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La première et la dernière liberté, Krishnamurti

Ecrit par Alexandre Muller 02.04.13 dans La Une Livres, Les Livres, Recensions, Asie, Essais, Le Livre de Poche

La première et dernière liberté, trad. Carlos Suares, préface d’Aldous Huxley, 317 p. 6,10 €

Ecrivain(s): Krishnamurti Edition: Le Livre de Poche

La première et la dernière liberté, Krishnamurti

Né en Inde, Krishnamurti passa une partie de son adolescence en étude dans une société théosophique. Repéré par l’un de ses membres, Charles Webster Leadbeater, et adopté par une autre, Annie Besant, la destinée de Krishnamurti était d’être sur terre le « Lord Maitreya » que les théosophes attendaient.

À l’été 1922, il semble que Krishnamurti vécut une expérience « transformatrice » qualifiée par lui-même d’éveil spirituel.

En août 1929, Krishnamurti décida de dissoudre l’organisation mondiale, établie pour le soutenir et qui avait été appelée « l’Ordre de l’Étoile du Matin », déclarant à cette occasion : « La Vérité est un pays sans chemins, que l’on ne peut atteindre par aucune route, quelle qu’elle soit : aucune religion, aucune secte ».

Ayant rompu avec sa destinée, Krishnamurti se consacra alors à voyager à travers le monde pour exposer ses idées. De conférences en conférences, il passionna par sa pensée les foules d’auditeurs. Bien qu’il ne se considérait ni comme un philosophe, ni comme un guide, sa parole était vénérée et rarement contestée. Une contradiction pour celui qui s’opposait virulemment contre les sectes et les religions. Celui qui se moque des penseurs et de ceux qui les écoutent.

Il serait prétentieux de vouloir résumer un livre comme La première et dernière liberté. On retiendra quelques idées forces, on cherchera à en savoir plus, on lira d’autres textes. Plus tard on relira certains textes. On essayera d’appliquer quelques principes :

– se défaire de toutes ses expériences et connaissances et vivre chaque instant comme un homme neuf,

– agir sans penser, vivre le présent en pleine conscience,

– lutter contre ses peurs en ce qu’elles sont des frontières, des états de contradictions,

– se connaître, ne pas se nier, s’accepter ; aucun problème ne pourra être résolu sans cette condition,

– savoir écouter l’autre, s’intéresser à lui, nouer des relations,

– s’affranchir de tout dogme religieux, politique qui sont autant de filtres entre moi et l’autre, moi et la vérité,

– ne pas remettre au lendemain ma révolution intérieure ; résoudre ses problèmes ce n’est pas fuir,

– se comprendre soi-même, se comprendre dans son rapport à l’autre,

– abandonner toute tentative de puissance, toute ambition, afin de ne pas s’isoler…

(Parmi tant d’autres, extrait de « l’état de relation et l’isolement ») :

« Une vie isolée est une chose qui n’existe pas. Aucun pays, aucun peuple, aucun individu ne vit isolé ; et pourtant, parce que vous exercez votre volonté de puissance de tant de façons différentes, vous engendrez l’isolement. Le nationalisme est une malédiction, parce que, par son esprit patriotique, il crée un mur d’isolement. Il est si identifié à son pays qu’il construit un mur autour de lui, contre “les autres”. Et qu’arrive-t-il alors ? C’est que “les autres” ne cessent de se cogner contre ce mur. Lorsque vous résistez à quelque chose, cette seule résistance indique que vous êtes en conflit avec “les autres”. Le nationalisme, qui est un processus d’isolement, qui est le résultat de la volonté de puissance, ne peut pas donner la paix au monde. Le nationalisme qui parle de fraternité ment ; il vit dans un état de contradiction.

« Peut-on vivre dans le monde sans volonté de puissance, sans le désir d’occuper une situation, d’avoir une certaine autorité ? On le peut certainement. On le fait lorsqu’on ne s’identifie pas à quelque chose de plus grand que soi. Cette identification avec un parti, ou un pays, ou une race, ou une religion, ou Dieu, est une volonté de puissance. Parce que vous, en vous-même, êtes vide, atone, faible, vous aimez vous identifier avec quelque chose de grand. Ce désir est le désir de vous sentir puissant.

« Lorsque mes relations avec le monde me révèlent tout ce processus de mes désirs et de mes pensées, elles deviennent une source perpétuelle de connaissance de moi-même ; et sans cette connaissance il est bien inutile d’essayer d’établir un ordre extérieur sur un système, sur une formule. L’important est de nous comprendre nous-mêmes dans nos rapports avec les autres. Alors les relations ne sont plus un processus d’isolement mais un mouvement par lequel nous découvrons nos mobiles, nos aspirations ; et cette découverte même est le début d’une libération, d’une transformation ».

Une seule lecture suffit-elle d’ailleurs, pour qu’un texte soit compris dans sa totalité ? Pour les plus légers certainement. La première et dernière liberté aura une autre résonance dans quelques semaines, dans quelques années, d’ici quelques lectures. D’autres lecteurs entendront d’autres messages et nous pourrions échanger sur le sujet. On y reviendra parce que Krishnamurti n’offre aucune solution à la compréhension du soi, fait une place d’honneur à la liberté.

En guise d’introduction, un autre extrait, pour ne décourager personne :

« J’emploie des mots simples, qui ne sont pas techniques, car je pense qu’aucun mode spécialisé d’expression ne peut nous aider à résoudre nos problèmes fondamentaux. Je ne me servirai donc d’aucun terme technique employé soit en psychologie, soit en science. Je n’ai, heureusement, lu aucun livre de psychologie ou de doctrine religieuse. Je voudrais transmettre, au moyen de mots très simples de la vie quotidienne, un sens plus profond que celui qu’on leur accorde habituellement ; mais cela me sera difficile si vous ne savez pas écouter ».

 

Alexandre Muller

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A propos de l'écrivain

Krishnamurti

 

Jiddu Krishnamurti, né à Madanapalle (Inde) le 11 mai 1895, décédé à Ojai (Californie) le 17 février 1986, est un penseur indien, promoteur d’une éducation alternative.

 

A propos du rédacteur