définir

Seulement capturer

Avec un œil qui sait écouter

Il a compris que le charme

Est non reproductible

Au moyen d’indications

Même d’une précision inouïe

Avec La Collectionneuse

Il se dit amoureux des gestes

De ses acteurs qui ne sont pas

Des acteurs

Il se dit amoureux

De certains gestes

Le mouvement des mains

Les sourires

Timides

Ou ouvrant le visage

Pour que soit

Perceptible

Sa lumière

Perceptible

Comme

Exactement comme

De la chair

De pamplemousse

Avec Ma nuit chez Maud

Il ne veut pas que les dialogues

Puissent laisser une place

Même étroite

A l’improvisation

Il écrit tout

Même les silences

Même les hésitations

Chaque hésitation est notifiée

Sur la partition

Chaque silence est écrit

Les acteurs ne peuvent qu’être

Accaparés par le texte

Qu’ils disent

Qu’ils doivent dire parfaitement

D’autant plus que les plans-séquences

Sont longs

Très

Et que Rohmer ne veut faire qu’une prise

S’il agit ainsi

C’est pour que les gestes des acteurs

Ne puissent plus être des gestes d’acteurs

C’est pour que ce soient les gestes

Des êtres qui se vivent

Dans le poitrail des acteurs

C’est pour que ce soient

Ces gestes de la vie

Ces gestes de l’infime

De l’oubli

Ces gestes de l’aveu

Et de l’humeur

Ces gestes de l’ennui et de l’émotion

Qui se vivent

Et vivent sur la pellicule

C’est pour que ce soient ces gestes qui vivent

Et seulement eux

C’est pour qu’eux seuls transparaissent

Gestes et sourires

Et regards

Trop occupés par leur texte

Les acteurs en oublient de paraître

Ils en oublient de chercher à ce que leurs

Gestes aient un sens

Qui ne soit pas contenu

Dans la précise imprécision

De leur personnalité

Ils oublient tout ce qui occupe

D’ordinaire

Les acteurs

Et sont d’un charme naturel

Que la caméra respectueusement

Approche

Sans jamais quitter son docte

Vouvoiement

 

Matthieu Gosztola

 

« Six contes moraux », III, Ma nuit chez Maud (1968)

Réalisation, scénario : Éric Rohmer, d’après une idée originale d’Alfred de Graaff.

Image : Nestor Almendros, assisté d’Emmanuel Machuel.

Électricité, machinerie : Jean-Claude Gasché et Philippe Rousselot.

Décors : Nicole Rachline.

Son : Jean-Pierre Ruh, assisté d’Alain Sempé.

Montage : Cécile Decugis, assistée de Christine Lecouvette.

Mixage : Jacques Maumont.

Musique : Mozart (« Sonate pour violon et piano K 358 », interprétée par Léonide Kogan).Production : Barbet Schrœder et Pierre Cottrell (Les Films du Losange), Alfred de Graaff et Pierre Grimberg, avec FFP, Simar Films, Les Films du Carrosse, Les Productions de la Guéville, Renn Productions, Les Films de la Pléiade, Les Films des Deux Mondes.

Interprétation : Jean-Louis Trintignant (Jean-Louis), Françoise Fabian (Maud), Antoine Vitez (Vidal), Marie-Christine Barrault (Françoise), Léonide Kogan (le violoniste), père Guy Léger (le prêtre), Anne Dubot (l’amie blonde), Marie Becker (Marie), Marie-Claude Rauzier (l’étudiante), et les ingénieurs de l’usine Michelin de Clermont-Ferrand.

Distribution : CFDC-UGC, Sirius, Consortium Pathé.

Date de sortie : 6 juin 1969.

Durée : 107 mn.

Format : 35 mm, noir et blanc, 1,33.

 

  • Vu : 1688

Réseaux Sociaux

A propos du rédacteur

Matthieu Gosztola

Lire tous les textes et articles de Matthieu Gosztola

 

Rédacteur

Membre du comité de rédaction

 

Docteur en littérature française, Matthieu Gosztola a obtenu en 2007 le Prix des découvreurs. Une vingtaine d’ouvrages parus, parmi lesquels Débris de tuer, Rwanda, 1994 (Atelier de l’agneau), Recueil des caresses échangées entre Camille Claudel et Auguste Rodin (Éditions de l’Atlantique), Matière à respirer (Création et Recherche). Ces ouvrages sont des recueils de poèmes, des ensembles d’aphorismes, des proses, des essais. Par ailleurs, il a publié des articles et critiques dans les revues et sites Internet suivants : Acta fabula, CCP (Cahier Critique de Poésie), Europe, Histoires Littéraires, L’Étoile-Absinthe, La Cause littéraire, La Licorne, La Main millénaire, La Vie littéraire, Les Nouveaux Cahiers de la Comédie-Française, Poezibao, Recours au poème, remue.net, Terre à Ciel, Tutti magazine.

Pianiste de formation, photographe de l’infime, universitaire, spécialiste de la fin-de-siècle, il participe à des colloques internationaux et donne des lectures de poèmes en France et à l’étranger.

Site Internet : http://www.matthieugosztola.com