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Le Polygame solitaire, Brady Udall

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 21.04.11 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Roman, USA, Albin Michel

Le Polygame solitaire, mars 2011, 738 p., 24€

Ecrivain(s): Brady Udall Edition: Albin Michel

Le Polygame solitaire, Brady Udall

Le Polygame solitaire est sans doute l’un des meilleurs romans de ce début d’année. Son humour est détonant. Son propos associe récit d’aventures et peinture d’une certaine vie de famille en un cocktail incongru et diablement réussi. Le tour de force de ce roman fleuve, rocambolesque et pathétique à la fois, est de ne jamais tomber dans une caricature facile. On ne trouvera pas ici les clichés attendus autour des mormons et autres « polyg ». Certes, le personnage principal, Golden Richards, « apôtre de Dieu », est bel et bien un polygame de 40 ans, marié à quatre sœurs-épouses et père de 28 enfants. Il est même pressenti pour être Le Puissant et Fort, summum de la consécration dans l’Eglise-de-Jésus-Christ-des-Saints-des-Derniers-Jours.

Or, qu’arrive-t-il lorsqu’un tel homme, fort de son attitude exemplaire et du soutien de sa communauté se voit confier la construction d’un nouveau bordel, voisin du non moins réputé Pussycat Manor et que de surcroît, il trouve le moyen de tomber amoureux d’une sensuelle inconnue, en réalité femme légitime du patron du bordel susnommé, homme fort susceptible ; et se retrouve alors pourchassé par des hommes de main patibulaires et une cohorte d’épouses méfiantes ? On attend un vaudeville, Brady Udall déclenche un cataclysme, un vrai, de ceux qui entraînent une remise en question complète.

Car pour la première fois, Golden Richards contrevient aux règles du « Principe », et par là même, découvre ce que c’est de mentir, de vivre, de désirer, d’aimer librement. Comment se sortira-t-il de cet imbroglio amoureux et familial sur fond crépusculaire d’essais nucléaires pratiqués dans la région sous le doux nom de Roy ?

En parallèle aux tribulations de cet antihéros, on découvre et on suit avec intérêt les rebondissements du parcours de toute une série de personnages attachants et insolites, au sein d’une communauté régie par des traditions et des mœurs surprenantes. Ainsi la dernière femme, Trish, incapable d’agrandir la famille et de se soumettre aux codes de la vie collective. Et surtout, Rusty, enfant numéro 5 de la mère numéro 3, pervers polymorphe de onze ans et rejeton rejeté à l’unanimité par l’ensemble de la famille, qui tente par tous les moyens d’être reconnu comme un individu à part. On plonge avec délices dans les multiples plans et élucubrations inventés par ce drôle de bonhomme, fan absolu de disco et d’Amoureuse d’un brigand.

Car, dans cet univers clos, femmes et enfants lisent en cachette des romans Arlequin pour y découvrir le monde extérieur et défouler des tensions sexuelles frustrées de partenaire. Car pour les femmes-épouses, la vie n’est que sacrifice, compromis et attente. Attente d’un rendez-vous avec l’époux, longuement négocié, préparé. Et pour les adolescents, la sensualité est bannie jusqu’au mariage.

La souffrance du deuil, la difficulté d’être parent et d’être enfant sont abordés avec une grande finesse dans ce roman où tout le monde attend : un père, une mère, un mari, la reconnaissance, de l’espoir... Ainsi, de père en fils se transmet la solitude, l’attente derrière une fenêtre, sorte d’inversion du rôle de la princesse dans sa tour attendant d’être délivrée ; attente de trouver enfin un père à la hauteur. Or, chacun d’eux devra comprendre qu’il doit se libérer par ses propres moyens. Se libérer d’une culpabilité longtemps refoulée ou du poids dictatorial des adultes.

Golden, le père, incapable de jouer le rôle de patriarche que tous attendent de lui, sombre dans la passivité. Ses questionnements donnent lieu à plusieurs flashs-back truculents : « Comment un garçon timide et solitaire natif d’un coin perdu de Louisiane devient-il un apôtre de Dieu, un mormon fondamentaliste » ? Comment peut-on aimer un gamin parmi une foule d’autres gamins réclamant tous la même attention ? Comment être une famille heureuse ?

 

Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Brady Udall

Brady Udall grandit dans la petite ville américaine de Saint Johns, en Arizona, au sein d’une famille nombreuse de mormons.

Il se consacre très jeune à l’écriture, remportant, à douze ans, un concours de poésie. Diplômé de l’université Brigham Young, il enseigne l’anglais au Brésil, puis en Corée, avant de rentrer aux États-Unis où il suit les cours de créativité littéraire du prestigieux Iowa Writer's Workshop de l’université de l’Iowa.

Quelques-unes de ses nouvelles sont publiées dans des magazines spécialisés américains. En 1998, son premier recueil d’histoires courtes, Lâchons les chiens, est salué comme une révélation par des critiques enthousiastes. Le Franklin and Marshall College (Pennsylvanie) lui propose alors un poste d’enseignant en littérature, qu’il accepte. Son premier roman, Le Destin miraculeux d’Edgar Mint, paraît en 2001 et le propulse au rang des meilleurs jeunes auteurs américains de sa génération. Son œuvre est comparée à celle de Dickens ou de John Irving, son style à celui de Raymond Carver.

Prenant leur source dans les contrées les plus reculées du Middle West, ses histoires vibrent sur une corde raide, constamment tendue entre l’humour et les drames les plus sombres.

L’écrivain William Kittredge dit de lui : « Une nouvelle génération d’écrivains commence à émerger et Brady Udall compte parmi les meilleurs d’entre eux. Un mec sensationnel, comme il dirait. »

 

(Source Wikipédia)

A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Membre du comité de rédaction

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.