Identification

Le tweeteur doux (2)

Ecrit par François Vinsot 24.05.12 dans La Une CED, Ecriture, Ecrits suivis

Feuilleton twitique

Le tweeteur doux (2)

 

J’aimerais tant pouvoir tweeter des cygnes aussi blancs que ceux du lac

 

J’avais essuyé les refus de toutes sortes de lacs et je n’étais pas loin de renoncer lorsque la chance se décida enfin à me sourire : elle apparut sous la forme d’un sentier ombragé qui m’invitait à le suivre, ce que je fis en souriant ; la végétation luxuriante m’empêchait de voir plus d’un pas devant moi mais elle sentait si bon, les insectes dansaient si librement, le soleil était si doux que j’avançais avec confiance ; puis le chemin sembla disparaître sous mes pas et je me retrouvais glissant sur les fesses dans un étrange toboggan qui sentait bon la résine de pin et le thym sauvage. Au bout de mon voyage je fus accueilli tout en douceur par un lit de mousse et un grand silence ; je levais timidement les yeux et je vis devant moi le lac le plus surprenant que l’on puisse imaginer tellement il semblait petit, sauvage et mystérieux.

Sa couleur d’abord, très verte, lui donnait un air de pierre précieuse qui serait devenue eau bruissante au moindre souffle d’air, son odeur était celle de la nature qui l’entourait, sa surface était un miroir sans cadre visible marqué ci et là de traces de chocs et du poids des années. Le spectacle était surprenant mais sans précipitation, le moindre mouvement était un évènement et j’osais à peine bouger, à peine respirer : je me sentais comme un intrus venant d’un autre monde, à la fois balourd et léger comme s’il m’avait suffi d’éloigner légèrement les bras de mon corps pour m’envoler dans la fragilité du jour. J’étais encore profondément enfoui dans mes rêveries lorsqu’une voix semblant venir du lac lui-même me dit : « Bienvenue chez nous, étrange étranger ».

La voix était douce, je l’écoutais avec plaisir : « On me rend trop rarement une vraie visite et je suis vraiment touché que vous ayez bien voulu glisser jusqu’à moi ». « Je vous en prie », répondis-je tout bas d’une voix nouée par l’émotion. « Dénouez donc votre voix, vous êtes ici chez vous mais » poursuivit le lac, « avez-vous le temps ? ». Le silence s’installa ; je compris qu’une réponse était réellement attendue et je m’entendis dire du fond cœur, détendu, libéré, soulagé et d’une douceur qui ne me ressemblait pas souvent : « Oui, cher ami, j’ai le temps, vraiment le temps, tout le temps qu’il faudra » ; j’avais à peine fini de prononcer ces mots que je sentis mes paupières tomber lentement sur mes yeux comme des ailes de libellules, je vis le jour s’assombrir, ma tête devenir aussi légère qu’un ballon rouge et je perdis la connaissance du monde telle que je n’avais cessé de la construire jusque là.

 

Francois Vinsot





  • Vu : 4403

Réseaux Sociaux

A propos du rédacteur

François Vinsot

Lire tous les textes de François Vinsot

 

Rédacteur


Ancien journaliste vivant dans un endroit calme

 

https://francoisvinsot.wordpress.com