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Polars

Une belle saloperie, Robert Littell

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 18 Avril 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Baker Street

Une belle saloperie, traduit de l’américain par Cécile Arnaud, Editions Baker Street, 18 avril, 316 pages, 21 € . Ecrivain(s): Robert Littell Edition: Baker Street

 

Un hommage aux classiques. Avec Une belle saloperie, Robert Littell s’offre un petit plaisir à l’ancienne, un polar dans la tradition de Raymond Chandler. Ça pourrait être un polar des années 50. Sauf que ça se passe aujourd’hui.

Le héros du livre est d’abord un nom : Lemuel Gunn. Avec deux « n ». Déjà tout un programme !

Il a tout d’un héros de hard-boiled. Vétéran de la CIA, il s’est reconverti comme détective privé après avoir été viré dans des circonstances troubles de l’agence gouvernementale. C’est un dur à cuir solitaire, qui est né cinquante années trop tard.

Le monde actuel ? Il n’est pas fait pour lui et il n’a aucune envie de s’y soumettre. L’ordinateur ? Une ineptie et bien trop compliqué à l’usage. Sa voiture est un vieux modèle des années 50… auquel il ne vaut mieux pas toucher sinon l’homme se fâche !

Ses principes, aussi, appartiennent à une époque révolue.

Le bon père, Noah Hawley

Ecrit par Yan Lespoux , le Mercredi, 17 Avril 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Série Noire (Gallimard)

Le bon père, traduit de l’anglais (USA) par Clément Baude, mars 2013, 416 pages, 23,90 € . Ecrivain(s): Noah Hawley Edition: Série Noire (Gallimard)

 

 

Rhumatologue de renom, Paul Allen apprend un soir, en regardant la télévision dans sa maison du Connecticut avec sa seconde épouse et leurs deux enfants, que Jay Seagram, candidat démocrate à l’élection présidentielle et porteur de grands espoirs de changements pour l’Amérique, a été abattu lors d’un meeting à Los Angeles. Lorsque deux agents des services secrets sonnent quelques minutes plus tard à sa porte, Paul Allen apprend que non seulement l’assassin a été arrêté mais qu’il s’agit en plus de Daniel, son fils aîné issu d’une première union. Dès lors, Paul veut faire la lumière sur les derniers mois de la vie de Daniel afin de pouvoir l’innocenter… à condition bien sûr qu’il soit innocent, ce dont seul Paul semble être persuadé.

Poignante quête d’un père à la recherche désespérée de l’innocence de son enfant, Le bon père, de Noah Hawley, est un roman singulier qui pose plus de questions qu’il n’apporte de réponses.

Vostok, Jean-Hugues Oppel

Ecrit par Yan Lespoux , le Jeudi, 11 Avril 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Rivages/noir

Vostok, Janvier 2013, 245 pages, 8,65 € . Ecrivain(s): Jean-Hugues Oppel Edition: Rivages/noir

 

 

Après plusieurs années de silence littéraire, Vostok signe le retour de Jean-Hugues Oppel. Retour gagnant ?

Vostok, c’est l’histoire de Tanya Lawrence, chargée de mission pour une des multiples agences de l’ONU dépêchée quelque part sur la côte sud-ouest de l’Afrique, dans une région aride, battue par un soleil brûlant mais qui recèle d’abondantes ressources de terres rares, ces terres recelant des minerais et métaux devenus stratégiques car ils entrent dans la composition de nos ordinateurs, téléphones, scanners ou, bien entendu, système de guidages de missiles et autres armements. Et la présence de Tanya semble quelque peu gêner la direction de Métal-IK, la société qui exploite ces mines africaines avec, on s’en doute, un sens très particulier de ce que doivent être les relations entre employeurs et employés et entre riches civilisés expatriés et sauvages locaux.

Ta mort sera la mienne, Fabrice Colin

Ecrit par Yann Suty , le Lundi, 08 Avril 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Sonatine

Ta mort sera la mienne, mars 2013, 350 pages, 20 € . Ecrivain(s): Fabrice Colin Edition: Sonatine

 

 

La logique d’un massacre. Ta mort sera la mienne met tout de suite les nerfs de son lecteur à rude épreuve. Un homme, habillé d’une combinaison de cuir, le visage dissimulé par un casque de moto, se livre à un massacre dans un motel de luxe dans les plaines de l’Utah. Toutes les personnes présentes (des étudiants en séminaire) sont éliminées avec une précision méthodique et une absence de pitié. Nul refuge ne semble être possible. Le tueur voit tout. Le tueur est ultra efficace. Une balle, un mort. Il effectue ses gestes de manière robotique, comme s’il était un véritable Terminator.

La tension est aussi créée par le style syncopé de l’auteur, fait de phrases courtes, tranchantes, qui étouffe le lecteur, l’empêche de reprendre son souffle. L’utilisation du présent renforce l’effet.

On n’est pas loin de James Ellroy ou de Chuck Palanhiuk dans le phrasé. Une fièvre se dégage et qui, c’est à souligner, ne faiblira quasiment pas tout au long du roman.

Ils vivent la nuit, Dennis Lehane

Ecrit par Léon-Marc Levy , le Jeudi, 04 Avril 2013. , dans Polars, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Roman, Rivages/Thriller

Rivages Ils vivent la nuit (Live by night) Trad (USA) Isabelle Maillet mars 2013. 525 p. 23,50 € . Ecrivain(s): Dennis Lehane Edition: Rivages/Thriller

 

Le dernier Dennis Lehane est une sombre et âpre traversée de la nuit urbaine. L’auteur a choisi avec intelligence de situer son histoire bostonienne – on ne quitte jamais vraiment Boston et la Mystic River avec Lehane – en 1926, au temps de la Prohibition, c’est-à-dire de la naissance du gangstérisme « moderne », fait de réseaux, de bandes et de guerres de territoires. En plaçant son roman dans cette époque, Dennis Lehane délivre un message à l’attention des amateurs de polars : je me place là à l’éclosion même de ce qui va être la littérature américaine la plus créatrice des temps modernes, le roman noir.

Cette position réflexive est la marque récurrente de ce livre énorme et stupéfiant. Lehane ne se contente pas d’écrire un immense livre noir, il se regarde écrivant un immense livre noir. Il pense son écriture comme écho de tout ce qui s’est écrit dans le genre. On est presque en permanence dans l’exercice de style : vous en voulez du violent, du sombre, du désespéré, de la solitude urbaine, de la trahison, de la haine ? Eh bien vous allez en avoir ! Et avec le talent époustouflant qu’il met ici en œuvre, avec une maîtrise rarement atteinte, il nous déploie un tableau urbain qui vire à l’épopée noire, nous emportant dans une lecture tendue et passionnante.