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La rentrée littéraire

Avez-vous l'adresse du paradis ?, François Bott

Ecrit par Anne Morin , le Lundi, 27 Août 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Le Cherche-Midi

Avez-vous l’adresse du paradis ? 115 pages, 12,90 € . Ecrivain(s): François Bott Edition: Le Cherche-Midi

 

Une vie peut en cacher une autre, comme ces matriochkas qui s’emboîtent, jusqu’au cœur, personnages banals, pour certains personnages d’ennui, qui s’ennuient :

« Elle aussi semblait considérer la révolution comme des grandes vacances, comme une distraction passagère de l’Histoire, une manière agréable de tuer les journées » (p.34),

« A l’hôtel Ibis, la chambre de Gatsby restait allumée très tard. Avant de s’endormir, il écrivait encore à quelques amis. Il terminait ses lettres par ces mots énigmatiques : « Avez-vous l’adresse du paradis ? » » (p.69).

Y a-t-il place pour autre chose, que ces morts ou ces ennuis profonds comme des tombeaux, sans histoire :

« Nos morts, disait-il, survivent à nos crochets » (p.92), que ces histoires d’amour qui se sabordent d’elles-mêmes : « Elle goûtait sans doute le charme des amours éphémères, le pathétique et la magie des dernières rencontres » (p.98). Somme toute, le destin joue les personnages, la vie n’est qu’une suite d’alternatives avec une marge de manœuvre infime.

Héloïse est chauve, Emilie de Turckheim

Ecrit par Yann Suty , le Samedi, 18 Février 2012. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Héloïse D'Ormesson

Héloïse est chauve, Février 2012, 220 p. 18,50 € . Ecrivain(s): Emilie de Turckheim Edition: Héloïse D'Ormesson

 

Osons la comparaison. Et pourquoi pas, après tout, Emilie de Turckheim ne se refuse rien dans son cinquième roman, alors ne nous refusons rien. Héloïse est chauve a quelque chose du Lolita de Vladimir Nabokov, mais dans une version inversée (et qui troque la subtilité pour la crudité). Ce n’est pas l’homme âgé de quarante ans de plus (ici Lawrence) qui séduit (force ?) la Lolita (ici Héloïse), mais la jeune fille qui met le grappin sur l’homme. D’ailleurs, Lawrence n’a pas spécialement le goût des lolitas, il n’a rien d’un Humbert Humbert, mais il ne parvient pas à résister aux avances de celle qui est amoureuse de lui depuis qu’elle a cinq mois. Oui, elle avait encore une tétine en bouche qu’elle est tombée amoureuse de ce médecin aux origines irlandaises.

« Je suis amoureuse de toi depuis que je suis née ».

Cette Lolita n’a rien d’une allumeuse d’hommes matures, de l’âge d’être son père, voire son grand-père. En plus, Lawrence a un certain passé dans la famille d’Héloïse, pour ne pas dire un passif. Grand séducteur, il a en effet eu des aventures avec sa tante, sa mère ou sa grand-mère…

Du domaine des murmures, Carole Martinez

Ecrit par Valérie Debieux , le Mardi, 08 Novembre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, Roman, Gallimard

Du domaine des murmures. Parution : 2011, 201 P. 16,90 € . Ecrivain(s): Carole Martinez Edition: Gallimard

1187. Esclarmonde est une jeune femme au caractère trempé mais : « […] de mon désir, nul ne s’en souciait » et c’est là un cri du cœur ! Cette damoiselle, promise à Lothaire, a osé dire non, le jour de son mariage ! Même l’archevêque s’en mêle et parle de miracle lorsqu’un agneau apparaît lors de la cérémonie. Esclarmonde se tranche l’oreille et, grâce à cette « apparition », elle devient la nouvelle « Agnès ». Son père ne peut aller contre son vœu et en habile architecte mais la peine au cœur, il va faire ériger une chapelle en pierre, dans le domaine des Murmures, obéissant ainsi à la volonté de Dieu ainsi qu’à celle de sa fille :

« Si Dieu lui réclamait sa seule fille vivante, c’était sans doute pour le punir de l’avoir trop aimée, trop bien gardée, trop regardée. Cette tendresse qu’il avait eue pour son enfant avait paru coupable ». L’histoire démarre par une haine sibylline et double de la part du père.

Esclarmonde a-t-elle fait le bon choix dans sa vie quand elle dit : « J’ai creusé ma foi pour m’évader et cette évasion passe par le reclusoir. N’est-ce pas étonnant ? » Elle s’aventure effectivement sur une voie dangereuse : « […] Entre le sommet et l’abîme, il n’y a qu’un pas et la chute menace ceux qui tentent de grimper, trop vite, trop haut. La chute ou le gibet » !

Le Grand Partout, William T. Volmann

Ecrit par Yann Suty , le Dimanche, 30 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, La Une Livres, USA, Récits, Actes Sud

Le Grand Partout (Riding Toward everywhere), (2011), trad. de l’américain par Clément Baude, 240 p. 22 €, . Ecrivain(s): William T. Volmann Edition: Actes Sud

Le Grand Partout est le récit d’un périple mené à travers les Etats-Unis par William T. Vollmann, selon la méthode hobo. Suivant les traces d’illustres prédécesseurs comme Henry David Thoreau, Ernest Hemingway, Thomas Wolfe ou Jack Kerouac, Vollmann a pendant de longs mois sillonné le pays en grimpant dans des trains de marchandises, en toute illégalité.

Pendant des heures, il se retrouve à guetter un train dans lequel il pourra sauter, un train dont il ne connaît pas toujours la destination.

« Comme je n’avais aucune raison d’y aller, je me suis embarqué pour Cheyenne ».

Il doit aussi veiller à éviter les « bourrins » les forces de sécurité ferroviaire dont certains membres ont la violence plus que facile envers les hobos qui resquillent.

Le but de Vollmann, comme celui de nombreux hobos qu’il croisera, et avec lequel il fera un bout de route, est d’atteindre « le Grand Partout », où se trouve la légendaire Montagne Froide, lieu mythique décrit par des sages chinois … mais qui ne pourrait s’avérer qu’un leurre.

Beat Hotel, Barry Miles

Ecrit par Didier Bazy , le Dimanche, 30 Octobre 2011. , dans La rentrée littéraire, Les Livres, Critiques, Essais, La Une Livres, Biographie, Le Mot et le Reste

Beat Hotel, trad. de l’anglais Alice Olatron, septembre 2011, 300 p. 23 €. . Ecrivain(s): Barry Miles Edition: Le Mot et le Reste

Generation B. Aujourd’hui, chacun se prend pour une grande star de la création artistique. Dit Jérôme Bourgeois. Sans doute se rappelle-t-il le mot de Warhol en 1968 : Dans le futur, chacun aura droit à 15 minutes de célébrité mondiale. Nous sommes, à présent, dans le futur. Et ce futur-ci est notre présent. Et Jérôme Bourgeois n’aura pas forcément droit ici à son quart d’heure.

Bien avant la X Generation, il y eut la Beat Generation. C’est Kérouac qui lança la formule en 1948.  Holmes en publia le manifeste dans le New York Times Magazine, le 16 Novembre 1952 : The origins of the word « beat » are obscure, but the meaning is only too clear to most Americans. More than mere weariness, it implies the feeling of having been used, of being raw. It involves a sort of nakedness of mind, and, ultimately, of soul ; a feeling of being reduced to the bedrock of consciousness. In short, it means being undramatically pushed up against the wall of oneself.

Le mouvement Beat est né contre les préjugés et le puritanisme américain d’après-guerre. Alcools, drogues et délires doivent être repensés en termes d’effets et non de causes. Produit par et surtout dans le Système (ici réhabilité…), le mouvement Beat est dépréciation revendiquée par ironie sur son sort, synchronisation et coïncidence, instantanés et connexions, arc électrique tendu en vécu expérimental et Universel historique.