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Polars

Le premier appelé, Christian Ego

, le Lundi, 28 Novembre 2011. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Editions du Toucan

Le premier appelé, Editions du Toucan (coll. Toucan Noir), novembre 2011, 505 p., 22 € . Ecrivain(s): Christian Ego Edition: Editions du Toucan

 

Un thriller qu’on aurait aimé apprécier, qui aurait pu réussir. Tant la matière, l’ouverture, en étaient propices, voire fécondes. Le Front de l’Est, l’infini des plaines ukrainiennes, d’énigmatiques reliques orthodoxes convoyées par l’Armée Rouge, et qu’interceptent des légionnaires de la LVF… jusqu’à nos jours, soixante ans après, jusqu’au dénouement qui ressemble, c’est à déplorer, à un long éventement.

D’abord les personnages, qui ne sont pas assez typés (leur nature d’agent du GRU, de flics, de descendants de légionnaires se prêtait pourtant à une juste éthopée, à d’intéressants portraits), qui en quelque sorte semblent ne pas croire à leur propre rôle, et se perdent parfois en digressions, en dialogues dont l’humour est souvent parasite. Puis les reliques, qui s’avèrent finalement assez décevantes, dont le mystère n’en impose en tout cas pas. Et l’intrigue, quand jouerait-elle avec efficacité d’analepses et prolepses, quand serait-elle étayée par le travail documentaire, qui n’est pas assez tenue, plus précisément tendue, qui parfois fait relâche et aurait sans doute supporté d’être écourtée.

Le premier appelé est plus appréciable dans son intention que dans sa réalisation. Car, une fois encore, tout est là. Mal exploité cependant, ou mal ajusté, ou mal cadré – comme s’il y avait eu quelque part un problème de focale.

Cyanure, Camilla Läckberg

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 13 Novembre 2011. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Actes Sud

Cyanure. Actes Sud « Actes noirs ». Novembre 2011. 157 P. 16,80 € . Ecrivain(s): Camilla Läckberg Edition: Actes Sud


Inhabituelle et plaisante cette petite collection « Actes noirs » d’ « Actes sud ». Livre de tout petit format, cartonné en dur. Le plaisir commence dans le toucher : c’est un vrai bonheur d’avoir cette texture étroite et douce dans les mains ! C’est un plaisir de lecture dont on ne parle pas si souvent …

Quant au livre, il se laisse lire. Ce qui n’est pas si mal, s’agissant de la énième version du meurtre en vase clos, dans une demeure suédoise où une famille est réunie par l’ancêtre milliardaire. Et sur une île évidemment battue par une formidable tempête de neige ! Bien sûr le modèle est Agatha Christie, mais il y en a eu tellement d’autres ! Le tour de force de Camilla Läckberg c’est … de ne pas être originale du tout ! De ne pas même chercher à l’être. Le grand classique « who dunnit », avec un policier débutant et maladroit, les interrogatoires à répétition, la grande maison isolée par une tempête de neige pendant plusieurs jours et, toujours jubilatoire, la grande lessive en famille, la haine absolue en lieu de ciment tribal !

Camilla Läckberg écrit droit, en tout classicisme du genre, avec, en bémol, une tendance parfois fâcheuse à confondre langage vert et vulgarité agaçante.

Betty, Arnaldur Indridason

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 23 Octobre 2011. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Métailié, La rentrée littéraire

Betty. Trad. de l’islandais par Patrick Guelpa. 27 octobre 2011. 206 p. 18€ . Ecrivain(s): Arnaldur Indridason Edition: Métailié

Diamant d’un noir étincelant, Betty est un chef-d’œuvre du genre. Un chef-d’œuvre qui va compter dans la littérature noire. Donc dans la littérature tout court.

On a l’habitude avec Indridason de plonger dans un univers sombre, fatidique, marqué par la course tragique des êtres. Avec Betty, notre Islandais favori, qui abandonne pour ce livre son détective fétiche Erlendur Sveinsson, atteint des sommets, signant un polar digne de la plus belle époque, celle des Chandler, des Goodis. Et puis celle de James Cain ! Betty commence bien sûr par une épigraphe de lui :

« Ceci devrait être un meurtre tellement désolant que ça n’en serait même pas un, mais seulement un banal accident de voiture qui arrive quand des hommes sont soûls et qu’il y a de l’eau-de-vie dans la voiture et tout ce qui va avec . » (James M. Cain, Le Facteur sonne toujours deux fois)

Et la citation ne s’arrête pas là. En fait, elle ne s’arrête pas du tout ! Jusqu’à la fin du livre, Indridason nous offre une merveille de « remake » du Facteur. Ce n’est pas nouveau. Ce chef-d’œuvre de la littérature noire a inspiré des centaines de livres et de films.

Les Fantômes de Belfast, Stuart Neville

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Dimanche, 02 Octobre 2011. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, La rentrée littéraire, Rivages/Thriller

Les fantômes de Belfast, (The ghosts of Belfast). Trad. De l’anglais (Irlande) par Fabienne Duvigneau. 410 p. 22€. Août 2011 . Ecrivain(s): Stuart Neville Edition: Rivages/Thriller

 

Il est difficile de composer univers et roman plus noirs que ce livre. La mort, les morts en sont les figures dominantes et ordonnent (au sens littéral du terme, donnent ordre) l’existence et l’action du héros, dans un Belfast « en paix », sauf dans la tête dévastée de l’un de ses tristes anciens héros.

Gerry Fegan fut un tueur de l’IRA dans les années terribles qui ensanglantèrent l’Irlande du Nord et y installèrent une terreur meurtrière pendant des décennies. Pas n’importe quel tueur : une des plus efficaces machines à exécuter les « contrats » de l’organisation. Sang-froid, précision, absence absolue d’états d’âme, une pépite létale pour les chefs de l’IRA.

Aujourd’hui, après les années de prison qui ont suivi la paix de 1998, Gerry est dépressif, ivrogne et surtout hanté par le passé. Ici encore hanté doit être pris au sens le plus fort : il vit entouré, suivi, en permanence par les fantômes de ses victimes de naguère. Policiers, membres de l’UFF (unionistes anti-catholiques), mais aussi victimes par hasard, fauchées par des bombes aveugles ou des contrats bidons. Hanté par cette mère et son bébé déchiquetés par la bombe posée dans une boucherie (effroyable ironie).

Printemps, Mons Kallentoft

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Samedi, 24 Septembre 2011. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Pays nordiques, Le Serpent à plumes, La rentrée littéraire

Printemps, traduit du suédois par Frédéric Fourreau, 2011, 549 pages, 24€. . Ecrivain(s): Mons Kallentoft Edition: Le Serpent à plumes

Encore un polar suédois, me direz-vous ! Et oui, encore un et nous irons même jusqu’à vous présenter la quatrième aventure d’un de ces incontournables inspecteurs venus du froid. Après Hiver, Eté et Automne, Mons Kallentoft poursuit sa méthodique variation sur les saisons et aboutit à un Printemps où les désirs se réveillent avec violence, où les espoirs de renouveau se heurtent au passé, prégnant et tourmenté.

En ce matin de mai 2010, les habitants de Linköping savourent l’insouciance et les rayons du soleil retrouvés. Sur la place principale, les terrasses sont remplies et une mère et ses deux fillettes dévorent un sandwich. Le vide se fait, un grand souffle emporte cette vision idyllique, ne laissant plus que des amas de chair, des débris et un sentiment d’hébétude. Puis viennent l’affolement, les cris, la douleur. Une bombe vient de pulvériser une banque et toutes les certitudes.

La police enquête sur les inévitables réseaux terroristes de tous poils, barbus ou chevelus, défenseurs de la foi ou de la sainte nature. Sans aucun résultat probant. Ici intervient notre héroïne, Malin Fors, mère plutôt indigne, en proie à ses démons, tentant de ne pas replonger dans l’alcool. Un flic femme qui ne fait pas dans la dentelle et qui a des intuitions peu avouables dans un univers de déductions et de preuves tangibles.