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La vie, Régis de Sá Moreira

Ecrit par Victoire NGuyen 14.10.12 dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Roman, Au Diable Vauvert

La vie, 22 août 2012, 123 p. 15 €

Ecrivain(s): Régis de Sá Moreira Edition: Au Diable Vauvert

La vie, Régis de Sá Moreira

La vie ou une course de relais

 

C’est un récit intéressant car la trame romanesque et la structure narrative de ce roman procèdent d’une conception originale de la balle bondissante. En effet, La vie s’ouvre sur un « je » qui rit de la posture d’un passant « Je suis sorti de chez moi à huit heures, j’ai marché au lieu de prendre le métro, je me suis marré en croisant un homme qui portait une télé… ». Et c’est l’ouverture. Le rideau se lève.

Comme une course de relais, les trois points de suspension permettent à cette « victime » de prendre sa revanche, de rebondir sur cette opportunité offerte par le personnage, et par ricochet par l’auteur lui-même, de poursuivre le flux de sa pensée et d’ouvrir la voie à un autre passant pris au piège au hasard des rencontres et des tribulations de la vie. D’ailleurs, ce roman n’a t-il pas pour titre La vie ? Ces deux mots résument toute une dimension philosophique et métaphysique. Car qui peut définir ce qu’est la vie ? Depuis Platon jusqu’à Aristote en passant par Descartes, pour ne pas inviter Lao Tseu ou Averroès à la fête, aucun de ces philosophes ne peut donner une approche au plus près de la vérité de ce concept qu’est la vie.

Régis de Sá Moreira ne prétend pas la connaître. Cependant, il pense que le lecteur quêteur peut l’attraper dans ses filets tel un papillon précieux pour peu qu’il veuille devenir un patient promeneur guetteur. Aussi invite-t-il ce dernier à une promenade, à une errance à travers les rues, les lieux habituels en suivant chaque personnage ou figurant de cette fresque humaine. On glisse d’une pensée à une autre. On écoute ces pensées se cristalliser en phrase inaudible puisqu’elle est uniquement pour soi. On poursuit ce jeu de piste et entre en connexion avec ce réseau gigantesque de la Pensée qui bruisse, de la Pensée qui crie et qui vit. Descartes disait « Cogito, ergo sum ». Ainsi, donc se pourrait-il que la vie se résume à cette équation ? Se pourrait-il que la pensée soit la manifestation intrinsèque de l’existence ? Le penser se fait Verbe et le Verbe devient action. Si la nature a horreur de vide, la vie a horreur du silence. Non le silence de la méditation et de la réflexion. Non, pas celui-là mais celui qui vient du rien, du terrifiant nihil latin. Celui qui n’engendre rien. Celui de l’encéphalogramme plat. Celui de la mort cérébrale. La vie c’est avant tout une pensée en action. Autrement dit une pensée qui s’incarne dans une action. Une pensée qui bannit le doute. Et c’est pourquoi, l’ouverture du roman commence par un rire et s’achève sur le rire cristallin, magistral d’une femme qui se surprend à penser.

« J’étais dans ma cuisine, c’était pas la joie, un dimanche soir après un week-end de merde, et à un moment j’ai dit quelque chose qui m’a fait éclater de rire. Ça avait déjà dû m’arriver avant mais je n’y avais jamais prêté attention, tandis que là ça a été comme une illumination. Il y avait quelqu’un avec moi, ce quelqu’un venait de me faire rire et ce quelqu’un, c’était moi ».

Je est donc bien un autre. Mais cet « autre » n’est pas pathogène. Cet « autre » c’est la pensée qui se rit d’elle-même, balayant le doute et faisant avancer la vie de gré ou de force. Et c’est en cela que le livre de Régis de Sá Moreira est méritant, même si pour un esprit espiègle et boudeur cette construction en spirale interdit l’introspection des personnages et l’étude de leur psychologie en profondeur.

 

Victoire Nguyen


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A propos de l'écrivain

Régis de Sá Moreira

 

Régis de Sá Moreira est né en 1973, il vit aujourd’hui à New York. Il est l’auteur de Pas de temps à perdre. Il est lauréat du Prix Le Livre en 2002. Il a ensuite écrit Zéro tués, Le libraire et Mari et femme. Tous ses romans sont parus Au diable Vauvert. La vie est donc son dernier roman paru en Août 2012.

 

A propos du rédacteur

Victoire NGuyen

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Un peu de moi…

Je suis née au Viêtnam en 1972 (le 08 Mars). Je suis arrivée en France en 1982.

Ma formation

J’ai obtenu un Doctorat es Lettres et Sciences Humaines en 2004. J’ai participé à des séminaires, colloques et conférences. J’ai déjà produit des articles et ai été de 1998 – 2002 responsable de recherche  en littérature vietnamienne dans mon université.

Mon parcours professionnel

Depuis 2001 : Je suis formatrice consultante en communication dans le secteur privé. Je suis aussi enseignante à l’IUT de Limoges. J’enseigne aussi à l’étranger.

J'ai une passion pour la littérature asiatique, celle de mon pays mais particulièrement celle du Japon d’avant guerre. Je suis très admirative du travail de Kawabata. J’ai eu l’occasion de le lire dans la traduction vietnamienne. Aujourd’hui je suis assez familière avec ses œuvres. J’ai déjà publié des chroniques sur une de ses œuvres Le maître ou le tournoi de go. J’ai aussi écrit une critique à l’endroit de sa correspondance (Correspondance 1945-1970) avec Mishima, auteur pour lequel j’ai aussi de la sympathie.