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Les Roquevillard, Henry Bordeaux (1906)

11.03.14 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman

Les Roquevillard, Bibliolife, 236 p. 27 € (Amazon)

Ecrivain(s): Henry Bordeaux

Les Roquevillard, Henry Bordeaux (1906)

 

Henry Bordeaux (1870-1963) n’est plus guère connu aujourd’hui que de quelques ombrageux bibliophiles, arpenteurs frénétiques de vide-greniers et autres bouquinistes. Pourtant, sa popularité fut, jadis, telle, qu’on peut assurément s’y référer comme à l’un des écrivains français les plus lus de la première moitié du vingtième siècle.

Son impressionnante longévité en fit surtout l’un des grands témoins des événements de son temps, notamment deux guerres mondiales, ainsi que toutes les avancées sociales que connut la France sur cette longue période. Son engagement en faveur du catholicisme social en fit d’ailleurs, bien plus qu’un témoin, un véritable acteur des mutations d’une société française alors sur le chemin de la modernité économique, politique et sociale (mécanisation et désertification des campagnes, nouvelle place de la femme…).

Savoyard d’origine, Bordeaux se lança dans la littérature dès la fin du XIXème siècle, avec des romans « terroirs » où l’action a lieu dans sa Savoie natale, entre Chambéry et Thonon-les-Bains.

Un certain traditionalisme campagnard, un peu « vieille France », y est palpable ; l’attachement à la figure du chef de famille et à la terre héritée des ancêtres n’est pas sans rappeler la pensée de Barrès, qui influença sans doute Bordeaux. Du reste, le dédicataire de son roman emblématique publié au tout début du XXème siècle, Les Roquevillard, n’est autre que l’éminent critique et historien de la littérature, Ferdinand Brunetière, également directeur de la prestigieuse et déjà ancienne revue littéraire à tendance résolument conservatrice qu’est La Revue des Deux Mondes.

Dans ce roman, Bordeaux dresse le tableau d’une famille de notables de Chambéry, dont l’honorable chef de famille, François Roquevillard, vieux magistrat respecté mais aussi envié par toute la ville, possède un domaine bien entretenu, la Vigie, qu’il tient de ses aïeux et fait sa fierté. La lignée semble durablement enracinée, jusqu’à ce que le jeune fils prodigue, Maurice, vienne entacher de ses frasques amoureuses et déboires financiers le fier blason familial qu’il importe dès lors, impérieusement, de redorer…

Un roman divertissant, agréable, bien qu’à l’écriture un peu vieillotte et pauvre par endroits, car adressé, à l’évidence, à un public de petite bourgeoisie trop heureux de voir ses valeurs traditionnelles confortées en des termes simples et accessibles, dans un livre qui garde tout de même une bonne tenue littéraire et, surtout, un art prenant de la narration.

« Au ciel qui se fonçait, dans la direction de la Vigie, une première étoile commença de jeter son feu. M. Roquevillard, qui tenait sur son cœur son fils reconquis, son dernier fils, son fils unique, la distingua comme un signe d’espérance. Et dans le cimetière obscurci où il était venu rendre à ses morts leur visite de la veille, bien qu’il se sentît lui-même menacé, le chef de famille fit un acte de foi dans la vie ».

 

Pierre-Louis Pinault

 


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A propos de l'écrivain

Henry Bordeaux

 

Henry Bordeaux est un avocat, romancier et essayiste français, originaire de Savoie, né le 25 janvier 1870 à Thonon-les-Bains (Haute-Savoie) et mort le 29 mars 1963 au 16e arrondissement de Paris.