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La rentrée littéraire

Rue Darwin, Boualem Sansal

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Jeudi, 08 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Maghreb, Gallimard

Rue Darwin, 2011, 255 p., 17,50€ . Ecrivain(s): Boualem Sansal Edition: Gallimard

Après le magistral Village de l’Allemand, Boualem Sansal réinterroge les fantômes de l’Algérie, en tissant une toile nouvelle à partir de fils narratifs qui lui sont chers : la fraternité et les relations familiales, l’exil, le renoncement, les identités…

Yazid, le narrateur, retrouve sa fratrie à Paris où leur mère se meurt d’un cancer. Les différences entre eux les submergent : chaque enfant est parti à la conquête d’un continent et d’un univers professionnel d’exception, à l’exception de Yazid qui vit d’un travail obscur tout en se dévouant à leur mère malade en Algérie. Ceux qui partent et celui qui reste, ceux qui conquièrent l’avenir et celui qui veille sur le passé.

Une injonction « Va, retourne à la rue Darwin » amène le personnage à se retourner sur ce passé brumeux, refoulé, où il fut un enfant tiraillé, désiré et happé par plusieurs figures féminines en guerre les unes contre les autres.

« Enfant de la guerre ne sait de quoi il est fait, de grandes vérités fondatrices ou de perfides et lamentables complots. Je n’ignore pas seulement mes origines, qui est mon père et qui est ma mère, qui sont mes frères et mes sœurs, mais aussi quel monde est ma terre et quelle véritable histoire a nourri mon esprit.

Là aussi, il faut tout reprendre ».

Un avenir, Véronique Bizot

Ecrit par Yann Suty , le Jeudi, 08 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Actes Sud

Un avenir, 120 pages, 16 € . Ecrivain(s): Véronique Bizot Edition: Actes Sud

Paul reçoit une lettre de son frère jumeau Odd lui annonçant qu’il part pour un temps indéterminé. Il lui demande de vérifier si le robinet de la grande maison familiale de 20 pièces qu’il vient de quitter a bien été purgé, il doute de l’avoir fait.

Paul fait les 300 km qui le séparent de chez lui pour constater que tout va bien. Il se demande si son frère ne l’a pas plutôt fait venir pour qu’il se rende compte par lui-même de l’accablement physique et mental qui pouvait être le sien dans ce décor.

Il ne peut plus repartir. Il se retrouve bloqué par la neige et doit passer la nuit, puis plusieurs jours, dans la maison glaciale, sans eau, alors qu’il souffre d’un rhume carabiné.

Ce séjour forcé sera pour lui l’occasion de raviver des souvenirs. Mais ce n’est qu’un livre de souvenirs, de digressions, où finalement l’intrigue de départ est très ténue. On aurait aimé qu’elle soit plus creusée, mais Paul ne s’intéresse pas à sa vie, ou il fait exprès de s’en détourner, de se concentrer sur le souvenir d’un voisin, d’une situation, sur des choses plus futiles les unes que les autres, pour ne pas avoir à regarder sa vie en face. Comme une fuite en avant.

Deux jeunes artistes au chômage, Cyrille Martinez

, le Mercredi, 07 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Buchet-Chastel

Deux jeunes artistes au chômage, Buchet-Chastel (Qui Vive), août 2011. 128p. 15€ . Ecrivain(s): Cyrille Martinez Edition: Buchet-Chastel


Des couleurs percutantes, un titre qui interroge, l’objet éveille la curiosité.

Le roman s’ouvre sur la description d’une ville imaginaire, New York New York, ville de création s’il en est, érigeant plus que les autres la littérature en Art, art qui prend New York New York pour objet, pour sujet, pour décor et pour personnage. Bientôt, la ville propose un Quartier des écrivains, où résider en donne le statut, mais dont l’entrée est réservée à ceux qui ont déjà le statut, tandis que s’engage une lutte entre écrivains et non-écrivains et que se pose la question de la place de la poésie dans la littérature.

Entrent alors en scène Andy et John, fils de parents non pas nés mais devenus new yorkais new yorkais.

Voyage au bout de la névrose : Une nuit à Reykjavik de Brina Svit

Ecrit par Elena-Brandusa Steiciuc , le Mardi, 06 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Pays nordiques, Roman, Gallimard

Une nuit à Reykjavík de Brina Svit (Ed. Gallimard, 2011, 167 p.)

Une femme en crise attend un homme qu’elle paie pour passer une nuit ensemble, une seule nuit, sur une île en crise. En Islande, à Reykjavík, où la nuit commence l’après-midi et ne se termine que le lendemain à 11 heures, Lisbeth Sorel donne rendez-vous à Eduardo Ros. C’est un Argentin rencontré par hasard dans une milonga de Buenos Aires, où cet homme, plus jeune qu’elle, gagne sa vie comme partenaire de tango pour les dames riches.

On pourrait s’attendre à un roman où les scènes érotiques se succèdent dans un rythme affolant, à une rencontre pleine de passion entre le jeune macho sud-américain et la Française encore belle et désirable, qui sait – quand elle le veut – mettre en valeur ses charmes.

Or, il n’en est rien de tout cela dans ce roman dont le syntagme du titre n’est qu’un prétexte pour donner à l’héroïne l’occasion de revisiter un passé douloureux, marqué par la mort récente de sa sœur cadette, Lucie, photographe d’art, dont elle partage non seulement les initiales, mais aussi – à un moment de leur existence – l’homme aimé.

Comme une ombre, Michel Schneider

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas , le Mardi, 06 Septembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Roman, Grasset

Comme une ombre, 2011, 329 p., 20€ . Ecrivain(s): Michel Schneider Edition: Grasset


Michel Schneider nous offre une histoire crépusculaire sur fond de guerre d’Algérie. Deux frères liés pour le meilleur et surtout pour le pire, leurs destins entremêlés jusque dans la trame du récit. Michel, le cadet, a vécu dans l’ombre de Bernard de huit ans son aîné. Le roman fait alterner deux temps : l’enfance et la vie des deux frères dans les années 50 et 60 et l’enquête menée par Michel pour son projet d’écrire un livre sur Bernard, projet initié par la lettre envoyée par L., qui fut successivement la maîtresse des deux frères et qui donnera sa propre version de l’histoire. Trois voies-voix s’offrent ainsi pour tenter de cerner qui était Bernard.

Nos deux faux frères grandissent dans une famille de la grande bourgeoisie déchue, entre une mère indifférente et un père homosexuel vite disparu et une cohorte de frères et sœurs. Bernard aime et fait souffrir Michel, lui ouvre les yeux sur les amours de cinéma et le mystère des femmes, lui prête ses disques et distribue allégrement taloches et remarques acides. « Quoi de plus proche qu’un frère ? On a subi les mêmes parents. Quoi de plus lointain ? On a vécu la même histoire sans pouvoir s’en parler ».