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Nouvelles

L'Arbre aux secrets 11 (chap. XII & Fin)

Ecrit par Ivanne Rialland , le Lundi, 17 Octobre 2011. , dans Nouvelles, Ecriture, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Fin

Rose bat des paupières, regarde autour d’elle, hébétée. Une silhouette blanche à ses côtés s’évanouit dans les airs, avec des nattes brunes, des larmes séchées sur les joues. Rose aussi a pleuré. Elle descend à pas lourds l’escalier.

Elle jette un coup d’œil dans la chambre de sa mère : personne. Elle entend un bruit, en bas : elle descend au salon. Sa mère, une blouse blanche nouée autour de la taille, est debout devant sa table à dessin, une ride profonde barrant son front, un pinceau à la main, de l’encre plein les doigts.

À terre, tout autour d’elle, des feuilles de papier. Une ronde, un arbre grimaçant dans lequel un enfant tombe à la renverse, une petite fille la main sur la bouche, les yeux écarquillés. Partout le même dessin à l’encre, dix, vingt fois répété. Sa mère qui le peint, encore et encore, très vite, à l’encre. Puis le rythme se ralentit. Le pinceau s’attarde sur un détail, un visage, une bouche d’enfant, une branche d’arbre. Il ajoute une ombre, une indication de mouvement… Le décor soudain change : c’est toute la forêt, un renard à la langue pendante à moitié caché derrière un buisson, puis une page d’herbier, avec dans le coin haut de la feuille un château. C’est ensuite une maison tranquille en lisière d’une forêt, un homme jeune encore courbé sur une canne.

La sensualité des âmes désespérées

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi , le Jeudi, 13 Octobre 2011. , dans Nouvelles, Ecriture, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

 

C’est un dimanche. Cela suffirait pour être triste.

Mais c’est un dimanche ensoleillé. Et c’est pourquoi l’on se sent si vide. Quelque chose ne colle pas : le soleil et la tristesse mêlés s’annulent, et ne reste que le néant.

Mais un dimanche de vacances en Italie : et tout change. C’est ce qu’on imagine, du moins.


Line s’est retirée dans un coin tranquille du jardin, sous les arbres, et elle écrit :


Fiesole, le 20 août


Amore mio,

Où es-tu parti ? Si loin, si vite, que je n’ai pas eu le temps de t’embrasser une dernière fois. N’importe où je suis, tu es avec moi et le seras toujours, tu me l’as promis. Et c’est ma seule consolation.

La Grange-au-mort

Ecrit par Philippe Leven , le Mercredi, 28 Septembre 2011. , dans Nouvelles, Ecriture, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Micro-nouvelle


Georges n’aimait pas son métier. Le devoir quotidien de véhiculer et respirer les immondices de la Ville de Paris côté Est n’a rien de vraiment excitant pour l’esprit. Ni de très présentable socialement derrière les zincs du soir. Le comble de l’amertume pour Georges était d’avoir à partager ces tâches ignobles avec les inévitables « bougnoules » que comptent les services municipaux de voierie dans toute cité digne de ce nom. Georges en était devenu aigre et ombrageux, parasité par des haines dont il avait lui-même souvent honte. Il évoquait parfois avec un serrement de cœur la brève période où, sortant du service militaire, il avait tenté avec un copain de monter un petit troquet à Pantin. Mais l’autre buvait, Georges n’avait guère le sens de la gestion, et tout avait sombré avec la rudesse des rêves meurtris. Depuis, il fallait vivre, et le service de nettoiement le faisait vivre. Plus ou moins. Il ne s’habituait pas à sa misère et son caractère en subissait des altérations profondes. Mustapha et Diallo, son équipage de la benne à ordures 7452 N de la Ville de Paris, en faisaient les frais avec la philosophie résignée qui vient heureusement aux souffre-douleur.

Quand Georges arrêta son véhicule à la hauteur des écluses St Martin, quai de Jemmapes, comme chaque matin ouvrable, il savait que ses deux « bougnoules » avaient une minute pour collecter les poubelles du secteur.

Le Rêve

Ecrit par Laurence Pythoud Grimaldi , le Mardi, 13 Septembre 2011. , dans Nouvelles, Ecriture, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED


Tout était fini. Cette histoire d’amour était im-po-ssi-ble. L’un et l’autre, mariés, chacun de leur côté. Impossible. Ce ne devait être qu’une aventure sans conséquence. Vraiment ? Comme s’il n’y avait jamais que des conséquences aux aventures !

Ils avaient succombé à un désir irraisonné l’un de l’autre. Une sorte de coup de foudre à retardement. Car s’ils se connaissaient depuis longtemps, ils ne s’étaient croisés que de loin, de temps en temps ; elle avait un mari dans les affaires, ils fréquentaient le même cercle de relations.

Or son mari partit, une nuit, pour toujours.

Quelque temps plus tard, un beau matin, elle s’éveilla et, sans que rien n’eût préfiguré cet envoûtement, le désir de lui la submergea. Un désir amoureux. Elle ne comprit pas ce qui lui arrivait, c’était pure folie ; errant dans la maison vide, possédée par l’envie de cet homme, elle ne parvenait à offrir aucune résistance à ce déchainement érotique. Une sorte de charme divin s’était abattu sur elle. Inattendu et inexplicable.

Murs et murmures (2 et fin)

Ecrit par Anne Gosztola , le Lundi, 12 Septembre 2011. , dans Nouvelles, Ecriture, Chroniques Ecritures Dossiers, La Une CED

Yann regarda la main de Miroir qui amenait le briquet au bout de la gauloise. Il le regarda l’allumer, et ne dit rien. C’est alors qu’il le vit tel que les journaux l’avaient à l’époque décrit : dur et cynique, tendre pour l’apparence, rempli de gestes magnanimes, de ceux que magnifie l’histoire, claquant sa vie autant que son argent comme s’il n’avait eu besoin ni de l’un ni de l’autre et plantant ses crocs dans les femmes, pour mieux les dépecer. Un braqueur de banque au grand cœur, un torero de la finance, un bourreau de l’amour. En bref, le Miroir d’avant la déchéance.

Yann reçut le choc de pleine face. Ne s’y attendant pas il en fut profondément ébranlé. Ce qui l’amena à se poser la question, celle justement qu’il n’aurait jamais dû se poser. Etait-ce son père ? Ce père imaginaire dont, dans sa solitude, il avait si souvent caressé le nom, rêvé les traits, dessiné un caractère que ses actes cherchaient à embrasser. S’ensuivit le doute et l’espoir qui éclot dans les manques. Larve ténue couvée, nourrie par des possibles inventés.

A trop fixer Miroir, Yann commença à trouver dans les rictus de l’alcoolique les traces d’une ressemblance. Le son de la voix lui semblait soudain familier, commune la façon de balancer la main comme pour rythmer les mots, les mêmes oreilles courtes et recourbées sur le bout et ces doigts longs et fins qui tiraient sur la clope lui évoquaient les siens. L’espoir qui devient serpent, s’accapare toute la place, la mâchoire qui se referme, pénètrent les crochets et s’infiltre le venin mortel.