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Polars

Ta mort sera la mienne, Fabrice Colin

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 08 Avril 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Sonatine

Ta mort sera la mienne, mars 2013, 350 pages, 20 € . Ecrivain(s): Fabrice Colin Edition: Sonatine

 

 

La logique d’un massacre. Ta mort sera la mienne met tout de suite les nerfs de son lecteur à rude épreuve. Un homme, habillé d’une combinaison de cuir, le visage dissimulé par un casque de moto, se livre à un massacre dans un motel de luxe dans les plaines de l’Utah. Toutes les personnes présentes (des étudiants en séminaire) sont éliminées avec une précision méthodique et une absence de pitié. Nul refuge ne semble être possible. Le tueur voit tout. Le tueur est ultra efficace. Une balle, un mort. Il effectue ses gestes de manière robotique, comme s’il était un véritable Terminator.

La tension est aussi créée par le style syncopé de l’auteur, fait de phrases courtes, tranchantes, qui étouffe le lecteur, l’empêche de reprendre son souffle. L’utilisation du présent renforce l’effet.

On n’est pas loin de James Ellroy ou de Chuck Palanhiuk dans le phrasé. Une fièvre se dégage et qui, c’est à souligner, ne faiblira quasiment pas tout au long du roman.

Ils vivent la nuit, Dennis Lehane

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Avril 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/Thriller

Rivages Ils vivent la nuit (Live by night) Trad (USA) Isabelle Maillet mars 2013. 525 p. 23,50 € . Ecrivain(s): Dennis Lehane Edition: Rivages/Thriller

 

Le dernier Dennis Lehane est une sombre et âpre traversée de la nuit urbaine. L’auteur a choisi avec intelligence de situer son histoire bostonienne – on ne quitte jamais vraiment Boston et la Mystic River avec Lehane – en 1926, au temps de la Prohibition, c’est-à-dire de la naissance du gangstérisme « moderne », fait de réseaux, de bandes et de guerres de territoires. En plaçant son roman dans cette époque, Dennis Lehane délivre un message à l’attention des amateurs de polars : je me place là à l’éclosion même de ce qui va être la littérature américaine la plus créatrice des temps modernes, le roman noir.

Cette position réflexive est la marque récurrente de ce livre énorme et stupéfiant. Lehane ne se contente pas d’écrire un immense livre noir, il se regarde écrivant un immense livre noir. Il pense son écriture comme écho de tout ce qui s’est écrit dans le genre. On est presque en permanence dans l’exercice de style : vous en voulez du violent, du sombre, du désespéré, de la solitude urbaine, de la trahison, de la haine ? Eh bien vous allez en avoir ! Et avec le talent époustouflant qu’il met ici en œuvre, avec une maîtrise rarement atteinte, il nous déploie un tableau urbain qui vire à l’épopée noire, nous emportant dans une lecture tendue et passionnante.

On the brinks, Sam Millar

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 03 Avril 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Seuil

On the Brinks, traduit de l’anglais (Irlande) Patrick Raynal, mars 2013, 360 p. 21,50 € . Ecrivain(s): Sam Millar Edition: Seuil

 

« On était vendredi soir. J’aurais dû être au Star à boire une bonne pinte au son d’un orchestre épouvantable massacrant d’épouvantables imitations de Fleetwood Mac. Au lieu de ça, j’avais les couilles à l’air, le cul serti de chevrotines de goudron, et les balloches d’une méchante couleur magenta.

Et j’avais même pas encore atteint le Bloc. Putain, ça allait être un très long voyage dans la nuit ».

Récit autobiographique, On the Brinks, tient aussi, par les incroyables rebondissements de la vie de Sam Millar, du roman noir et du roman d’aventures. Membre de l’IRA participant durant ses années de détention à Long Kesh à la Blanket puis à la Dirty Protests, Millar rejoint les États-Unis après sa libération et sera à l’origine de l’un des plus gros braquages de l’histoire du pays : sept millions de dollars dérobés dans un dépôt de la Brinks à Rochester.

Tout cela, Millar le raconte avec détachement, humour et une bonne dose d’autodérision. Passant rapidement sur son enfance à Belfast, il divise son livre en deux grandes parties correspondant aux deux grandes aventures de sa vie.

Un jambon calibre 45, Carlos Salem

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 28 Mars 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Amérique Latine, Roman, Actes Noirs (Actes Sud)

Un jambon calibre 45, trad. espagnol (Argentine) Claude Bleton, Février 2013, 341 p. 22 € . Ecrivain(s): Carlos Salem Edition: Actes Noirs (Actes Sud)

 

Nicolas Sotanovsky, argentin exilé à Madrid, a la surprise, à son réveil, de se trouver nez à nez avec l’immense Serrano et son calibre 45. Il apprend alors qu’il a une semaine pour retrouver Noelia, propriétaire de l’appartement dans lequel il vient de s’installer et qu’il n’a jamais vu, sans quoi il aura le malheur de goûter au 45 de Serrano. Le voilà donc parti pour une errance à travers un Madrid caniculaire aux côtés de la belle Nina et avec pour chaperon ce gros jambon calibre 45 qui ne les quitte pas d’une semelle. L’occasion de croiser un détective désespéré, un chat de gouttières philosophe, des chauffeurs de taxis adeptes de tangas et quelques tueurs.

Comme de coutume chez Salem, l’intrigue débridée et dénuée de toute crédibilité est prétexte à une réflexion de fond sur l’identité. Dans Aller simple, premier roman de l’auteur, Octavio Rincón se voyait changer (très intimement) après la mort de sa femme et rencontrait même un hypothétique Carlos Gardel errant dans le désert marocain ; dans Nager sans se mouiller, Juanito Pérez Pérez, propulsé dans un camp naturiste, avait bien du mal à dissimuler sa double vie et sa double identité ; dans Je reste roi d’Espagne, enfin, Txema, détective spécialiste du déguisement, partait avec le roi d’Espagne à la recherche de l’enfant que ce dernier avait été.

Cuba Libre, Nick Stone

Ecrit par Yan Lespoux , le Vendredi, 15 Mars 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Iles britanniques, Roman, Série Noire (Gallimard)

Cuba Libre (Voodoo Eyes, 2011), traduit de l’anglais (GB) par Samuel Todd, Février 2013, 504 p. 22,90 € . Ecrivain(s): Nick Stone Edition: Série Noire (Gallimard)

 

 

Après Haïti au début des années 2000 dans Tonton Clarinette, puis le Miami du début des années 80 dans Voodoo Land, Nick Stone nous invite à suivre de nouveau son privé torturé, Max Mingus. Cette fois, ce sera à Cuba en 2008, à la veille de l’élection de Barack Obama.

Alors qu’il a fini par se résoudre, pour survivre, à traiter des affaires sur lesquelles son amour propre lui interdisait jusqu’alors de se pencher – divorces et adultères – Max Mingus apprend que son ancien mentor, le flic pourri Eldon Burns, s’est fait abattre. Son meilleur ami, Joe Liston, suit peu de temps après. Tout indique que Vanetta Brown, activiste noire des années 1960, recherchée pour meurtre et réfugiée à Cuba, serait derrière ces deux meurtres. Contraint par un agent fédéral avide de vengeance, Mingus se retrouve bien vite à la Havane, sur les traces de l’invisible Vanetta Brown.