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Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway (trad. François Bon)

Ecrit par Didier Bazy 16.05.12 dans La Une Livres, Les Livres, Aventures, Recensions, Roman, USA, publie.net

Indisponible. Trad USA François Bon. 2012

Ecrivain(s): Ernest Hemingway Edition: publie.net

Le vieil homme et la mer, Ernest Hemingway (trad. François Bon)

 

Évoquer un ouvrage indisponible (sauf pour quelques petits futés, geeks espiègles, militants du libre, partageurs insouciants ou farouches partisans, gentils, disposés à défendre et à illustrer, justement, la cause littéraire) ne relève pas de la gageure mais d’un engagement bien concret à transmettre quelques informations à celles et ceux qui voudront bien se prêter à un jeu dont la légalité rivalise avec la moralité.

La morale rejoint ici le droit en cet appel à la lecture quasi-impossible de la nouvelle traduction de François Bon. Traduire est moins trahir que lire et relire, de près, égrainer pour rassembler, planter pour faire pousser.

« Traduire c’est reprendre un texte comme du gravier, lentement. Par rapport aux autres textes d’Hemingway, presque un travail de statuaire : si peu de mots, et le tournoiement de leurs répétitions, des didascalies qui détourent les phrases comme un vitrail. Le jeu précis de miroitements entre les paroles que le vieil homme dit à haute voix pour le ciel, le poisson ou lui-même, et son monologue intérieur. Le travail comme sur du marbre entre homme et animal, et l’égalité terrible devant mort et destin ».

La dernière partie de pêche, pêche entre la chasse et la communion, de Santiago, qui n’était pas un vieil homme, peut aussi se lire comme une initiation. Pas d’âge pour devenir initié. Et pas d’initiation sans épreuves. Santiago a bu sa coupe d’amertume, la boit et, sans doute, la boira encore et encore, au-delà de la lie, au-delà de l’espadon, au-delà des hommes, par de-delà l’enfant, le jeune témoin, le tiers inclus, personnage conceptuel romanesque au même titre que Joe DiMaggio personnage bien réel, marié à Marilyn Monroe, réelle et mythique. Et le réel déborde toute forme d’imagination. Car il faut imaginer, et lire, et vivre Santiago en chair, os et sang, déjà initié, i.e préalablement vivant. Donc prêt à s’initier, à poursuivre sa ligne de feu sur ces vagues d’eau : des trombes de vie.

C’est ce réel, mieux, ce monde de Santiago, affirmatif et direct, qui détermine ce qui, justement, impressionne le plus : le courage. La générosité et la fermeté indissolublement liées subsument la caractéristique la plus humaine possible, cette singularité universelle qui réfracte tant de spectres lumineux possibles tel le vitrail noté par François Bon.

Le vieil homme devient plus jeune qu’il n’était. La mort est en face. Il faut la traverser. La mer est internelle ; elle est amour et instinct. Achab oui. Sisyphe non. Joie, oui. Tristesse, non. On touche le troisième genre de connaissance, l’affirmation de la vie la plus intense. Au diable le ressentiment, rayée la mauvaise conscience, foin de l’idéal ascétique : Santiago avec Zarathoustra ?

Hemingway n’a pas eu besoin d’étudier Nietzsche. Pas besoin.

 

Didier Bazy


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A propos de l'écrivain

Ernest Hemingway

Ernest Miller Hemingway est le fils d'un dentiste et d'une fille de commerçant. Il est le 2ème de six enfants.
En 1913, il entre au lycée et délaisse la pêche et la chasse pour le sport. En 1916, ses premiers écrits paraissent dans la revue littéraire de l'école.
En 1917, il refuse de suivre des études universitaires et entre comme journaliste au Kansas City Star.
Lorsque la guerre éclate, on refuse son engagement à cause d'un œil défaillant. Il se fait engager par la Croix-Rouge et rejoint le front Il est blessé aux jambes par une explosion de mortier. Essayant de sauver un camarade, il est aussitôt mitraillé. Il parvient quand même au centre de secours.
Il se marie quatre fois : 1921, 1927, 1940, 1946.
En 1922-23, il vient vivre à Paris avec son épouse.
Il prendra position en faveur de la Guerre d'Espagne et devient ami avec A. Malraux.
Durant la 2 ème Guerre Mondiale, il participe au débarquement et à la libération de Paris.
Atteint de diabète et devenant aveugle, il se suicide en 1961.


(Source Babelio)

A propos du rédacteur

Didier Bazy

 

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Co-fondateur de La Soeur de l’Ange (Ed. Hermann)

Co-fondateur de la Cause Littéraire

Editeur du 1er texte de HD Thoreau en Français

– Préfacier chez Pocket (Molière, Corneille)

– Deleuze et de Cuse (Collectif) Aux sources de la pensée de Deleuze. Vrin, 2005) dir : Stéfan Leclercq

– Après nous vivez (G S Editions, 2007)

– Brûle-gueule (Ed Atlantique, 2010) préface de Michel Host

– Thoreau, Ecrits de jeunesse (bilingue. Ed de Londres, 2012) préface de Michel Granger

L’ami de Magellan (Belin Jeunesse, 2013) sélectionné 2014 prix roman historique jeunesse

– Cendres    (Publie.net, 2015)

– Traitements de textes ( Ed. de Londres 2015 )
– Explorateurs, qui êtes vous ? (Ed. Bulles de savon 2016)

Sélection 2018 prix Michel Tournier Jeunesse

– Savants, qui êtes-vous ? ( Ed. Bulles de savon, diff-distr Flammarion )2017

à paraître 2018

– Péguy internel