Identification

Le droit chemin, David Homel

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 28.09.11 dans La Une Livres, Actes Sud, Les Livres, Recensions, Roman, USA

Le droit chemin, traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Sophie Voillot, Mars 2011. 404 pages, 23 €.

Ecrivain(s): David Homel Edition: Actes Sud

Le droit chemin, David Homel

 

Montréal aujourd’hui. L’universitaire Ben Allan est en pleine crise de la cinquantaine. Il vient de gagner un prix pour une étude confidentielle consacrée à la dromomanie ou besoin de fuite, de prendre la route d’une catégorie d’hystériques au masculin. Son fils Tony le met en déroute malgré ses tentatives pour nouer le contact via la télévision. Sa femme Laura semble s’échapper et ne le comprend pas. C’est pourtant avec elle qu’il veut entamer une liaison et non avec cette jeune chargée de communication de la faculté, Carla McWatts qui le poursuit de son charme vénéneux. Mais la tentation ne le quitte pas et ce désir non assouvi est l’une des surprises et des réussites du livre.

Pour tenter de démêler cet écheveau inextricable qu’est devenue sa vie, Ben s’occupe de son père, un personnage haut en couleurs. « – Un jour, tu me remercieras de t’avoir donné une enfance malheureuse, promit-il à son fils. Ça te fera un sujet de livre ». Le vieux Morris est un juif de Chicago irascible, libidineux, transplanté au Québec pour entrer dans une maison de retraite où il sème la pagaille. Sa tirade lancée à un groupe de Juifs hassidim est un morceau d’anthologie. Ce personnage se révèle exceptionnel de cruauté, de drôlerie et de bon sens.

« Morris Allan finit par poser son journal. L’examen des notices nécrologiques lui avait appris qu’il n’était pas mort. C’était une vieille blague qu’il aimait se répéter et dont il ne se lassait jamais : lire les noms d’inconnus qui avaient renoncé au combat avant lui ».


La peinture de l’univers universitaire rappelle Le Déclin de l’empire américain de Denys Arcand (1986), ses coucheries et le fossé entre les visions masculine et féminine. Son collègue et meilleur ami Willis Barnstable, infatigable Don Juan exhorte Ben à succomber aux délices de l’adultère. Mais Ben se contente de veiller tant bien que mal sur Carla qui est atteinte d’une sorte de dédoublement de personnalité : c’est sous l’identité d’une sœur virtuelle qu’elle peint des corps de femme violentés, dérangeants. Internée en clinique, elle est livrée aux bons soins du docteur Albanna, tout aussi fou que les fous qu’il prétend suivre. A travers ces tableaux et ces poupées, folie et troubles de l’identité viennent interroger le rapport du créateur à son art.

Roman de l’intime, de l’ennui, Le droit chemin se démarque des précédents romans de l’écrivain. L’intrigue quitte les grands conflits politiques et se fixe dans la ville de résidence de l’écrivain. Montréal, ville calme et sage, y révèle plus de complexité qu’on ne pourrait penser. L’absence de rideaux aux fenêtres n’empêche pas les habitants de souffrir et de se livrer à des jeux dangereux. David Homel explore dans ce roman le deuil, les relations père-fils, le couple comme source inépuisable de mystère, avec cet humour ravageur dont il est coutumier. La scène dans la cuisine où Ben joue avec les dinosaures abandonnés par son fils, concentre cet art de l’ironie et cette faculté de montrer à la fois l’humanité et le désarroi du personnage.


« Par contre, il avait vraiment besoin d’aide. Cela, il l’avait fort bien compris. Ne se trouvait-il pas, en pleine nuit, entouré de preuves de tous côtés ? Dans sa main droite, un lionceau en peluche au visage irrésistiblement sympathique, une petite étiquette cousue au bout de la queue : conception italienne, fabriqué en Indonésie. Sur le comptoir de la cuisine, deux dinosaures formant un tandem de thérapeutes du dimanche. Dans le coffre de sa voiture, un tableau enveloppé dans un sac poubelle vert, comme un cadavre dans un film de mafiosi ».


Myriam Bendhif-Syllas


  • Vu : 2563

Réseaux Sociaux

A propos de l'écrivain

David Homel

David Homel est né à Chicago en 1952 et vit à Montréal depuis 20 ans. Journaliste et traducteur (Dany Laferrière, Daniel Pennac, Monique Proulx), il a écrit cinq romans dont L’Analyste (2003).

 


A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

Lire tous les articles de Myriam Bendhif-Syllas

 

Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.