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Le journal malgré lui de Henry K. Larsen, Susin Nielsen

Ecrit par Laurie Nallet 26.05.15 dans La Une Livres, Les Livres, Critiques, Canada anglophone, Jeunesse, Editions Hélium

Le journal malgré lui de Henry K. Larsen, trad. de l’anglais (Canada) par Valérie Le Plouhinec, 248 p. 14,50 €

Ecrivain(s): Susin Nielsen Edition: Editions Hélium

Le journal malgré lui de Henry K. Larsen, Susin Nielsen

 

Après la tragédie qui a frappé sa famille, Henry, treize ans, a déménagé sur l’île de Vancouver avec son père. Un père qui prend des bières accompagnées de Prozac, à l’apéritif, et qui tient le choc tant bien que mal. Le garçon mange de la pizza tous les soirs devant les matchs de catch – sa grande passion –, sa chambre sent le curry à cause de Monsieur Atappatu le voisin un peu trop collant de l’appartement d’à côté, ses nuits sont gâchées par de terribles cauchemars, et sa mère pleure à chaque fois qu’elle lui téléphone. Ah oui, aussi, Henry est obligé de consulter un psychologue ringard qui porte un chouchou et avec qui il est incapable d’aborder frontalement ce qu’il vient de vivre. Alors il fait le robot : « Nous n’avons pas encore parlé de ÇA. Il essaie de m’y amener l’air de rien. Il me pose parfois des questions orientées. Mais quand il le fait je prends ma voix de robot pour lui répondre. “Je-ne-sais-pas. De-quoi-vous-parlez. Espèce-d’humanoïde” ».

Finalement le garçon suit les conseils du psy et commence à tenir un journal. D’où le sous-titre du roman : « (écrit uniquement parce que mon psy y tient, mais franchement c’est moisi) ».

On découvre la vérité sur ÇA, en même temps qu’Henry parvient à l’exprimer. Il s’agit d’une histoire de harcèlement qui se termine par un meurtre et un suicide. Le drame rappelle douloureusement certains faits divers contemporains, mais pourtant, aucune lourdeur ni brutalité dans ce roman mené avec un humour bien dosé, qui ne fait pas l’économie d’une souffrance terrible, mais qui insuffle une gaieté salutaire au récit. On rit toujours beaucoup en lisant du Susin Nielsen et on jubile devant son écriture oralisée très proche du langage adolescent sans être caricaturale.

« Treize ans et je suis encore un pygmée »

Dans son nouveau collège, Henry est l’archétype du petit gros brutalisé par les caïds de l’établissement. Forcément solitaire, il se fait approcher par une joyeuse bande de nerds parmi laquelle on retrouve le héros de Moi Ambrose roi du scrabble, et Fairley Wong, futur meilleur ami d’Henry, qui a la caractéristique de porter ses pantalons remontés jusque sous les bras et dont la fréquentation est à coup sûr un « hara-kiri social ». Tant pis, il accepte les seules amitiés que la vie lui offre, et participe, au début sans enthousiasme, aux délirantes parties de « Que le meilleur gagne » – sorte de « Questions pour un champion » – à la pause déjeuner.

Au fil de l’histoire, le quotidien d’Henry prend des couleurs. On peut vivre une adolescence normale, se faire une bande de copains, tomber amoureux d’une fille qui porte des Doc Martens violettes et un piercing dans le nez, même quand on traîne son passé comme on traîne un fardeau.

Susin Nielsen a la précieuse faculté de porter des voix adolescentes de manière juste et authentique, en dosant habilement réalité crue et intelligence du propos, et en teintant délicieusement de loufoquerie l’existence bien compliquée de ses personnages. Difficile de ne pas s’attacher à Henry, habité par une autodérision ravageuse et un chagrin trop fort pour lui tout seul. On l’accompagne avec émotion dans sa petite vie d’ado décalé à la conquête d’une vie qui continue.

« Je ne vais pas te mentir Henry. Certaines idées noires ne s’en vont jamais.

– Ouah super. Merci. Vraiment.

– Tu préférerais que je te mente ?

J’y ai réfléchi un instant

– Non je suppose que non

– Je voulais juste que tu saches que tu n’es pas tout seul »

Roman à partir de 13 ans

 

Laurie Nallet

 


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A propos de l'écrivain

Susin Nielsen

 

Susin Nielsen fait partie de la nouvelle génération d’auteurs canadiens pour la jeunesse. Elle a écrit plusieurs romans et travaille aussi pour la télévision. Elle vit à Vancouver.

 

A propos du rédacteur

Laurie Nallet

 

Laurie Nallet Vit à Paris et travaille à la médiathèque d’Ivry.