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Le vertige des falaises, Gilles Paris

Ecrit par Valérie Debieux 11.09.17 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Roman, Plon

Le vertige des falaises, avril 2017, 247 pages, 16,90 €

Ecrivain(s): Gilles Paris Edition: Plon

Le vertige des falaises, Gilles Paris

 

Une Île se séparant progressivement de ses habitants, un huis-clos aux accents de nature sauvage, entouré par une ceinture de hautes falaises. Des parois abruptes qui, parfois, s’effritent et se laissent choir dans le fracas des vagues. Une île que le ferry accoste, de temps à autre, avec à son bord quelques touristes et des marchandises. Des visiteurs qui débarquent, des insulaires qui embarquent. Un chassé-croisé, un peu comme le flux et le reflux des océans. Une terre d’herbes folles balayée par les éléments, traversée par une route et bordée de chemins sinueux. Essaimées sur ces terres, quelques habitations, des bribes de non-dits que le vent a oubliées et des histoires enterrées dans le silence des cœurs et des mémoires.

Et, comme des abeilles affairées autour des premières fleurs du printemps, les habitants, avec pour « reine » la famille de Mortemer, leurs trois générations de femmes, leurs deux décès, le père et le grand-père et, surtout, un lieu important, leur imposante maison en fer et en verre. Peu nombreux les habitants, mais tous chargés de quelques histoires, de quelques secrets, de quelques souffrances et de quelques rêves aussi.

« Mon nom est Marnie de Mortemer. J’ai quatorze ans. Mon pays n’a rien à voir avec celui des Merveilles. Sur un globe terrestre, il n’apparaît pas. Même pas une tête d’épingle ! C’est dire si on est insignifiants. Et pourtant mon Île me ressemble et je ne m’en irai jamais. Nous sommes aussi imprévisibles l’une que l’autre. Nos maisons ont été construites par grand-père Aristide au-dessus des falaises. Prudence et sa fille Jane se sont installées dans la plus petite, une maison sans étage, avec une porte identique à la nôtre, à l’opposé des falaises pour éviter que le vent d’hiver ne les fasse voler en éclats. La mienne s’élève sur deux étages et mène au grenier avec de vieux meubles et des malles remplies de déguisements. Maman, avant de tomber malade, adorait se masquer et nous surprendre au dîner, imprégnant la salle à manger de son parfum d’encens ».

Et là, comme un confident assis sur un banc de pierre, au bord d’un sentier, le lecteur écoute, sans avoir à tendre l’oreille, les confidences des protagonistes, principalement celles de Marnie, chacun livrant sa propre partition avec son propre tempo. Les uns et les autres s’ouvrent, parlent sans détour, ni retenue, ni excès non plus. Peu à peu, une forme de proximité s’installe avec les confessés, la trame se précise, mais, à l’instar des histoires d’Agatha Christie, le voile du mystère ne se dissipera qu’à la fin.

Le vertige des falaises est un magnifique roman, aux tonalités empreintes d’humanité et de gravité, remarquablement construit à la manière d’une trame « hitchcockienne » avec ses jeux de lumière, ses contre-champs et ses changements de profondeur. Une écriture sensible, raffinée, rythmée, avec un art du suspense parfaitement maîtrisé. À découvrir.

 

Valérie Debieux

 


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A propos de l'écrivain

Gilles Paris

Gilles Paris a été attaché de presse, journaliste. Aujourd’hui, il est éditeur. Deux romans à son actif, avant celui ci. Autobiographie d’une courgette a été traduit en 14 langues.


A propos du rédacteur

Valérie Debieux

 

 

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Valérie Debieux a été Directrice adjointe, rédactrice et responsable de la communication sur les réseaux sociaux (septembre 2011-juillet 2014)

Rédactrice et responsable du secteur littérature suisse

Ecrivain et traductrice littéraire née en Suisse en 1970

Membre de l’Association des Amis de Jean Giono: http://www.jeangiono.org/


Le site de Valérie Debieux :

www.lagalerielitteraire.com