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Les larmes de Johnny, Mathieu Alterman, Patrick Alban, par Félicia-France Doumayrenc

Ecrit par Félicia-France Doumayrenc le 05.11.18 dans La Une CED, Les Chroniques, Les Livres

Les larmes de Johnny, Mathieu Alterman, Patrick Alban, Editions Carnets Nord, octobre 2018, 288 pages, 18 €

Les larmes de Johnny, Mathieu Alterman, Patrick Alban, par Félicia-France Doumayrenc

De la star au mythe : Johnny

En France, il suffit de prononcer le simple prénom Johnny pour qu’immédiatement celui-ci soit associé à Hallyday. Nous avons tous en mémoire la sidération lors de l’annonce de sa mort, ses funérailles nationales, ce recueillement de ses fans, ses bikers qui l’accompagnaient jusqu’à l’église de la Madeleine, la cérémonie religieuse et la scénarisation de celle-ci.

Sublime mise en scène, Johnny Hallyday la star entrait le jour de son enterrement définitivement dans la légende et devenait mythique.

Mathieu Alterman et Patrick Alban qui viennent de coécrire Les larmes de Johnnysoulèvent dans leur livre le portrait d’un homme différent que celui que tous ses fans croient connaître. La star qui se donnait à voir et dont tout le monde, s’il s’en donnait la peine, pouvait quasiment suivre sa vie au quotidien, se camouflait derrière ses yeux bleus de fauve. Il scénarisait entièrement son existence afin de cacher sa véritable identité, son inguérissable mal-être.

Le regard de ses fans sur ses yeux bleus, les nombreux sosies qui cachetonnent pour survivre, les groupies qui n’ont cessé de le harceler, les collectionneurs, tous avaient en commun cette fascination hors norme. Fascination qui perdure au-delà de la mort puisque son album posthume s’est vendu le jour de sa sortie à 300.000 exemplaires. Le visage de Johnny, ses postures, ses « looks » où l’on semblait littéralement se perdre pour mieux se retrouver étaient une espèce de filtre et de potion magique, où son regard aux yeux bridés constituait une espèce d’absolu, que chacun aurait aimé consoler, aimer, adorer, sans néanmoins ne pouvoir réellement l’atteindre ou l’abandonner. Comme les auteurs l’écrivent, il était « Un homme sans limite, capable de jouer à la roulette russe après une beuverie, c’est là l’autre facette du Johnny que tout le monde admire et envie depuis des années. Malheureusement, Johnny ne vaut pas mieux que les autres mortels… il reste une âme vagabonde ».

Ame vagabonde qui fait néanmoins chavirer les plus belles femmes, déchaîne les passions, et même après sa mort crée une des plus belles polémiques de ces dernières années.

Homme orchestre, chanteur par moments abandonné, il n’en est pas moins un survivant, se relevant de suicides, de trahisons, de désamours même du public qui un temps ne le suit plus, sa part d’ombre est plus forte que celle de lumière.

Comédien, il aurait voulu être et ne le sera jamais. C’est sans doute sa plus grande déception voire une de ses douleurs. Il rate ses rendez-vous avec les metteurs en scène, devant un micro il irradie, face à la caméra, sa voix est fausse, son jeu est à contre-courant.

Ces phrases de la biographie sont signifiantes :

« Pendant qu’il remplit les salles de concerts, il vide celles du cinéma (…) Sa timidité et son immense amour du cinéma l’ont peut-être bloqué dans son ambition et les réalisateurs, impressionnés par l’aura de l’artiste, sont restés pétrifiés par la peur (…). Il nous reste deux ou trois vrais rôles et quelques scènes (…) ».

Pour reprendre les mots de Roland Barthes dans Mythologies, le mythe est une parole. Johnny est devenu un mythe, et est devenu dans ce jeu sémantique « parole ». Car tout ce qu’il représente est message, communication, rapport verbal à l’autre. Hallyday est un homme qui chante les mots des autres, qui les vit, qui les énonce, qui les fait vibrer.

Il ne faut rien dévoiler de cette biographie riche et forte. Les fans de Hallyday se précipiteront pour l’acheter, les autres qui le connaissent moins, voire peu, y trouveront des révélations et surtout comprendront toute la complexité de la personnalité de cet homme. Elle se dévore, on y découvre un Johnny autre. Mais jamais ce livre n’est complaisant, ni voyeur, ni de parti pris. C’est une biographie réussie, intelligente, nourrie, que je ne peux que vous conseiller parce que nous avons tous en nous quelque chose de Johnny…

 

Félicia-France Doumayrenc

 


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A propos du rédacteur

Félicia-France Doumayrenc

 

Chroniqueuse à Actuallité