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Recensions

Les Vitamines du Bonheur, Raymond Carver

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 05 Mars 2011. , dans Recensions, USA, L'Olivier (Seuil)

Les vitamines du bonheur. Traduit de l'anglais (US) par Simone Hilling. 2010. 255 p. 15€ . Ecrivain(s): Raymond Carver Edition: L'Olivier (Seuil)

Soit le tome 4 des œuvres complètes de Carver. Le recueil original de ces nouvelles avait pour titre : la cathédrale.

Ici, elle a été placée à la fin. Comme un hommage ou un clin d'œil. Est-ce parce que la cathédrale recèle les vitamines disjonctives du bonheur ? Cathédrale est un trésor, un monument de simplicité et de rapidité, d'efficacité et d'humour, le tout en quelques pages. L'art du bref. Quelques lignes pour un couple. Le couple  impossible, le couple au rendement incommunicable, le couple bien actuel, et pour longtemps. Ce couple n'en est pas à son galop d'essai. Pas un vieux couple pour autant. Enfin, peu de temps suffit à faire un vieux couple, un vrai couple, très duel, très disjonctif, bien vu par ses parties masculines : le narrateur. Il est campé. Il a des positions, des postures. Elle, est un peu plus floue, floutée par la narration et la distance de l'observation. Lui raconte. Il voit débouler un aveugle fraichement veuf dans son couple. Le point aveugle va déterminer la perspective. Le veuf, aveugle qui ne cache pas ses yeux et ne mâche pas ses mots, a du doigté : il a tripoté le visage de la femme quelques années plus tôt.

Le Palais des Livres, Roger Grenier

Ecrit par Didier Bazy , le Samedi, 05 Mars 2011. , dans Recensions, Gallimard

Le palais des livres. 2011, 165p. 16,50 € . Ecrivain(s): Roger Grenier Edition: Gallimard

Roger Grenier rappelle un des mots de Valéry Larbaud : la biographie d'un auteur réside dans tous les livres qu'il a lus. L'un et l'autre sont de grands lecteurs et de grands auteurs. Deux conditions constitutives de grands critiques.

Gallimard a eu l'excellente initiative de rassembler quelques textes récents de Roger Grenier. Le palais des livres offre plus qu'une promenade. C'est une plongée dans le mouvement de la littérature elle-même en ce qu'il détient de vérités, et surtout de vie, voire de vies.

"Qu'est-ce qu'un roman, en fin de compte ? Une image qui puisse être utile au lecteur. La vie à l'état brut est souvent trop incohérente."

Puissent les critiques s'inspirer de ce palais sans flatterie. Puissent-ils y puiser méthode et rigueur, subtilités et attention. La littérature n'est pas la vie. La vie la déborde. La littérature met son ordre dans la vie.

"Que nos livres, à défaut d'être promis à l'immortalité, deviennent ainsi des mots de passe qui restent ensuite, comme de précieuses reliques, dans la mémoire des amants, voilà sans doute ce que nous pouvons leur souhaiter de mieux."


Chair Sauvage, Yehoshua Kenaz

Ecrit par Anne Morin , le Samedi, 05 Mars 2011. , dans Recensions, La Une Livres, Actes Sud, Israël

Yehoshua KENAZ, Chair Sauvage, Actes Sud, 221 pages. 20€ . Ecrivain(s): Yehoshua Kenaz Edition: Actes Sud


Pour unité, l’étrange, qui fait basculer l’histoire, enracinée dans la vie tranquille des personnages. Ceux-ci vivent au kibboutz ou en ville, sont soldats ou civils, actifs ou retraités. Parfois, d’une histoire à l’autre, on les suit, ils se connaissent, se reconnaissent. Parfois, la succession vient de l’incongruité d’un détail qui échappe, ou qui achoppe.

D’une façon ou d’une autre, tout se dénoue, sans faire plus de bruit dans la vie d’autrui. Parfois, le dénouement est violent, mais l’histoire le banalise, se refermant sans créer plus de remous qu’un rond dans l’eau.


Lettres en provenance de la nuit, Nelly Sachs

Ecrit par Anne Morin , le Jeudi, 17 Février 2011. , dans Recensions, Les Livres, Langue allemande, Editions Allia

Lettres en provenance de la nuit Ed. Allia, 86 pages. 6€,10 . Ecrivain(s): Nelly Sachs Edition: Editions Allia

C'est un tout petit livre, étroit comme la porte de Gide, et on en sort éclaté, transfiguré. Imprégnation et fulgurance. Rarement ici, souvent là-bas, c'est-à-dire autrefois, jadis, dans des temps immémoriaux, bibliques, et aussi plus loin, plus haut, par-delà, au-delà de l'échelle, dans le monde de l'âme, en tant que poète, bien sûr, mais aussi en tant qu'espérante, aspirante. Nelly SACHS… Et toujours dans le feu, apprendre, comme Marina TSETAIEVA, qu'il est lumière avant d'être brasier. Eclair (ant), jamais consumant.

On en ressort dépouillé, on a fait don de sa peau d'homme - de femme -.

Mais Nelly SACHS n'est pas qu'un esprit, mais si près de basculer qu'elle a fait des séjours "internés". On ne sauve (garde) pas la flamme, les mots qu'elle jette au-devant d'elle pour trouver, comme dans les contes russes, au bout, l'issue, le bout de la quête, l'extrême, jamais la vengeance, jamais l'amertume, la "nostalgie de la mort", comme passage, révélation, retrouvailles.