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Pierre Drieu la Rochelle, Jacques Cantier

Ecrit par Christopher Gérard 21.09.11 dans Les Livres, Recensions, Biographie, Perrin

Pierre Drieu la Rochelle, 316 pages, 22€

Ecrivain(s): Jacques Cantier Edition: Perrin

Pierre Drieu la Rochelle, Jacques Cantier


Historien de l’empire colonial sous Vichy et biographe de Jules Roy, J. Cantier nous propose une nouvelle vie de Drieu, à la suite des précieux ouvrages de M. Serra (Les frères séparés) et de J. Lecarme (Drieu la Rochelle ou le bal des maudits). Disons tout de suite que son livre ne dépasse pas le niveau d’une honnête compilation, scolaire à souhait. Ni biographie littéraire stricto sensu, ni synthèse innovante, l’essai manque d’envergure et se lit sans passion. Peu de sources inédites, peu d’archives, aucun témoignage neuf (ainsi la bouleversante correspondance entre Drieu et son amie de cœur Victoria Ocampo – quel gisement ! – semble n’avoir été que survolée ; idem pour le riche Textes politiques). Cantier repère chez Drieu, qu’il ne comprend pas en profondeur pour ne pas l’avoir assez relu, un désir ancien de distinction, une volonté de mener les hommes au combat. Il repère bien le nietzschéisme foncier de Drieu, préparé par la lecture d’éveilleurs anglo-saxons (Carlyle, Kipling, Whitman) et affermi par la fréquentation de Sorel comme de Proudhon, mais pour l’opposer, de manière manichéenne, à la posture de Mauriac. Un a priori moralisateur traverse le livre, où il joue son rôle d’obstacle épistémologique. Ainsi, l’évolution spirituelle de Drieu, marqué par la lecture de Guénon, n’est pas comprise. De même, ses théories politiques sont à peine ébauchées.

Inaccompli, dilettante, d’une incroyable maladresse, Drieu s’est rêvé « guerrier, athlète et amant » ; il a voulu incarner « le lien entre la Cité et l’esprit », tout en souffrant atrocement de ses faiblesses, réelles ou fantasmées. Double, triple Drieu ! Celui que B. Crémieux qualifiait de « névrosé de l’après-guerre » et H. Massis d’exemple du « désordre mental engendré par la stupeur du monde » fut en quelque sorte l’un de ces enfants perdus du terrible XXème siècle. Lucide sur la décadence de l’Europe comme sur la sienne propre, Drieu vagabonda du surréalisme au stalinisme, toujours dans la marge. Sous l’Occupation, lui, l’oxonien qui pensa un moment rejoindre l’Angleterre, s’aveugla sur le double jeu du IIIème Reich, dont les prétentions « européennes » masquaient à peine, pour qui voulait voir, des appétits de domination continentale. Tacite, l’auteur d’une Germania, disait en son temps que le pouvoir ne se divise jamais. Drieu a rêvé, sans bassesse aucune, à ce partage que le fourbe Abetz faisait miroiter devant lui. Ce faisant, il devenait l’instrument d’une politique d’anesthésie de la France. Cruel paradoxe pour le chantre de la force et du conflit ! Pourtant, malgré le caractère avorté de son destin, l’ombre de Drieu continue de nous hanter.


Christopher Gérard


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A propos de l'écrivain

Jacques Cantier

Jacques Cantier, né le 16 mars 1967 à Perpignan, est un historien français, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université Toulouse-Le Mirail.

A propos du rédacteur

Christopher Gérard

Rédacteur régulier

Né à New York, le 27 juillet 1962. Licencié en philologie classique (Université libre de Bruxelles). Ecrivain. Lauréat du prix F. Denayer de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique pour son ouvrage Aux Armes de Bruxelles (2009).