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Maladie d’amour, Nathalie Rheims

Ecrit par Patryck Froissart 13.03.14 dans La Une Livres, Critiques, Les Livres, Roman, Léo Scheer

Maladie d’amour, janvier 2014, 297 pages, 19 €

Ecrivain(s): Nathalie Rheims Edition: Léo Scheer

Maladie d’amour, Nathalie Rheims

 

Alice et Camille, trentenaires, amies depuis le collège, suivent des chemins différents, ont chacune leur existence propre, mais, restées intimement liées, ne peuvent vivre sans se retrouver régulièrement pour échanger les détails matériels et sentimentaux qui font leur quotidien.

Le parcours d’Alice est celui, dynamique mais aléatoire, souvent précaire, ponctué de déceptions pour celle qui est persuadée que son talent n’est pas reconnu, d’une intermittente du spectacle obligée, pour arrondir ses fins de mois, d’accepter des emplois accessoires. Alice raconte à son amie ses aventures amoureuses, mais refuse systématiquement de lui présenter physiquement ses partenaires successifs.

La vie de Camille est celle, statique, confortable et linéaire, à la limite de l’ennui, d’une mère de famille bourgeoise, épouse d’un notaire aux revenus copieux et constants.

Telle est la situation au moment où le récit commence.

A partir de ce canevas très simple, la romancière met en œuvre une machinerie insidieuse, dont les deux rouages principaux se révèlent progressivement au lecteur :

– elle rapproche peu à peu les lignes de vie de Camille et d’Alice, parallèles jusqu’au temps initial du récit, jusqu’à ce qu’elles se touchent, se superposent, puis se croisent et s’enchevêtrent : Alice met tout en œuvre pour devenir une épouse, Camille est tentée par l’aventure extraconjugale.

– elle transforme progressivement chacune en un nouveau personnage. La lente transmutation s’effectue de manière timide, honteuse, lourde de culpabilité en ce qui concerne Camille, et de façon brutale, passionnée, destructrice de la part d’Alice.

« Camille était obsédée par cette notion de mariage, de tromperie… »

Le docteur Costes, célèbre chirurgien esthétique, beau, riche et brillant, dont Alice apprend à Camille qu’il est son nouvel amant, et qu’il est disposé à bientôt divorcer pour l’épouser, est le pivot, l’épicentre du drame que se jouent alors les deux amies.

A la faveur de ce scénario, s’opère un long et double dédoublement de personnalité, qui permet à l’auteure d’explorer les marges dangereuses du comportement, en cet espace où l’imaginaire et le réel se mêlent, où le jeu du « Je suis l’autre » peut précipiter l’acteur, le joueur, dans la folie.

Une fois fracassé le cadre dans lequel Alice s’efforce d’afficher le portrait qu’elle veut donner d’elle au monde, quel désastre apparaîtra derrière le miroir brisé ?

Le lecteur, pris dans la trame, ne se doute lui-même longtemps de rien…

La surprise est totale.

 

Patryck Froissart


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A propos de l'écrivain

Nathalie Rheims

 

Fille de l'académicien Maurice Rheims, Nathalie Rheims rêve d'abord de devenir actrice. A 17 ans, elle entre au Conservatoire de la rue Blanche, et joue jusqu'en 1983 au théâtre et dans des téléfilms. L'année suivante on la retrouve dans le magazine Elle où elle mène de grands entretiens. En 1986, elle devient productrice de télévision : 'Haute curiosité' sur TV6, présenté par Maurice Rheims, avant de créer une société de communication avec son époux. C'est en 1999 qu'elle saute le pas et devient romancière. Son premier livre L'un pour l'autre (1999) confirme sa vocation puisqu'il obtient le prix du Gai Savoir. Les romans qui suivent, Lettre d'une amoureuse morteLes Fleurs du silence et L'Ange de la dernière heure, reçoivent un bel accueil du public. S'en suivent plusieurs romans publiés aux éditions Léo Scheer, L'ombre des autres, Journal intimeClaude ou Le Fantôme du Fauteuil, inspiré du Fauteuil hanté de Gaston Leroux. En 2012, elle publie Laisser les cendres s'envoler, roman autobiographique dans lequel elle revient sur l'abandon de sa mère.

 

A propos du rédacteur

Patryck Froissart

 

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Patryck Froissart, originaire du Borinage, a enseigné les Lettres dans le Nord de la France, dans le Cantal, dans l’Aude, au Maroc, à La Réunion, à Mayotte, avant de devenir Inspecteur, puis proviseur à La Réunion et à Maurice. Longtemps membre du Cercle Jehan Froissart de Valenciennes, il a collaboré à maintes revues de poésie et a reçu en 1971 le prix des Poètes au service de la Paix. Il est membre de la SGDL, de la SPAF, de la SAPF.

Il a publié : en 2011 La Mise à Nu, un roman (Edition épuisée) ; en août 2013, Les bienheureux, un recueil de nouvelles (Ed. Ipagination), Prix Spécial Fondcombe 2014 ; en janvier 2015, La divine mascarade, un recueil de poèmes (Ed. iPagination); en septembre 2016, Le feu d'Orphée, un conte poétique (Ed. iPagination), troisième Prix Wilfrid Lucas 2017 de poésie décerné par la SPAF ; en février 2018, La More dans l'âme, un roman (Ed. Ipagination); en mars 2018, Frères sans le savoir, un récit trilingue (Editions CIPP); en avril 2019, Sans interdit (Ed. Ipagination), recueil de poésie finaliste du Grand Prix de Poésie Max-Firmin Leclerc ; en février 2020, La Fontaine, notre contemporain, réédition de l’intégrale des Fables, annotées, commentées, reclassées par thèmes (Ed. Ipagination) ; en mars 2020, Le dromadaire et la salangane, recueil de tankas (Ed. franco-canadiennes du tanka francophone) ; en avril 2020 : L’occulte poussée du désir, roman en 2 tomes (Ed. CIPP)