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Mon Père, je vous pardonne, Daniel Pittet

Ecrit par Valérie Debieux 27.03.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Récits, Editions Philippe Rey

Mon Père, je vous pardonne, février 2017, avec la collaboration de Micheline Repond, 240 pages, 18 €

Ecrivain(s): Daniel Pittet Edition: Editions Philippe Rey

Mon Père, je vous pardonne, Daniel Pittet

 

Un titre qui interpelle.

Une préface percutante, celle du Pape François.

Prise de conscience de la souffrance endurée. Demande en pardon à toutes les victimes de pédophilie et à leurs familles. Message de compassion envers toutes celles et ceux qui ont souffert et souffrent encore de ces actes odieux.

Cri de colère lorsque le Successeur de Saint Pierre rapporte les paroles du Christ : « Celui qui est un scandale, une occasion de chute pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer » (Matthieu, 18,6).

Exigence absolue, celle de « faire preuve d’une grande sévérité pour ces prêtres qui trahissent leur mission, ainsi que pour leur hiérarchie, évêques ou cardinaux, qui les protégerait, comme cela été le cas dans le passé ».

Enfin, gratitude et soutien sans faille du Pape François à l’auteur, Daniel Pittet, qui, fort de l’amour des siens et de sa foi en Dieu et en l’Eglise, armé de son courage et de sa volonté, ose parler pour que les autres victimes qui ne veulent ou ne peuvent pas parler se sentent moins seules, pour que celles qui hésitent ou hésitaient, franchissent le rubicond du silence et que son témoignage soit le prolongement de sa lutte contre la pédophilie quels qu’en soient les auteurs.

Une autobiographie narrée en dix chapitres dont les éléments de vie, par les souffrances qu’ils comportent, s’apparentent au chemin de croix du Christ, le jour de la montée du Golgotha : Le chaos de l’enfance ; De famille en famille ; La descente aux Enfers ; Sauvé par des moines ; Je fonde ma famille ; Prier Témoigner ; La dénonciation ; Séquelles et fragilités ; Un homme debout ; Mon Père, je vous pardonne.

Une autobiographie qui se présente, après dix-huit ans de thérapie, comme un témoignage simple et direct, avec des mots « parfois crus », « parce qu’un viol c’est abject, sale ». Et l’auteur de se confier : « Le viol d’un enfant est la chose la plus perverse qui soit parce que le violeur est rarement méchant aux yeux de l’enfant. Joël Allaz était bon vivant et sympathique. Il bouffait comme quatre, il racontait des histoires intéressantes, il était intelligent. Tout le monde l’appréciait et il se démenait corps et âme dans toutes ses activités. En fait, il avait deux vies, la vie de prêtre et la vie de violeur. […] En apparence, tout semblait cohérent. Dans sa vie de prêtre, il me protégeait. Dans sa vie de violeur, il me détruisait. Sa protection avait un prix. Et ce prix, c’était le sexe, la perversion du sexe. Je pense qu’il ne souffrait pas d’être pédophile. Je n’ai jamais eu le sentiment qu’il se sentait mal après m’avoir violé. Il souffrait du fait qu’il ne pouvait pas violer à sa guise. Tant qu’il a eu des victimes à sa disposition sans risque d’être dénoncé, il a mené une vie agréable ».

Une autobiographie peu commune, avec une hotte emplie de souffrances et de difficultés, de joies également, d’aides inattendues ou encore de rencontres imprévues, soit un grand nombre d’événements bien singuliers pour un seul homme. Et pour n’en retenir que deux :

L’un qui le conduira, après quarante-quatre années, à rencontrer son violeur et à lui pardonner : « […] Le pardon n’efface ni la blessure ni la souffrance infligées. Le pardon signifie que je vois en mon bourreau un homme responsable. Grâce au pardon, je ne me sens plus attaché à lui, je ne suis plus sous sa dépendance. Le pardon m’a permis de rompre les chaînes qui me liaient à lui et qui m’auraient empêché de vivre. […] Le titre du livre, Mon Père, je vous pardonne, est à prendre au premier degré. Je n’éprouve ni respect ni compassion pour mon bourreau. Je lui ai pardonné. Aujourd’hui, je suis libre ».

L’autre qui verra le Pape François préfacer son ouvrage et conclure en ces mots : « Je prie pour Daniel et pour ceux qui, comme lui, ont été blessés dans leur innocence. Que Dieu les relève et les guérisse, qu’Il nous donne à tous Son pardon et Sa miséricorde ».

Ce livre bouleversant, traduit en quinze langues, accompagné de nombreuses photographies, constitue un témoignage émouvant et une mise en garde de tout un chacun contre la stratégie d’approche des pédophiles et abuseurs d’enfants. Il s’inscrit dans le combat mené non seulement par l’Eglise, mais également par l’ONU et son Comité sur les droits de l’enfant, ainsi que par de nombreux Etats qui entendent protéger l’enfant contre toutes les formes d’abus sexuels, i.e. l’inceste, la pédophilie, la pornographie impliquant des enfants et l’exhibitionnisme. Enfin, cet ouvrage est suivi en postface d’un entretien avec son bourreau, le père Joël Allaz. Un récit poignant.

 

Valérie Debieux

 


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A propos de l'écrivain

Daniel Pittet

 

Né en 1959, Daniel Pittet est bibliothécaire à Fribourg.

 

A propos du rédacteur

Valérie Debieux

 

 

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com