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Le mécanicien des roses, Hamid Ziarati

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 19.07.11 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Bassin méditerranéen, Editions, Roman, Thierry Magnier

Le Mécanicien des roses, traduit de l’italien par Marguerite Pozzoli, 2011, 366 p. 22 €.

Ecrivain(s): Hamid Ziarati Edition: Thierry Magnier

Le mécanicien des roses, Hamid Ziarati


Une fois n’est pas coutume, taisons-nous et ouvrons le livre à la première page. Savourons.

« Le village était éclairé par une lune bossue de printemps, affaissée sur un nuage solitaire.

Les tziganes, appuyés à la charrette, jouaient de leurs instruments. Un chant résonnait, tantôt triste pour célébrer un amour douloureux, tantôt joyeux pour fêter un amour éclos et réciproque.

Zoleikha virevoltait autour des feux de joie, insouciante à la présence des fidèles, telle une phalène amoureuse de sa mortelle bougie ».

Dès les premiers mots, ce roman agit tel un envoûtement, offrant l’une après l’autre ses circonvolutions poétiques. Sa force est d’employer les ressorts du conte, gracieux mais emplis de force et de sagacité, pour dire les réalités d’un pays blessé. D’une époque à l’autre, on y a sabré les droits des hommes et nié les femmes, bafoué la beauté et gâché la douceur de vivre. Hamid Ziarati expose, avec justesse et pudeur, le destin de cinq personnages, liés, tels les surgeons des roses à la racine mère, dans une fresque où l’Iran se dérobe et se démasque à chaque page.

En premier s’avance Akbar, le patriarche, chef dévot d’une tribu des marges du désert, « mécanicien des roses ». Le destin lui offre, à la mort de son fils nouveau-né, un autre enfant, fils de son frère et de la tzigane Zoleikha, qu’il fait passer pour le sien. Khodadad, le miraculé, second héros, grandit choyé et doté de toutes les qualités. Mais l’adolescent veut explorer le vaste monde avec son cousin Reza. Splendeurs et illusions de deux gamins à la ville. Le roman se penche sur Donya, petite fille heureuse dans une riche famille, qui est vendue et placée comme servante à la ruine de son père. Ses amours avec le fils du patron la conduisent à un mariage forcé avec Reza que l’on avait quitté adolescent. Mahtab, leur fille, fera éclore entre eux un amour longtemps rendu impossible par les fantômes du passé. On suit alors cette dernière dans sa vie d’étudiante. Promise à Kianush, étudiant rebelle, Mahtab subit le harcèlement des Gardiens de la Révolution jusqu’à une fin cruelle. Le roman se clôt sur la partie consacrée à Laleh. De son lit d’hôpital, elle revit son amour pour Reza, le client adoré, pour lequel elle s’est toujours effacée, laissant la place libre à sa femme et à sa fille. Laleh, émancipée, s’est consacrée à l’inhumation des femmes réprouvées. C’est elle qui rendra sa dignité au corps sans vie de Mahtab que lui a confié Reza.

« Il n’existe aucun mot, dans aucune langue, pour définir une telle perte, pour un père. Cette forme empaquetée de blanc, comme une jeune mariée, est le fardeau le plus lourd à porter. Elle est ce que Reza aime le plus au monde. Aucune femme n’a jamais été à sa hauteur. Même elle, et elle le sait. Elle sait aussi que c’est Mahtab qui lui a ramené Reza, pour qu’elle prenne soin de lui. Elle la remercie à voix basse. Elle écoute le bruit rythmé des pelletées de terre avec lesquelles ils remplissent la tombe. Elle contemple le ciel étoilé. Il est toujours identique à lui-même, celui-là, imperturbable. Et la lune ? Elle la regarde. Elle est parfaite, c’est la pleine lune. Entourée d’un halo rouge sang. Il la lui avait décrite ainsi, Reza : elle était née à la clarté de la lune ».

Dans ce deuxième roman, Hamid Ziarati confirme un talent rare de conteur et de magicien des mots. A la douceur des dattes, il sait joindre l’amertume de l’amande. Sa prose demande à être relue, goûtée ; son ouvrage demande à être recomposé, retissé afin de tendre et de relier tous les fils qui viennent s’y rejoindre.


Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Hamid Ziarati

Hamid Ziarati, romancier italo-iranien. Né à Téhéran en 1966, il quitte l’Iran en 1981 pour échapper au service militaire. Il devient ingénieur. Salam, Maman est son premier roman (2006).

 


A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.