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Les Enfants des égouts Chapitre II (et "fin")

Ecrit par Ahmed Yahia Messaoud 29.03.16 dans Nouvelles, La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

Les Enfants des égouts Chapitre II (et

 

J’étais planté là, devant son cadavre fumant, je m’étais retrouvé avec deux Macchabées, un frais, et un autre empestant l’insuffisance de mon crime. Si j’avais enterré le premier, je ne serais pas obligé de trouer la peau à la belle journaliste. J’envisageais d’aller creuser un trou dans le cimetière chrétien abandonné. Personne n’était chrétien en cette période d’Algérie. Les chrétiens, les juifs, les athées, les chiens, les pédés, les lesbiennes… Tout le monde mourait en musulman, même les suicidés on leur faisait la prière. L’ancien cimetière des enfants de Jésus me semblait l’endroit parfait, mieux qu’une benne à ordures qui provoquerait une enquête dans le quartier.

Je regardais la veste bleue dans laquelle était enveloppé le connard de hippie, une veste de mon frère, mon double, je m’appliquais à mettre les deux corps dans la brouette, laissant des souvenirs me remplir le crâne. Mon ombre disparaissait, comme si toutes les lumières étaient éteintes, comme si le monde avait cessé d’exister, comme s’il n’y avait plus rien à regarder, ni personne pour examiner le néant, comme un début de quelque chose, d’une nouvelle ère.

Un épisode me revenait, remontait depuis les profondeurs de ma mémoire, je rentrais chez moi comme toutes les nuits après avoir perdu tout ce que j’avais sur moi en quelques tours de cartes. J’avais les traits d’un jeune fonctionnaire d’Etat qui avait perdu son salaire avant même de le toucher. J’ouvrais la porte, et je traversais la grande chambre vide qui servait jadis de salon rempli de meubles… Je regardais mes murs nus et je pensais à ma collection de toiles que j’avais perdue au jeu, à ma collection de livres que j’avais vendue pour pouvoir jouer et tout perdre. Je voyais les trois as et les deux six, une main qui m’avait pris mon confortable canapé. Il ne me restait plus rien à vendre, absolument rien… Un monde de meubles que j’avais créé, des choses qui remplissaient la pièce par leurs présences, par leurs existences… J’étais libre, et ma liberté servait à créer une maison, à la remplir de mes choix, sans motifs ni raison. Une petite vie qui creusait le néant et le remplissait de matière et de temps, j’étais le petit, l’homme qui tentait d’être un homme, celui qui croyait qu’il pouvait exister pour de vrai, une bonne fois pour toutes, l’homme éprouvant l’homme… Les parties de cartes étaient là pour me montrer que les jeux ne sont jamais faits, que le gagnant n’était jamais gagnant sauf s’il étalait les bonnes cartes sur la table. La partie n’était écrite nulle part, on était toujours là rien que pour l’initier… C’est ainsi que j’avais compris que durant toute ma vie j’essayais d’exister à mesure que le temps s’écoulait, et que j’allais essayer encore et encore d’exister pour le restant de mes jours, essayer de me trouver une peau, d’exister sous forme de quelque chose.

Malheureusement, ou heureusement, l’auteur est mort avant de finir l’histoire.

 

"FIN"

 

Ahmed Yahia Messaoud

 

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