Identification

Pukhtu Secundo, DOA

Ecrit par Yan Lespoux 13.12.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Série Noire (Gallimard), Polars, Roman

Pukhtu Secundo, octobre 2016, 679 pages 21 €

Ecrivain(s): DOA Edition: Série Noire (Gallimard)

Pukhtu Secundo, DOA

 

Très attendu après un premier volet particulièrement réussi, Pukhtu Secundo doit boucler la boucle dans laquelle DOA a lancé ses personnages en 2007 avec Citoyens clandestins.

Alors que Fox, alias Fennec, alias Robert Ramdane était au centre de Pukhtu Primo, c’est au tour de Lynx, alias Servier, alias Ronan Lacroix, l’autre citoyen clandestin, de passer au premier plan, lancé dans une vengeance qui fait écho à celle de Sher Ali Kahn dans la partie précédente. Là encore, DOA multiplie les points de vue, joue à faire apparaître les connexions entre les différents théâtres, de Paris aux zones tribales du Pakistan en passant par le Mozambique. C’est une nouvelle fois touffu, très documenté, prenant et ambitieux. Et une fois encore, on ne peut qu’être impressionné par la maîtrise des scènes d’action et des doubles (au moins) jeux que mettent en place les différents acteurs du roman.

Pour autant, une certaine déception se fait jour. Elle tient à divers choix de l’auteur et d’abord à la manière dont il abandonne certains personnages en route et dont il laisse tranquillement mourir certaines intrigues. Alors que les vengeances de Sher Ali Kahn et Lynx prennent de l’ampleur, la question géopolitique qui lançait le premier volume, celle d’un trafic de drogue incluant tout un réseau dans lequel fraient barbouzes américains et français, agents des services secrets pakistanais, moudjahidines et vétérans de milices albanaises, passe lentement au second plan, avant de s’effacer en grande partie tandis que les seules motivations personnelles, vengeances ou romances passent sur le devant de la scène avec une réussite assez inégale. Ainsi voit-on s’ébaucher d’intéressants personnages du côté albanais qui, en fin de compte, ne jouent que les faire valoir.

Ensuite, si l’on entre assez facilement dans les histoires de Lynx et de Ponsot, le chef de groupe de la DCRI, on peine souvent à se laisser convaincre par les personnages féminins, Chloé et Amel. Comme dans Citoyens clandestins, les femmes semblent ici destinées à jouer uniquement les victimes, guidées seulement par leurs sentiments, tandis que les hommes, plus froids et raisonnables, tentent de les protéger d’autres hommes mais aussi d’elles-mêmes. Et, ces femmes étant incapables de se défaire de leurs défauts et de suivre la voix de la raison, on se trouve régulièrement confronté – notamment avec Chloé – à des scènes répétitives.

Si dans l’ensemble Pukhtu Secundo, grâce en particulier à un fond passionnant – mais un peu délaissé ici – et à de captivantes scènes d’actions ou de suspense, demeure un roman prenant qui a par ailleurs le mérite de clore honnêtement un cycle, il n’a toutefois pas la puissance du volume précédent et laisse sentir un certain essoufflement. Il était tant que cela se termine.

 

Yan Lespoux

 


  • Vu : 1912

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

DOA

DOA (Dead On Arrivals) : romancier et scénariste. Il est l’auteur de La ligne de sang, des Fous d’avril (prix des lecteurs Quais du Polar en 2005), de Citoyens clandestins (Grand Prix de littérature policière 2007), du Serpent aux mille coupures.

A propos du rédacteur

Yan Lespoux

 

Tous les articles de Yan Lespoux

 

Rédacteur

genres : roman noir, littérature américaine - histoire -

éditeurs suivis : Métailié, Seuil, Rivages, Gallimard.

Yan Lespoux, enseignant, docteur en histoire contemporaine.

Tient un blog consacré au roman noir et au polar (www.encoredunoir.com)