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La Lanterne d'Aristote, Thierry Laget

Ecrit par Myriam Bendhif-Syllas 02.10.11 dans La Une Livres, La rentrée littéraire, Les Livres, Recensions, Roman, Gallimard

La Lanterne d’Aristote, 321 pages, 19 €.

Ecrivain(s): Thierry Laget Edition: Gallimard

La Lanterne d'Aristote, Thierry Laget

« Je croyais m’être introduit dans un roman : j’en ai vu un, ouvert sur un lutrin. »

Ainsi, le narrateur de La Lanterne d’Aristote pénètre-t-il pour la première fois dans la bibliothèque dont il est chargé de dresser l’inventaire ; et avec lui, le lecteur entre dans une œuvre où les livres abondent et chantent en chœur, où le rêve le dispute à une réalité plus amère mais tenue à distance, où le livre commence à s’écrire à mesure que se fait l’exploration des ouvrages anciens.

Le cadre serait idéal pour un roman gothique et assurément l’auteur doit en être amateur : un château et ses souterrains, une tour soi-disant inhabitée mais souvent éclairée, une comtesse froide au nom précieux, Azélie, des domestiques au passé douteux, des morts inexpliquées, et bien sûr des livres, des livres encore et encore. Sur ce décor, se joue une pièce aux accents de vaudeville de campagne puisque notre héros bibliophile tombe amoureux des différentes personnes qu’il rencontre dans les environs : la comtesse, une jeune historienne de l’art, une marchande des quatre saisons, une veuve mystérieuse, une bibliothécaire sexy – et oui. Mais l’amour s’échappe et finalement le salut demeure dans les manuscrits et les vieilles pierres.

En effet, l’important réside dans un passé que tous les protagonistes s’acharnent à vouloir cacher et que l’homme des livres va faire émerger dans une enquête sans réels rebondissements. Une main posée sur une cuisse donne lieu à des pages interminables alors que les éléments de l’intrigue se trouvent souvent expédiés. L’apparition de la jeune femme au samovar n’est pas convaincante, pas plus que le sauvetage financier, mais cela est heureusement contrebalancé par le dénouement final où se donnera à entendre le dernier cri de l’âne Balaam.

Thierry Laget ne saurait renier l’héritage proustien. Il manie à ravir le mot précieux et la cascade de qualificatifs, ses phrases sont assurément travaillées et son style frise la virtuosité. Trop peut-être parfois. L’attention portée aux détails de la vie, la dilatation du temps et de l’événement anodin renforcent cette impression. Le roman échappe de justesse au côté pédant que semblent annoncer les premières pages mais il en lassera sûrement plus d’un. Il faut se faire très patient pour suivre les raffinements surannés d’une telle culture savante et quasi aristocratique et son expression lentement rythmée et choisie. Azélie ou le nouveau côté de Guermantes.

Pour ma part, amatrice de blasons et de bizarreries, je me suis laissée prendre au jeu de cette intrigue hors du temps, acceptant ce voyage parmi des livres illustres ou peu connus, guidé par un narrateur plein d’humour et de finesse qui fait naître le style de ses gaucheries mêmes. L’Enfer de la bibliothèque y rejaillit sur les hommes.


Myriam Bendhif-Syllas


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A propos de l'écrivain

Thierry Laget

Thierry Laget est chercheur et écrivain. Spécialiste de Proust et de Stendhal, il est l’auteur d’une quinzaine de livres dont Iris (1991) et Bibliothèque de nuit (2010).

 


A propos du rédacteur

Myriam Bendhif-Syllas

 

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Rédactrice

Responsable de la section "littérature jeunesse"

Domaines de prédilection : littérature jeunesse, littérature francophone, documentaires.

Genres : récits, documentaires et albums jeunesse, BD, romans sur l'enfance et l'adolescence, la marginalité.

Maisons d'édition les plus fréquentes : Talents Hauts, Seuil Jeunesse, Sarbacane, Gulfstream, La Boîte à Bulles... Seuil.