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Les orphelines d'Abbey Road Tome 1, le Diable vert, Audren

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 27.10.12 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Jeunesse, L'école des loisirs

Les orphelines d’Abbey Road, tome 1. Le Diable vert, octobre 2012, 282 p. 14,80 €

Ecrivain(s): Audren Edition: L'école des loisirs

Les orphelines d'Abbey Road Tome 1, le Diable vert, Audren

« – Je sais bien, ma grande, mais là, on n’a pas de solution ! déclara Margarita. Il faudrait sans doute que le chat se rallume… ou je ne sais quelle fantaisie délirante du genre. Même dans les romans que je lis, on ne trouve pas d’histoire aussi dingue ».

Et voilà bien l’impression du lecteur en refermant ce roman. Quelle histoire délirante mais quelque peu décevante ! Car Les orphelines d’Abbey Road semble être un roman scindé en deux, ne parvenant pas à choisir entre deux genres : roman d’apprentissage doté d’une subtile intrigue psychologique et fantastique. Certes, les deux pourraient cohabiter, se marier, mais ici il s’agit plutôt d’une succession qui ne fonctionne pas. C’est un livre qui en contient deux : dans le premier, nous sommes longuement plongés dans un étrange orphelinat tenu par des sœurs peu engageantes et égoïstes. Les jeunes filles qui y sont recueillies souffrent de la faim et du froid, se font punir pour des broutilles. Certaines sont presque forcées à devenir sœurs à leur tour. Margarita, Joy la narratrice et Prudence décident de s’enfuir en passant par un souterrain secret caché sous l’abbatiale. Lorsque Prudence s’aventure seule dans ce dédale, elle en revient métamorphosée et tombe gravement malade. Ses amies vont tout tenter pour la guérir. Les mystères planent : quel est ce manuscrit découvert sous l’autel et rédigé en latin ? quelle relation entretient Lady Bartropp avec le jardinier Dawson ? quelle est cette trace de brûlure étrange sur le poignet de Prudence ?

Aux deux tiers du livre, le roman d’aventures et d’apprentissage bascule dans le fantastique : Joy suit la jeune Ginger dans le parc qui encadre l’orphelinat et découvre que la petite fille accède à un autre monde. Nous voilà en plein Narnia gothique en compagnie d’un hibou gardien de la source magique, d’une Chouette géante, d’un Diable vert… Les péripéties se suivent sans créer de réel suspens, la maladie empire, l’accès aux souterrains est rendu impossible. Un ultime retournement de situation révèle l’identité de l’une des résidentes.

L’écriture est riche, élégante mais la magie n’opère pas. L’histoire des orphelines se passerait fort bien de cette irruption de fantastique peu convaincant ou qui convaincrait dans un autre livre. Les personnages se révèlent complexes et certains mystérieux sans cela : la lutte des deux jeunes filles contre leur vocation religieuse est particulièrement intéressante, tout comme la critique sous-jacente d’un système fondé sur la répétition et la croyance aveugle. La confusion entre « miséricorde » et « miséricorne » l’illustre parfaitement :

« Les miséricornes avaient peuplé mes heures de messe, broutant aux quatre coins de mon imagination, pleurant de chaudes larmes de ruminants tristes sur leurs lourdes cloches. Quant à mon prochain, j’avais jusqu’ici préféré ne lui attribuer aucun sens. C’était bien plus facile d’aimer un mot vide de sens que d’aimer ses frères et ses semblables autant que soi-même ».

Voici donc un roman plein d’atouts mais qui n’emporte pas le lecteur ; le deuxième volet nous éclairera sûrement sur ce monde inconnu et sur les motivations de sa créatrice, créant l’alchimie à partir de ses diverses composantes.

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Audren

 

Audren écrit des chansons et des romans. Elle compose également des musiques. Après un premier roman (Neuf, une aventure d’Olsen Petersen, Seuil, 2002), elle a publié de nombreux ouvrages pour l’Ecole des loisirs dont Il était une fois dans l’Est et La Question qui tue (2011).

 

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.