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Meurtres à Willow Pond, Ned Crabb

Ecrit par Adrien Battini 19.02.16 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Polars, Roman, USA, Gallmeister

Meurtres à Willow Pond, février 2016, trad. anglais (US) Laurent Bury, 432 pages, 24,30 €

Ecrivain(s): Ned Crabb Edition: Gallmeister

Meurtres à Willow Pond, Ned Crabb

 

En 2016, les éditions Gallmeister fêtent leur dixième anniversaire. Année de réjouissance, toutes les collections sont mises à l’honneur : Pete Fromm et John Haines pour le « nature writing », Bob Shacochis et son incroyable La Femme qui avait perdu son âme pour « americana » ainsi que John Bassoff pour la « néo-noire ». Seule la « noire » manquait à l’appel pour ces festivités. Cette absence est désormais comblée avec la parution de Meurtres à Willow Pond de Ned Crabb.

Il aura fallu attendre près de 40 ans pour que le journaliste américain gratifie le lectorat de son second roman policier. Pour assurer son retour, Crabb évolue en terrain connu en plantant son intrigue dans le Maine, son Etat de villégiature estivale, et plus précisément à Cedar Lodge, pension luxueuse pour amateurs de pêche, de chasse et de bonne cuisine, qui jouxte le lac de Willow Pond. La propriété est dirigée d’une main de fer par Iphigenie Seldon, une marâtre septuagénaire dont la descendance n’aurait qu’une envie : la voir disparaître et mettre la main sur un héritage estimé à plusieurs dizaines de millions de dollars. Quand la vieille Gene convoque toute la famille pour une réunion extraordinaire et que le bruit court qu’elle va se marier, les envies s’aiguisent et l’inévitable se produit. Entre les neveux et nièces autodestructeurs, les conjoints envieux et les clients suspects, le jeu macabre peut commencer.

Redoutable d’efficacité, le whodunit classique ne peut s’abstraire d’un certain nombre de conditions pour être totalement réussi. Le rythme y est tout d’abord primordial. Crabb a l’heureuse idée de prendre son temps pour exposer ses enjeux avec une introduction qui occupe presque la moitié du roman. La montée en tempo avec une conclusion menée tambour battant n’en fonctionne que mieux. Ensuite il faut que les personnages soient convaincants. Si ses héros sont un brin trop lumineux quoiqu’attachants, ce sont surtout les « suspects » qui bénéficient d’une attention particulière et que l’écrivain affectionne particulièrement. Chacun porte son lot de fêlures, de faiblesses et de secrets qui sont capables de fissurer à tout moment leurs jolis masques et de les faire imploser. En les disposant sur une corde raide permanente, non seulement Crabb renforce la mise en tension dans son roman, mais détient pour chacun les clefs de leur rédemption ou de leur chute finale. Enfin, il faut que la mise en contexte soit travaillée. En empruntant une certaine tonalité au « nature writing » avec son paysage enchanteur et ses pêcheurs tourmentés, le roman est particulièrement immersif dès ses premières lignes. Pour ne rien gâcher, en enrobant le tout d’une délicieuse sensualité charnelle, Crabb associe les péchés qui se marient le mieux, luxure et vénalité qui viennent relever en permanence le relatif classicisme de l’ensemble.

Paré de toutes ces qualités, il est évident que Meurtres à Willow Pond est un excellent roman policier, qui s’impose en ce début d’année comme un des meilleurs dans son genre. Construit autour d’une galerie de personnages troubles admirablement conduits par leur créateur, voilà une lecture exquise qu’il serait inconvenant de bouder sur les étals des librairies.

 

Adrien Battini

 


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A propos de l'écrivain

Ned Crabb

 

Durant 32 ans, Ned Crabb a été rédacteur en chef, journaliste et illustrateur pour le Wall Street Journal, auquel il collabore toujours occasionnellement. En 1978 avait paru aux États-Unis son premier livre, La bouffe est chouette à Fatchakulla, traduit et publié aux éditions Gallimard. Il vit aujourd’hui avec sa femme Kay à New York et ils passent ensemble la plupart de leurs étés à North Pond, dans le Maine. Ils ont deux filles.

 

 

 

A propos du rédacteur

Adrien Battini

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Achève son doctorat en sociologie à l'Institut d'Etudes Politiques d'Aix-en-Provence. Depuis trois ans, il est également employé à la librairie Préambule de Cassis, dont il anime site et blog littéraires. Tombé dans la marmite de la lecture depuis tout petit, il se passionne pour toutes les formes d'écritures capables de transmettre émotion et/ou réflexion, de Julien Gracq à Erving Goffman, en passant par James Ellroy ou Brian Azzarello.