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Retour à Jericho, Ace Atkins

Ecrit par Yan Lespoux 20.12.13 dans La Une Livres, Le Masque (Lattès), Les Livres, Critiques, Polars, Roman, USA

Retour à Jericho (The Ranger, 2011), traduit de l’anglais (USA) par Jean Esch, octobre 2013, 320 pages, 22 €

Ecrivain(s): Ace Atkins Edition: Le Masque (Lattès)

Retour à Jericho, Ace Atkins

 

 

Quinn Colson, soldat membre d’une section de rangers, démobilisé après des campagnes en Irak et en Afghanistan, revient à Jericho, petite ville du nord du Mississippi dont il est originaire, pour assister aux funérailles de son oncle, shérif local retrouvé suicidé.

Mais ce qui ne devait être qu’un retour éphémère entre deux affectations se prolonge lorsque Quinn apprend que son oncle lui a légué tous ses biens et notamment sa propriété, qu’un usurier du coin réclame cette dernière, et que l’adjointe du shérif remet en cause la thèse du suicide de celui-ci. Si, dans le fond, Jericho n’a pas changé et demeure un patelin où les rumeurs courent rapidement et où tout le monde s’épie, Quinn s’aperçoit aussi que depuis son départ les laboratoires clandestins de méthamphétamine ont fleuri et qu’il ne fait pas bon, même pour les représentants de la loi, se mêler de ce trafic.

Sur le thème archi rebattu du retour de l’enfant du pays, Ace Atkins tisse un roman qui ne brille sans doute pas par une grande originalité mais qui se révèle attrayant. Au-delà de l’action elle-même, qui imprime son rythme soutenu au récit et use avec aisance et, disons-le, plutôt avec bonheur des ficelles inhérentes au genre du soldat surentraîné seul contre tous (on pensera notamment à Stephen Hunter ou au Jack Reacher de Lee Child), Atkins s’attache à faire un portrait rugueux de ce coin paumé du Mississippi.

Patelin perdu quelque part entre les ploucs du Middle West et ceux du Deep South, Jericho n’a rien d’une destination de rêve. Comme le rappelle régulièrement Atkins, c’est avant tout un lieu où l’on s’ennuie : « Quinn arriva à la station service Dixie Gas avant la fermeture. Il prit un pack de six bières sur le présentoir portant la mention BIENVENUE AUX CHASSEURS, paya, reprit le volant et suivit les petites routes. Ils appelaient ça lowriding dans le temps, même s’ils conduisaient tous des bagnoles gonflées, mais le but, c’était de rouler lentement, tranquillement, sur les routes sans revêtement, en buvant une bière après l’autre, tout en évitant les grands axes où vous risquiez de tomber sur la police. Des fois, vous vous arrêtiez dans un cimetière de campagne pour sortir fumer une clope ou pisser, et vous remontiez en voiture, vous suiviez les courbes et les lacets de la route, en direction de l’endroit précis que vous cherchiez, l’endroit où vous vous retrouviez complètement perdu, dans le comté voisin parfois ».

C’est cette torpeur proche de l’accablement qui explique que Quinn et plusieurs de ses amis aient choisi de fuir Jericho pour l’armée. Cela et tout ce qui va avec : chômage, précarité, impossibilité de rêver à un quelconque avenir radieux sur place. Dans une nature omniprésente, presque impénétrable mais pourtant parsemée de décharges sauvages et de campements de caravanes décaties, ce lieu oublié du monde se révèle être l’emplacement idéal pour la production de drogues de synthèse puisqu’on y trouve à la fois la discrétion nécessaire à une telle entreprise et une clientèle potentielle assez importante. Jusqu’à ce que, en tout cas, débarque celui qui osera mettre un coup de pied dans la fourmilière.

On n’est certes pas, en ce qui concerne la peinture sociale, chez Daniel Woodrell ou même Frank Bill, mais il n’en demeure pas moins qu’en ne négligeant pas de mettre cet aspect en avant, Ace Atkins donne à son roman, qui est avant tout un roman d’action, une épaisseur qui le rend plus attrayant encore et lui permet de se démarquer du gros de la production du genre.

 

Yan Lespoux

 


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A propos de l'écrivain

Ace Atkins

 

Ace Atkins, né en 1970 à Troy, dans l’Alabama, est journaliste, notamment au Tampa Tribune où ses articles sur des enquêtes criminelles lui ont valu d’être nominé pour le prix Pulitzer, avant de se consacrer à temps plein à l’écriture à partir de 2000. Auteur de plusieurs séries mettant en scène des personnages récurrents et de plusieurs romans uniques, il a aussi été choisi par les héritiers de Robert B. Parker pour prolonger les aventures du détective Spenser.

 

A propos du rédacteur

Yan Lespoux

 

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Rédacteur

genres : roman noir, littérature américaine - histoire -

éditeurs suivis : Métailié, Seuil, Rivages, Gallimard.

Yan Lespoux, enseignant, docteur en histoire contemporaine.

Tient un blog consacré au roman noir et au polar (www.encoredunoir.com)