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Le Diable chuchotait, Miyabe Miyuki

Ecrit par Léon-Marc Levy 31.05.12 dans La Une Livres, Recensions, Les Livres, Japon, Roman, Polars, Philippe Picquier

Le diable chuchotait. Trad. Japon par Myriam Dartois-Ako. Avril 2012. 371 p. 19,80 €

Ecrivain(s): Miyabe Miyuki Edition: Philippe Picquier

Le Diable chuchotait, Miyabe Miyuki

Ce livre est étonnamment attachant.

Commençons par attachant. Le héros, Mamoru Kusaka, le personnage qui mène la délicate enquête, est un jeune garçon de 16 ans ! La vie ne l’a pas épargné – déjà – et sa malice, son obstination, sa gentillesse composent un personnage sympathique et peu commun. L’histoire est surprenante et la solution de l’énigme plus encore. L’écriture enfin, légère, fluide, nerveuse, offre une lecture agréable et captivante de bout en bout.

Etonnamment maintenant. Le début du livre, très violent et sombre, nous laisse augurer une lecture tendue dans un univers glauque. On s’attend à un thriller sanglant. Qu’on en juge :

« Le lecteur ne sait pas non plus que les membres de l’identité judiciaire ont ramassé à la main le cerveau de Fumie Katö éparpillé sur le sol et l’ont rangé dans un sac en plastique »

« … la tête de la jeune femme, retrouvée en dernier, était tombée dans un bruit humide de l’attelage entre les première et deuxième voitures quand le train avait fait lentement marche arrière, ce que le lecteur ignore également. Il ne sait pas non plus qu’à ce moment les yeux d’Atsuko Mita étaient grand ouverts, tout noirs. »

Eh bien il n’en est rien ! Très vite, l’auteur nous glisse dans un monde où l’esthétique et les thématiques « manga » s’imposent, bâtissant ainsi un univers plus léger, des passages entiers presque d’aventure-jeunesse, et en fin de compte un livre plutôt divertissant et touchant qu’un thriller. Mamoru est lycéen et son univers lycéen semble droit sorti d’une BD ou d’un dessin animé japonais : amours adolescentes, basket, rivalités de bandes, mélange étroit de traditions nippones et de transgressions « modernes ». Manga, cet univers ambigu où s’entrecroisent sans cesse le sadisme et la bonté, l’horreur et la beauté. Un univers dont on peut voir les traces séculaires dans la tradition samouraï ou chez Mishima.

L’action, construite autour de la mort des plus étranges de trois jeunes femmes, nous mène dans un univers urbain – Tokyo – dont la brutalité apparaît d’autant plus que le petit héros est issu de province.

 

«  A Tokyo, Mamoru avait vu pour la première fois des canaux dont le cours était retenu, rectifié, bridé par du béton solide. A Hirakawa, les rivières coulaient librement à un niveau plus bas que celui des humains, elles étaient vivantes, elles s’affirmaient. Mais les canaux de Tokyo, eux, étaient ternes et semblaient parfaitement s’accommoder de leur domestication. »


Univers manga, cela veut dire aussi un monde manichéen. Ce livre s’y laisse aller avec une sorte de délectation : les personnages sont cruels ou incroyablement généreux et bons. Et nous on se laisse porter jusqu’au bout du mystère avec plaisir. Une lecture récréative, presqu’un roman d’été déjà.

 

Léon-Marc Levy


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A propos de l'écrivain

Miyabe Miyuki

Née en1960 à Tokyo, MIYABE Miyuki est une auteure populaire au Japon, son répertoire est assez étendu : Cela va de la science-fiction au thriller, en passant du roman historique aux romans pour les adolescents.

MIYABE commence à écrire des romans à l'âge de 23 ans. Elle est une auteure prolifique, publiant des dizaines de romans au Japon. Elle remporte de nombreux prix littéraires, dont le Prix Yamamoto Shūgorō en 1993 et le prix Naoki en 1998.

A propos du rédacteur

Léon-Marc Levy

 

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Directeur du Magazine

Agrégé de Lettres Modernes

Maître en philosophie

Auteur de "USA 1" aux éditions de Londres

Domaines : anglo-saxon, italien, israélien, maghrébin

Genres : romans, nouvelles, essais

Maisons d’édition principales : Rivages, L’Olivier, Joëlle losfeld, Gallimard, Seuil